À l’occasion de son match de deuxième division face à Strasbourg, le Moselle Amnéville Hockey Club nous a exceptionnellement ouvert les portes de ses vestiaires. Ambiance.

La première chose qui frappe quand on entre dans les vestiaires d’une équipe de hockey, c’est le désordre. Puis l’odeur. “Un vestiaire de hockey, y a rien qui pue plus que ça!”, nous dit Adrien Maurer, joueur des Galaxians d’Amnéville. “On a les patineuses à côté. Eux, leur vestiaire sent bon”, plaisante un coéquipier. La longue table du milieu sert de dépotoir, tandis que des vêtements sales sont étendus partout, un peu à la manière d’une salle des pendus. A une heure du coup d’envoi, de la musique hip-hop résonne dans cette pièce d’environ 25m². Un joueur s’isole, prend une crosse et l’agite de gauche à droite. Sans doute un rituel chez lui. L’effectif est plutôt jeune et polyglotte : de nombreux joueurs viennent d’Europe de l’Est. L’impressionnant (2 mètres) joueur tchèque Matej Stegauf passe sa première année en France, il s’exprime en anglais avec ses coéquipiers. Sur son casier, on peut lire “#33 Zdeno Chara”, qui est une star du hockey slovaque. C’est l’entraîneur de l’équipe, Jan Reindl, tchèque lui aussi, qui l’a fait venir.

Avant le coup d’envoi, la tension monte

Les maillots de matchs sont distribués, le rouleau de scotch pour maintenir les protections sur eux vole à travers le vestiaire et passe de main en main. Certains se chauffent les muscles avec de la pommade, d’autres consomment du Snus, de la poudre de tabac humide maintenue derrière la lèvre supérieure. Il est 17h20 et les joueurs s’encouragent avant de partir s’échauffer une vingtaine de minutes sur la patinoire. A leur retour aux vestiaires, le coach prend la parole en plusieurs langues, il insiste sur la notion de discipline et exhorte ses troupes. Les joueurs se passent un tube qu’ils reniflent pour se déboucher le nez. Dans un coin, ça discute patins à glace: “Elles sont fendues – T’as pas une nouvelle paire? – Je la reçois dans deux semaines!”. Jan Reindl vient parler individuellement à un de ses hommes. Avant de retrouver le terrain, tout le groupe se sert autour de la table pour un cri de guerre. L’ambiance est tendue, les joueurs attendent le coup d’envoi…

Arbitre, accusé !

Fin du premier tiers-temps, le score est de 1 à 1. Les joueurs se plaignent de l’arbitre qu’ils jugent sévère. “Fucking referee!”*, s’exclame Matej. L’entraîneur arrive et déplore l’égalisation concédée rapidement après l’ouverture du score, mais il rassure son équipe. “Ça va, ça tourne bien. Il faut garder le même rythme, on domine!”. Les joueurs reprennent des forces, ils boivent beaucoup, grignotent des barres de céréales et des gâteaux. Le président arrive, rouspète après l’arbitre et repart. Certains discutent entre eux: “Le gardien est stable sur les dribbles, c’est mieux de dribbler ou de shooter? – Le mieux, c’est d’aller lui demander!”. On remet ses protections, son casque, un cri de guerre et c’est l’heure de repartir au combat.

 

”C’était violent… Tu lui as mis en pleine gueule!”

Fin du deuxième tiers-temps, 4-1 pour les locaux. En rentrant, tout le monde félicite Mathieu Veres, qui a mis trois buts ! “C’est pas fini les gars, rien n’est fait, on reste concentrés! Dans vingt minutes, on pourra déconner.” En anglais, Matej rassure un coéquipier qui se plaint de son raté: “Celui qui ne tente rien ne peut rien réussir. Si tu rates, tant pis, mais au moins tu auras tenté.” Un autre a raté un penalty : “j’avais la pression”, explique-t-il. Les joueurs sont très attentifs au discours rapide de l’entraîneur: “C’est très agréable de voir comment ça tourne. Les gars, vingt minutes, allez!”. Un joueur chambre son coéquipier sur un choc qu’il a infligé à un adversaire: “C’est une boîte de vieux briscard! C’était violent… Tu lui as mis en pleine gueule!”. “Stay focus on the game!”**, rappelle Matej. Chacun exhorte le groupe à rester dans le match. Comme de coutume, ils se rassemblent en rond, dos courbé, crosse en main et leur cri de guerre retentit dans toute la pièce.

“C’est la fête foraine dans ce vestiaire !” 

Fin du match, victoire des Galaxians sur le score de 5-1. L’heure est à la célébration. “Y avait rien en face! – C’est bon, chambre pas”. La bière coule à flot. L’entraîneur remercie ses joueurs d’avoir appliqué ce qui avait été travaillé la semaine à l’entraînement. Le président entre dans le vestiaire avec de la bière, il est acclamé par ses joueurs : “La jacket, la jacket, la jacket !”. Il leur avait promis de leur offrir un blouson aux couleurs du club en cas de victoire. “Mercredi ou jeudi, essayage des blousons !” Après avoir félicité le groupe, il lance: “Les gars, demain je repasse, j’enlève tout ce qui pend. C’est la fête foraine dans ce vestiaire!”.

« P*tain d’arbitre ! »

** « Restez concentrés sur le match ! »

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