MilanoHope, les jeux vidéo au féminin

Youtubeur-beuse, ce mot fait rêver toute une génération. Mais il suscite aussi beaucoup de fantasmes, souvent peu conformes à la réalité. Rencontre avec Mégane Pisani, alias MilanoHope, vidéaste messine mais aussi streameuse, étudiante et entrepreneuse.

À 24 ans, Mégane a des visions d’avenir multiples qui se regroupent toutes autour d’un dénominateur commun : le jeu vidéo. Elle confie avoir jouée depuis toute petite. Après 8 ans sur World of Warcraft, elle passe sur un autre jeu de l’éditeur Blizzard il y a deux ans, Overwatch : « Je l’attendais avec impatience » . C’est là qu’elle se forme au streaming (diffusion en direct de parties commentées sur une plateformes comme Twitch.tv), et qu’elle est repérée par une agence : le Network ESL. Intégrée à la plus grande plateforme d’esport en ligne au monde, elle a pu se former aux côtés de grands noms. Quelques mois plus tard, elle quitte tout pour Fortnite, grande nouveauté d’Epic Games, « le jeu est plus dynamique  et c’est une autre dimension de Battle royale ». Elle lance dans la foulée sa chaine Youtube, entièrement consacrée à ce jeu. À ce jour, elle compte plus de 41 000 abonnés, et sa vidéo la plus vue l’a été plus de 700 000 fois.

Youtubeuse et streameuse, le rêve ?

Si, en moins d’un an, elle a réussi à fédérer une petite communauté, elle reste lucide. Malgré son envie de s’y consacrer à plein temps et d’en faire son métier, « y’a des millions de gens qui veulent le faire et très peu d’élus. Il fallait vraiment que j’ai un à côté. » En parallèle de ses activités de vidéaste et de streameuse, elle a repris ses études afin de valider un bac+4 responsable marketing « pour assurer [ses] arrières ». Elle se laisse jusqu’à janvier 2019 pour voir comment évoluent les choses. Elle a décidée de montrer de plus en plus qui elle est sur Youtube, avec des vidéos IRL (in real life), « J’ai envie de faire ce que j’aime, je me pose pas de question. Mêler Milano et Fortnite, des vlogs, des activités, c’est ce que je veux faire. »

Le gaming à Metz ?

Dans le Grand Est, Milano Hope nous explique « qu’il y a pas mal de monde ». Mais confie le manque d’organismes et d’associations réelles dans la région pour aider les steamers-euses et youtubeur-euses. Youtube reste, néanmoins, une plateforme de visibilité réelle pour les plus petits, « ce qu’il faut c’est juste avoir de l’envie ». Mais en province, les contacts dans l’univers du jeu vidéo restent moindres face à la capitale, « c’est dans les soirées comme au Meltdown (un bar e-sport) que l’on se fait des contacts, c’est là où on peut avancer plus vite. » Mais cette messine reste néanmoins optimiste sur sa situation en province. La ville de Metz se développe d’ailleurs de plus en plus dans le gaming, entre l’accueil de l’ESWC, le nouveau bar e-sport Level Up et le complexe TCRM Bliida (lieu de création artistique et numérique).

L’e-sport dans tout ça ?

La jeune femme a intégrée une équipe sur Fortnite pendant les deux premières saisons du jeu. Mais elle a dû arrêter suite à un accident. Aujourd’hui, elle reste proche de l’e-sport, surtout en tant que spectatrice. Toujours très intéressée par la compétition, elle confie ne plus pouvoir se permettre les sacrifices liées à la vie privée que demande la position de joueuse. En contrepartie, elle évoque des projets de spécialisation dans « l’animation, les shows, les évènements communautaires ». En référence à des steamers connus comme Zerator, animateurs de shows devenues viraux sur la toile comme la Trackmania Cup.

Les femmes et l’e-sport ?

Son souhait de ne pas intégrer une équipe e-sport a souvent été relayé sur son Twitter. Face aux équipes 100% féminines, MilanoHope a son avis : « Pour moi ce n’est pas cohérent de séparer la compétition homme/femme si on veut mettre tout le monde sur un même pied d’égalité. » La jeune femme prône la mixité dans les équipes avant tout et ne comprend pas pourquoi la différence se fait. « Au sport, il s’agit d’une différence physique, c’est normal de mettre d’un côté les hommes et de l’autre les femmes. Par contre concernant l’e-sport, c’est principalement une question de mental, pour une fois on peut mélanger les sexes. »

Selon l’AFJV (l’agence française des jeux vidéos), 47% sont des joueuses grâce à la diversité des plateformes aujourd’hui. Mais on en compte seulement 15% dans la création. En parallèle, France e-sport a dévoilé le mois dernier que 28% de femmes contre 72% d’hommes pratiquaient l’e-sport. Les femmes dans l’univers du gaming restent donc une minorité, mais certaines associations comme Women in Games veulent changer la donne. Cette association créée ses propres équipes d’e-sport féminines, mais pour la streameuse ce n’est pas la solution. « Je respecte énormément leur travail. Mais si on veut passer au niveau supérieur et vraiment faire avancer les choses, alors je n’ai qu’une chose à dire : mixité et non disparité. »

Mélina Le Corre/Rémy Chanteloup