Madeline Monvoisin est éducatrice canin dans l’Association des chiens guides du Grand Est. Un métier que beaucoup envient sans en connaître la véritable nature.

L’entretien commence : Madeline est accompagnée de la chargée de communication de l’association. Une fois les présentations faites, Jennifer Kern expose l’objectif du groupe et détaille la formation des chiens dans les grandes lignes. Madeline semble en retrait et n’intervient que rarement. Après les explications, place à la démonstration ! Nous les suivons à l’extérieur pour une mise en situation avec un chien en formation. Plus loquace, Madeline guide l’animal à travers le parcours d’entraînement. Elle s’amuse des embûches montées de toutes pièces que la chienne doit éviter. « Regardez, elle est toute fière de montrer ce qu’elle a appris. Le tour du siège [la chienne indique un endroit où s’asseoir à l’aveugle qu’elle accompagne], pour elle, c’est un jeu facile. Une fois fait, elle attend sa récompense ».  L’éducatrice est détendue, visiblement : une fois sur le terrain, elle est dans son élément.

Ferme mais attachante

De primes abords, discrète, Madeline sait se faire obéir. Elle éduque, forme, encadre les chiens assistant les aveugles dans leurs tâches quotidiennes. Si la jeune femme est frêle d’apparence, les molosses n’osent guère lui tenir tête. Sa blondeur, ses traits fins et ses yeux bleus cachent un caractère bien trempé. Elle le dit elle-même : « Dans le dressage, il faut se faire obéir. Parfois, les gens sont plus laxistes que nous, le chien oublie alors ce qu’il a appris ici, au centre de formation des chiens-guides ». Pourtant, sous cette carapace, Madeline sait se montrer affectueuse et attentionnée envers « ses » animaux. Héra, jeune labrador noir d’un an et demi, profite de ses caresses et ses récompenses, sous la forme de croquettes qu’elle adore.  « Ma puce, allez, montre-moi le bouton avant de traverser la route » : des mots doux qui sonnent à l’oreille de l’animal comme un encouragement. La massive bête d’une bonne trentaine de kilos s’exécute sans broncher.

Parcours sinueux

Si aujourd’hui elle est épanouie dans cet environnement, être éducatrice n’était pas une évidence. Jeune, elle se voit plutôt ergothérapeute. « C’est l’aspect rééducation qui m’intéressait, accompagner une personne durant cette période pas toujours facile ». Elle s’essaye à la fac de médecine mais décroche rapidement. Elle se tourne alors vers l’agro-alimentaire, secteur où elle est diplômée d’une licence qui, elle l’avoue maintenant, ne lui sert pas à grand-chose. « C’était une horreur, on parlait sécurité et normes. Mais cela m’a appris à faire un mémoire, une présentation orale ». C’est au sortir de l’université qu’elle tente sa chance à la Fédération française des associations de chiens guides (FFAC). S’en suit alors une formation de trois ans en alternance. Elle enchaîne cours sur Paris et Lyon et pratique au sein du centre de Metz. Quatre ans après son alternance, elle est toujours là.

De l’animal à l’humain

Ce qui intéresse Madeline dans son métier, c’est avant tout le rapport humain à l’animal. Elle parle d’une « relation fusionnelle » qu’aucun autre animal ne pourrait combler. Mais si cet aspect constitue 70% de sa profession, les 30% restants se concentrent sur la psychologie des personnes recevant le guide. « Certaines personnes ont vécu des choses douloureuses. On est aussi là pour les accompagner et les sensibiliser au confort qu’un chien peut procurer. Ils doivent s’habituer à cette nouvelle présence à leurs côtés ». Lors de la remise du chien à son propriétaire, Madeline prodigue quelques conseils et apporte les dernières finitions à l’éducation du guide. Sa mission ne s’arrête pas là : un suivi régulier est mis en place. L’éducatrice intervient parfois en cas de problème et reste toujours à disposition de ceux qui en ont besoin. Plus qu’un rôle de dresseur, c’est une intermédiaire entre le propriétaire et son assistant. Ce statut de “passeur” les relie l’un à l’autre.