Victime d’un accident de moto en 2011, Yann Redoutey pratique depuis le handiski, ou le ski-fauteuil. Cet ancien moniteur de ski vosgien, doté d’une volonté à toute épreuve, a su se reconstruire par le sport. Il revient sur son parcours atypique. 

Si je ne réponds pas, c’est que je suis sur les pistes… Ou du moins dans mes rêves.” Le répondeur téléphonique de Yann Redoutey donne le ton. Cet ancien moniteur de ski, ex maître-nageur et professeur d’EPS au lycée agricole de Mirecourt est un mordu de sport. Un passionné. Combatif et compétitif, peu de choses le séparent des autres sportifs. Sauf une. Le ski, c’est maintenant assis qu’il le pratique. Depuis un accident de moto en mai 2011 qui lui a coûté la motricité de ses deux jambes, ce vosgien de 33 ans pratique le ski-fauteuil à haut niveau. Du ski, mais pour les personnes handicapées.

“J’ai pris ça comme un grand stage sportif”

Quatre mois seulement après son accident, pendant sa rééducation, Yann Redoutey débute la discipline au Snow Hall d’Amnéville. Il entame ensuite une semaine de formation dans les Alpes. “J’ai pris ça comme un grand stage sportif, où l’on progresse de jour en jour”, explique t-il. Son état d’esprit l’aide à se reconstruire, même si certaines choses sont difficiles à accepter.

“J’avais plein d’ambition, plein d’espoir dans cette activité là”, se confie Yann. Son objectif : retourner sur les pistes. “Je n’ai pas peur de l’effort, j’ai progressé assez vite”, assure t-il. Son expérience de skieur en tant que valide et son caractère de sportif l’aident beaucoup. “Il y a beaucoup de similitudes avec le ski, même s’il n’y a pas le retour des sensations au niveau des jambes. Comme j’étais moniteur avant, je maîtrisais déjà l’activité, le transfert s’est fait assez facilement pour moi”.

“Repousser ses limites”

yann redoutey ski

Assez vite, Yann s’oriente vers le ski-fauteuil à haut niveau. “Le monde du handiski n’est pas très grand, je me suis vite retrouvé aux championnats de France avec les meilleurs“, raconte t-il. Un challenge ? Assurément. “Je suis quelqu’un qui cherche toujours à repousser ses limites”, déclare le skieur.

Un an et demi après avoir commencé le ski-fauteuil, le vosgien a intégré l’équipe de France relève. L’an dernier, il a préparé une possible qualification pour  les prochains Jeux Paralympiques d’hiver. “Quand on est sportif et compétiteur, c’est le but ultime”, avoue t-il. Un objectif qu’il abandonne cependant, pour des projets plus personnels. “Comme je reconstruis ma vie familiale, il faut faire des compromis et c’est difficile en étant sportif de haut niveau. On est toujours partis, les courses sont partout. C’est du temps où l’on n’est pas à la maison”.

“Je suis quelqu’un qui fait les choses à fond”

Cette saison, Yann n’a pas fait de compétition. “Je suis quelqu’un qui fait les choses à fond. Je ne me permettrais pas d’aller faire des courses alors que je ne m’entraîne pas à côté”, se justifie t-il. Cela ne l’empêche pas de continuer à repousser ses limites, dans d’autres domaines.

L’ancien moniteur de ski revient de loin, il le sait. Après son accident, les médecins lui ont annoncé qu’il ne pourrait plus jamais marcher. Quatre ans après, il tient debout avec une canne, et utilise son fauteuil pour éviter de se fatiguer lorsqu’il reste debout trop longtemps. Les chirurgiens n’ont pas su expliquer cette progression spectaculaire. Pour lui, c’est d’abord sa volonté et son caractère de sportif qui l’ont aidé.

“Mon but : pousser les gens à pratiquer”

Aujourd’hui, l’ancien moniteur est conseiller régional pour le handiski en Lorraine. Il tente de faire connaître ce sport peu connu et de répondre aux interrogations des gens sur cette discipline. Son but ? “Pousser les gens à pratiquer”. Ce n’est pas toujours simple. “Les gens sont frileux, ils ont peur du froid ou de se blesser. La montagne est un milieu hostile, difficilement accessible quand on est valide, mais qui l’est encore plus quand on a un handicap”, admet Yann. Une des difficultés : trouver des logements accessibles aux personnes à mobilité réduite. Le prix de l’équipement peut aussi rebuter. Si certaines écoles de ski ou associations louent du matériel, un fauteuil peut coûter jusqu’à 2000 euros pour une utilisation de type loisir. Mais pour Yann, le jeu en vaut la chandelle. Les contraintes ne sont rien à côté de la sensation de liberté qu’il éprouve en skiant.

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La Fédération Française de Handisport divise la pratique du handiski en plusieurs catégories selon les handicaps.

– HANDICAP DEBOUT :

Cette section rassemble les personnes amputées, atteintes d’une malformation des membres supérieurs ou inférieures, ceux qui skient debout sur un ou deux skis avec ou sans l’aide de stabilisateurs, ou les personnes hémiplégiques.

– HANDICAP ASSIS :

Cette catégorie concerne les personnes paraplégiques, doublement amputés des membres inférieurs, ou atteints de poliomyélites. La discipline se pratique avec un fauteuil comportant un ou deux skis. Le fauteuil-ski peut être utilisé en uniski (un seul ski) ou dual-ski (deux skis). Le skieur est assis dans une coque, fixée sur un ou deux skis par l’intermédiaire d’un système d’amortissement. Son équilibre est assuré par deux stabilisateurs.

– HANDICAP VISUEL (NON ET MALVOYANT) :

Les personnes handicapées visuelles sont guidées par un skieur qui les précède et qui leur fournit les informations nécessaires, à la voix, et le plus souvent avec un dispositif de radio transmission ou d’amplification.

– HANDICAP AUDITIF :

Les sourds et mal entendants peuvent également pratiquer le handiski en compétitions nationales, et participent à certaines compétitions internationales. Il est alors demandé un certificat médical pour attester du niveau de surdité du sportif.

Lors d’une compétition, trois classements existent : un pour les skieurs debout, un pour les skieurs déficients visuels et un autre pour les skieurs assis.

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