Lors du « Jour de la nuit », samedi, la ville de Metz a symboliquement plongé dans le noir 59 monuments. Mais comment s’engage-t-elle durablement contre le « sur-éclairage » ?

 Une semaine après la « Nuit blanche », Metz expérimente la nuit noire. Samedi 13 octobre, 59 monuments et ouvrages d’art de la ville ont été plongés dans l’obscurité, le temps d’un tour de cadran. De 21 heures au lever du soleil, les reliefs de la cathédrale Saint-Étienne, les vitraux du Temple neuf, la façade de l’Opéra-théâtre ont été « effacés » du paysage. Objectif : alerter les habitants sur le « sur-éclairage », source de pollution lumineuse et de gâchis énergétique.

Le geste, à la portée limitée (1500 kWh soit 150 kilos de CO2 économisés) et peu médiatisé, n’est cependant pas anodin : il interroge sur les usages « modernes » de la « fée électricité » dans un contexte de flambée des coûts de l’énergie et de réchauffement climatique.

Au delà du « blackout » partiel, opéré deux nuits par an (en octobre pour le « Jour de la nuit » et en mars pour l’«Earth hour »), la ville de Metz tente de mener des actions inscrites dans la durée. Principalement à travers son « Agenda 21 » et son « Plan climat », qui vise à réduire de 20% les réductions de gaz à effet de serre d’ici 2020.

Pollution lumineuse en France
Carte de la pollution lumineuse en France

Premier levier actionné : la modernisation du réseau d’éclairage public, qui compte 13.000 « points lumineux » Progressivement, la collectivité s’applique à supprimer les « boules » les plus énergivores, à installer des luminaires plus précis et moins gloutons. L’effort commence à porter ses fruits : depuis 2008, la cité a réussi à baisser la consommation liée à l’éclairage public de 7%, alors que son réseau s’est étendu. Il reste une confortable marge de progression : selon l’Ademe, 30% du budget « éclairage public » d’une commune peut être économisé « si les installations d’éclairage sont de meilleures qualité, mieux conçues, avec une puissance adaptée ». «C’est un travail plus compliqué qu’il n’y paraît » commente Franck Rogovitz, chef de mission « développement durable et solidaire » de la ville de Metz. « Il ne s’agit pas simplement de changer un mat ou une ampoule, il faut remplacer totalement les systèmes d’éclairage ». 1,5 millions d’euros ont été investis en 2011 pour installer des systèmes d’éclairage performants. « Cela permet, dans les rues concernées, de réduire la puissance installée de 40% » indique le technicien.

La ville va d’ailleurs creuser ce sillon et se doter dans les prochains mois d’un « Schéma directeur d’aménagement lumière ». Des architectes spécialisés plancheront pour imaginer un éclairage « juste » et équilibré des artères de la ville, en conciliant aspects esthétiques, sécuritaires, et environnementaux. Un appel d’offres a été lancé cet été.

Autre piste : la limitation de l’étalement urbain. Plus une ville grignote de terrain sur les campagnes, plus son aura lumineuse s’étend, mettant à mal les écosystèmes nocturnes. Metz s’est engagée à limiter son emprise territoriale en réinvestissant ses friches. « Le meilleur exemple, c’est la zone de l’Amphithéâtre près du centre Pompidou. La ville se construit sur elle-même plutôt qu’à l’extérieur. Plus le tissu urbain se densifie, plus les réseaux sont optimisés » analyse Franck Rogovitz. Une noble déclaration d’intention qui doit résister aux faits, face à la pression des industriels et promoteurs immobiliers.

Metz pourrait aussi s ‘inspirer de ses voisins, et adopter des mesures plus radicales. Scy-Chazelles est par exemple l’une des 200 communes de France qui coupe l’ensemble de son éclairage public – y compris celui des rues – entre 1 heure et 6 heures du matin, toute l’année. Un geste simple, qui permet une économie de 35% sur la facture énergétique de la ville. Metz, à son échelle, fait un effort en « débranchant » l’éclairage des bâtiments et édifices à 1 heure du matin. Difficile d’aller plus loin, à moins que les mentalités n’évoluent radicalement, ou que la crise climatique et économique n’impose des solutions drastiques ?

[toggle title=”« À quoi ça sert d’allumer les étoiles? »”]

L’obscurité dans la ville, oui mais pourquoi faire ? En parallèle de l’action municipale de Metz pour le « Jour de la nuit » le 13 octobre, la société d’astronomie de la ville tente d’interpeller le public sur les menaces de la pollution lumineuse.
Imaginez les oiseaux voler au-dessus de Metz en nocturne. Les zones trop lumineuses leur font perdre leurs repères. Pensez maintenant aux rêveurs à leur fenêtre, ou devant un télescope, incapables de profiter des étoiles à cause de l’éclairage artificiel. « Le blocage vient surtout des riverains et leur peur de l’insécurité » analyse Eric Dodier, président de la société d’astronomie messine. « Pour eux, une rue sombre est forcément dangereuse ». Ce passionné des cieux laisse aux élus le soin de rassurer sur ce point et prend le problème sous un autre angle: « Nous [la société, ndlr] jouons sur la corde sensible pour montrer qu’avec trop d’éclairage, on perd le contact avec le ciel, la nature. À quoi ça sert d’allumer les étoiles ? ».

Eric Dodier approuve le « Jour de la nuit », l’occasion de toucher un large public. Mais il n’y a pas d’activités ce 13 octobre. La faute aux organisateurs: « La date de la manifestation est choisie sans prendre en compte la configuration du ciel. Et si elle est mauvaise, comme ce samedi, on ne peut pas observer ». Les amateurs bénévoles de la société ne se laissent pas démonter. La semaine suivante, ils organisent deux soirées d’observation et deux conférences. Une façon de se démarquer et d’insister sur la nécessaire prise de conscience collective. « C’est une bonne chose d’éteindre, mais pourquoi une seule fois ? Il faudrait prolonger l’action, 365 jours par an ». Eric Dodier remarque les efforts de la mairie de Metz pour optimiser l’éclairage des bâtiments sur le long terme. Avant de préciser: la commune est plus sensibilisée par le coût de l’énergie que par l’impact environnemental.

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