A Nancy, l’Anim’Est 2013 a encore une fois drainé beaucoup d’amateurs de déguisement, les “cosplayers” comme ils s’appellent eux-mêmes. Pour rassembler les costumes les plus réussis, l’organisation avait prévu deux concours, l’un individuel et l’autre en équipe.

Sous les traits de personnages de jeu vidéo et de bande dessinée, Jean-Daniel Pinard a remporté les deux compétions. Webullition l’a rencontré pour comprendre sa passion.

[toggle title=”L’origine du cosplay en quelques lignes : cliquez ici”]Cosplay, c’est la contraction des deux mots “costume” et “playing”, il s’agit d’incarner par le déguisement ses héros favoris, issus de mangas, d’animations japonaises, de films, de jeux vidéo ou encore de comics. A l’origine, contrairement à la pensée dominante, le cosplay n’est pas issus du Japon, mais des Etats-Unis. C’est avec des œuvres de science fiction, notamment Star Trek, que les premiers cosplayers s’adonnent à leur passion. [/toggle]

Quand nous l’avons rejoint pour réaliser l’interview, nous avons eu du mal à croire que trois jours plus tôt, Jean-Daniel Pinard était vêtu comme l’un de ses héros vidéoludiques. De retour à sa vie de tous les jours, il fait tomber le masque, l’armure et la dague pour retrouver un sérieux qui tranche avec sa prestation sur scène. “Je suis actuellement doctorant en paléontologie en partenariat avec l’université de Bourgogne et le muséum d’histoire naturelle du Luxembourg” déclare le jeune homme de 27 ans. Un quotidien rangé, contrebalancé par une vie personnelle beaucoup plus créative.

Déguisements, jeux de rôle ou customisation, c’est par ce dernier point que Jean-Daniel est entré dans l’univers du cosplay. Un univers qu’il côtoie depuis sa première convention à l’Anim’Est en 2004, mais auquel il participe à cent pour cent depuis un an. “Mon premier personnage était Diablo des X-Men. Des amis qui avaient prévu de faire une prestation lors du Dijon-Saiten m’ont incité à participer avec eux. Depuis, j’ai fabriqué une dizaine de costumes de A à Z” explique le doctorant. Jafar (Aladdin), Rorschach (Watchmen) ou Spawn (comic), ses inspirations sont variées.

Do it yourself

“Le meilleur moment, c’est quand je fabrique et que ça fonctionne” raconte-t-il en riant, “j’aime aussi la période de recherche et développement”. Les cosplayers comme Jean-Daniel sont des touche-à-tout. Moulage, sculpture, électronique, l’aspect manuel est au coeur de leur passion. “Dans la mentalité européenne, ton costume, tu le fais toi-même” revendique cet amateur de culture “geek”.

Au delà de la gloire de concevoir soi-même son costume, l’intérêt est aussi économique. Des créations comme celles que Jean-Daniel a présentées à l’Anim’Est représentent un investissement d’environ 200 €. Mais les astuces ne manquent pas pour réduire la note et comme il l’ajoute lui même “ce n’est pas parce que c’est beau que c’est cher”. Les cosplayers détournent les matières pour arriver à un résultat final proche de la réalité. “Quand la caissière de Decathlon nous voit arriver les bras chargés de tapis de sol, c’est toujours des moments insolites” s’amuse Jean-Daniel.

Pour connaître les techniques les mieux adaptées, une communauté s’est créée autour de lui via sa page Facebook où plus de 500 personnes le suivent. Le partage, une notion importante : “C’est dans ma nature, ne connaître que pour soi ça sert à rien. Comme dans mon boulot, nous en science, quand on trouve quelque chose, on le publie, on le transmet”.

“On passe pour des jeunes à problèmes”

Souvent les émissions qui traitent des cosplayers véhiculent une image caricaturale de ces personnes. La dernière en date remonte au 7 novembre et faisait partie d’un dossier intitulé “Au secours, mon ado est en crise”. Une image persistante qui associe cosplay à individualisme et en donne une vision infantile. “Ces chaînes mettent en scène des gens à problèmes qui se montrent comme cosplayers alors qu’ils ne le sont pas. Ça fait des années qu’on essaie de donner une autre image avec des émissions qui tendent à montrer que c’est pas juste des gamins paumés qui savent pas quoi faire” proteste Jean-Daniel.

Un stéréotype qui leur colle à la peau alors qu’il s’agit de personnes avant tout passionnées qui s’investissent énormément pour réaliser un costume, leurs accessoires et la mise en scène de leur prestation. “Pour l’armure de mon personnage, j’ai fait beaucoup de recherches sur leur fabrication, pour que la mienne soit articulée et réaliste”. Puisqu’il faut jongler entre vie professionnelle et vie privée, la fabrication exige du temps et de la patience. Par exemple, la dernière création de Jean-Daniel a nécessité un mois, dont plusieurs nuits. Un travail qui paie et lui vaut la reconnaissance de ses pairs comme de sa famille. D’ailleurs, sa compagne partage sa passion et le rejoint sur scène pour certaines prestations.