Le terme «hiatus», dans la langue française, introduit une notion de décalage ou de coupure. C’est l’idée retrouvée dans la revue du même nom: un décalage entre journalisme et littérature, entre sérieux et créativité. Le festival « Hiatus en stock » se déroulait les 7 et 8 novembre à la MJC Lillebonne de Nancy. A cette occasion, nous avons rencontré Gaëtan Naudet-Celli, directeur de publication de la revue Hiatus , pour en savoir plus sur cet objet de curiosité.

Hiatus, c’est quoi?

« C’est d’abord une revue associative à double entrée, qui se lit dans les deux sens. D’un côté, on peut trouver du journalisme lent – une manière de prendre du recul sur l’actualité en ralentissant le rythme de publication  – et de l’autre, de la littérature ou du graphisme. Il s’agit d’un projet collectif, à but non lucratif, né il y a 3 ans avec une quinzaine de personnes. La revue paraît un peu quand c’est possible, quand on a les moyens et le temps.

Notre objectif, c’est de démocratiser et de désacraliser l’écriture. En dehors de la revue, on crée des numéros spéciaux pour des organisateurs d’événements comme le festival Littérature & Journalisme,  qui nous rémunère pour réaliser un numéro gratuit, ouvert au public. L’idée, c’est de faire ensemble: chacun participe à l’élaboration du numéro sur un week-end.

On organise aussi des ateliers d’écriture, sous formes de contraintes et de jeu.

 

Pourquoi organiser un festival?

« Au départ, on organisait des soirées de lancement à l’occasion de la sortie de chaque numéro. Le but était de vendre des numéros de la main à la main et d’expliquer notre projet. On s’est dit ensuite que ce serait bien d’avoir une programmation plus étoffée, plus cohérente, et on a décidé de prolonger sur deux jours. Et une soirée sur deux jours, ça devient un festival! Là, c’est la première fois qu’on organise un festival sans sortir de nouveau numéro. On déstocke toutes les revues que l’on a dans les cartons, car on n’en réédite aucune. »

Combien de personnes font partie du projet?

Depuis le début, 160 personnes participent, si on compte les contributeurs de la revue qui écrivent ou donnent leurs idées de manière ponctuelle. Il y a quarante membres actifs, et une quinzaine de personnes présentes à la MJC une dizaine d’heures par semaine pour travailler sur différents projets liés à l’association.»

Qui peut écrire dans la revue et de quelle manière?

« Potentiellement, tout le monde peut écrire. Mais il faut respecter les règles: ne pas signer les articles et respecter les délais, puisque c’est un projet collectif. Nous proposons un thème et une ligne éditoriale, et les gens envoient leurs idées. Les rédacteurs en chef font un choix d’articles et on les présente ensuite par mail aux personnes qui ont proposées des sujets. On essaie de mettre deux personnes ensemble, une qui n’a peut être jamais écrit avec une autre plus expérimentée. Nous avons des personnes qui ont déjà écrit , quelques journalistes, mais les profils sont très variés.

On aime bien mettre des contraintes aux gens. Pour cela, nous utilisons la technique de la patate chaude: c’est le fait de proposer un sujet en urgence, à l’improviste, pour l’avoir deux heures plus tard.

Pourquoi ne pas vouloir signer les articles?

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A qui s’adresse la revue?

«On n’a jamais vraiment réfléchi en terme de public, même si notre lectorat se compose surtout de filles de 25 ans, dans les Beaux Arts ou en Lettres. Mais nous avons aussi des personnes de 15 à 70 ans, des étudiants ou des chômeurs, un peu de tout. On cherche encore notre public,car tant que la revue ne sort pas tous les deux mois, avoir un lectorat c’est très compliqué. Nous sommes toujours obligés d’élargir au delà de notre cercle proche.

On essaye de s’adresser au plus grand nombre, même si certaines parties de la revue sont moins accessibles. Par exemple, le livret “La tête en l’air” est plus créatif, littéraire et graphique et peut paraître compliqué au premier abord. Notre objectif, c’est de construire la revue de telle  manière à ce que chacun puisse y trouver quelque chose qui lui plaise.»

Il n’y a pas de publicité dans Hiatus. Comment la revue est-elle financée?

«Au départ, Hiatus est un projet de crowdfunding,  de financement participatif. C’est grâce à un réseau proche de quinze personnes que nous avons pu récolter 1200 euros pour l’impression du numéro 0 sur le site Ulule. Maintenant, la vente des revues – à cinq euros par numéro – permet d’alimenter l’impression du numéro d’après. Mais ce qui nous rapporte également de l’argent ce sont les ateliers d’écritures, les numéros spéciaux, les prestations et spectacles que l’on vend. Nous avons la chance d’avoir des locaux prêtés par la mairie, c’est un bon échange de procédés: on anime la MJC, on organise de nombreux évènements ici et en contrepartie on a des murs.  »

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Dans quelles librairies peut-on trouver la revue?

«Hiatus est diffusé essentiellement dans la région puisque nous en sommes les premiers vendeurs. Mais nous sommes potentiellement dans toutes les librairies de France. Soit à Lyon, à Paris et à Strasbourg, pour l’instant. Pour choisir un distributeur national, nous aurions dû avancer 20.000 euros, ce que nous ne voulions pas. On travaille avec R-Diffusion, un diffuseur associatif. C’est à dire que si quelqu’un demande notre revue dans une nouvelle librairie, la commande se fera à travers R-Diffusion qui envoie ensuite les revues à ladite librairie.

Il y a encore un gros travail de notre part à faire pour être présent dans les librairies et vendre la revue. Nous sommes en train de réfléchir à notre plan de diffusion pour l’an prochain, savoir quel public on vise. Hiatus, c’est un projet qui se construit en même temps que nous, on en découvre les impacts au fur et à mesure qu’il s’agrandit