Réveiller, informer et égayer l’auditeur, propager de la bonne humeur. En radio, c’est la tranche horaire la plus écoutée de la journée. A l’intérieur d’une matinale, chaque minute compte.

Il est 4h50 et c’est déjà le rush dans les studios de France Bleu Lorraine-Nord. Dans la pénombre de la salle de rédaction, le silence est pourtant quasi total. Leïla Benjeloun se tient à son poste, devant son écran d’ordinateur, une tasse de café à portée de main. Elle a commencé sa journée à 2h30, n’a dormi que 4h. Concentrée et appliquée, elle écoute tous ses reportages, les organise en fonction des différents journaux qu’elle devra tenir, dans quelques heures, sur les ondes.Leïla est censée avoir écrit ses lancements et ses titres pour 6h. Mais aujourd’hui, elle est en retard. Désolée, elle explique qu’elle aura peu de temps pour une interview. Elle allume RTL, accueille le livreur de journaux et cherche dans les éditions locales si « une grosse info [lui] est passée sous le nez ».

L’animateur est déjà là, lui aussi. Frédéric Viallet, dit Fred, est arrivé à 4h30 et peaufine sa revue de titres du Républicain Lorrain. « C’est la seule que l’on fait, on l’angle sur de belles histoires, qui se passent hors des grosses agglomérations », explique-t-il. Petit et trapu, l’homme a comme principaux atouts son expérience, sa bonne humeur et son dynamisme. Il est bien connu des auditeurs de France Bleu Lorraine-Nord, réveillés par sa voix énergique chaque matin. Entre lui et Leïla, un grand écran diffuse silencieusement les informations continues de BFM TV.

Vers 5h45, Pierre-André Supiot entre dans la rédaction, gavroche vissée sur la tête et keffieh autour du cou. Dehors, les températures matinales sont encore fraîches. Pierre-André, dit P-A, est technicien. « Le boulot commence normalement à 6h, mais je préfère arriver tôt car sinon, j’ai trop de mal à me lever », confie-t-il. A France Bleu Lorraine-Nord, ils sont cinq techniciens à tourner sur les différentes tranches horaires. Leurs responsabilités sont lourdes, « au même titre que les autres », temporise Pierre-André. « On est en quelque sorte le premier et le dernier maillon de la chaîne. S’il y a un problème, on doit réagir hyper vite ». Il estime que la matinale est une vitrine pour la radio, une tranche horaire plus stressante que les autres. « C’est LA tranche qu’il faut réussir ! »

Les journaliste de France Bleu lors de la matinale

Les trois protagonistes de cette édition interagissent, échangent, se conseillent. Pierre-André prend le temps de s’assurer que Fred a bien fait ses “teasing d’antenne”², vérifie si les “bob”²² de Leïla sont bons. La jeune femme, studieuse et souriante, devra rester à l’antenne durant toute la matinale et décliner son journal à 6h, 7h et 8h. Pour le journal, l’horaire ne bouge pas. Pas une minute de plus, pas une minute de moins. « Pour le rappel des titres, on est moins à cheval… ça peut être à 6h17 ou 18 au lieu de 15… », commente le technicien.

Pendant que Leïla s’efforce de terminer ses titres dans les temps, Fred, lui, a déjà pris place dans le studio. Il est 5h52. Il blague et se connecte à Facebook pour interagir avec ses fidèles auditeurs. L’animateur concède que la matinale à une saveur particulière. « Je me lève à 3h et je ne dors pas beaucoup, c’est un rythme à prendre. Certains ne pourraient le faire que quelques temps. Moi, je ne me vois pas faire autre chose. »

5h59. Tout s’accélère. Leïla arrive en courant dans le studio et se jette sur le micro. Quelques secondes plus tard, elle est à l’antenne. Premier journal. Pendant qu’elle égraine ses nouvelles, sa main continue d’écrire de nouveaux titres. « La difficulté de cette matinale, c’est qu’on répète toujours les mêmes infos donc il faut varier les lancements », explique la journaliste. A 6h30, c’est la pause. Pendant que la radio diffuse “Ma liberté de penser”, Leïla a enfin le temps d’aller aux toilettes et Fred avale son troisième café de la journée. Ce rythme effréné ne s’arrêtera qu’à 9h. Pour les auditeurs, la journée commence. Pour Leïla, Fred et Pierre-André, elle est déjà presque terminée.

² Note aux auditeurs annonçant les points importants à suivre dans l’édition.

²² Désignent tous les reportages sonores préparés à l’avance et qui sont lancés par le technicien pendant le direct.