Animé par Philippe Guihéneuf et Sabine Chevrier, le collectif citoyen « Les Indignés du PAF » a pour but affiché de veiller au respect de la déontologie dans les médias. En dénonçant manipulations de l’image et mises en scène, « les Indignés » comptent bien développer l’esprit critique et alerter l’opinion. 

Le 6 décembre 2011, TF1 diffuse un numéro de son émission « Appels d’Urgence » intitulé « Enquêtes dans Paris auprès des jeunes délinquants »24 heures plus tard, « le Petit Journal » révèle, preuves à l’appui, que deux séquences clés de l’émission datent de 2005 et 2008 : elles n’ont pas été tournées dans la capitale. Pour Philippe Guihéneuf, c’en est trop. Dans la foulée, il fonde le collectif les « les Indignés du PAF ». Le but ? Recenser et faire éclater au grand jour les manipulations et autres mises en scènes qui viennent polluer l’information. Très vite, la page Facebook du collectif rassemble de plus en plus d’abonnés et le mouvement prend de l’ampleur. « Notre démarche est profondément citoyenne, explique Phillipe. Elle rassemble des citoyens de tous bords qui s’inquiètent de la qualité de l’information. Si la perception du monde que l’on se forge en partie via les médias ne correspond pas à la réalité, comment pouvons-nous nous faire un avis correct sur le réel ? » 

Pour lutter contre cette banalisation de la manipulation par l’image, le groupe regorge d’idées.  En tête de liste : associer le citoyen au fonctionnement des médias en créant des organes de régulation garants du fonctionnement démocratique et rassemblant les différents acteurs du secteur. « Le devoir des médias est d’informer. S’ils ne le font pas, à quoi servent-ils ? s’interroge Philippe. Notre seul but, c’est de savoir si l’information diffusée est vraie ou non. Si les sources ont été vérifiées. Si la parole a été donnée à toutes les parties évoquées. Nous veillons au respect des deux pieds fondamentaux de la déontologie : vérification et contradiction. » Deux pieds qui trébuchent, il est vrai, un peu trop souvent.

 « On est dans le détournement pur et dur ! »

Si Philippe Guihéneuf a décidé de monter au front, c’est parce qu’il s’avoue  « profondément choqué »  par ces manipulations. Récemment, l’interview de Jean-Luc Mélenchon par TF1 n’a pas manqué de conforter « les Indignés » dans la légitimité de leur combat. La chaîne privée n’a pas hésité à mettre en scène la présence de manifestants derrière le leader du Front de Gauche. Malheureusement pour elle, un journaliste présent dans un immeuble non loin d’eux a réussi à prendre un cliché démontrant la supercherie. « Cette histoire est juste hallucinante, s’insurge Philippe Guihéneuf. Grotesque. Et cela à tous les niveaux ! On est dans une sorte de déni de l’information incroyable. A quoi jouent-ils ? On est dans le détournement pur et dur ! » Très présent sur les réseaux sociaux et remportant de nombreux soutiens numériques, le collectif peine cependant à mettre en place des actions physiques : « Les gens ont conscience du problème mais ils n’en font pas une priorité. La qualité de l’information aujourd’hui ça dérange tout le monde, mais de là à se mobiliser et à descendre dans la rue…  » « Les Indignés » ne perdent pas pour autant espoir de voir cet état de fait évoluer.

Vendredi 6 décembre, une grosse mobilisation sur le web est prévue afin de servir de rampe de lancement à un rassemblement au mois de mars 2014. « Nous ne sommes pas là pour faire les dictateurs de l’esthétique du monde, prévient Philippe. Juste pour que la déontologie soit respectée. Dès le départ, on a fait remonter nos remarques vers le CSA. TF1 a écopé d’une petite mise en garde, autant dire rien. Matignon connaît notre action, l’Elysée aussi. Nous allons voir tout le monde. Mais tant qu’on ne mobilisera pas dans le concret, notre combat ne pourra aboutir. »

74 % de mécontents 

Consultée entre 5.000 et 20.000 fois par semaine, la page Facebook du groupe témoigne de la pertinence et de la popularité naissante de l’action du rassemblement qui se revendique apolitique. « Nous voyons bien que la confiance entre les gens et les médias est altérée, constate Phillipe. Le taux de crédibilité ne dépasse pas les 26 %. » Pour y remédier, « Les Indignés » mènent deux types d’actions précises : des débats et réunions pour recueillir des avis et faire naître des solutions ainsi qu’une veille citoyenne. Cette dernière est nécessaire pour renforcer la vigilance devant les dérives de l’information. A terme, l’objectif est de déboucher sur une réforme des conditions du traitement de l’info afin d’en améliorer la qualité. « Ce combat est encore plus important en période électorale. Comment voter efficacement et en toute connaissance de cause si l’on ne nous présente pas des informations dignes de ce nom ? »

[toggle title=”Quelques unes des erreurs épinglées par les Indignés”]

23/11, NRJ12, Tellement vrai : « Comment la production s’arrange avec la réalité ».

24/11, M6, Zone Interdite : des clandestins auraient été incités à migrer par l’équipe de Tony Comiti Production.

29/11, l’Alsace trappe une interview évoquant son actionnaire, le Crédit Mutuel.

01/12, France Inter annonce par erreur hier dans un tweet à 13h  la fuite du 1er Ministre.

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Crédits illustration : Elodie Liard