Accentué par la crise de la COVID-19, le harcèlement scolaire est plus que jamais un sujet d’actualité. Bien que présent au sein des établissements scolaires, la thématique reste taboue et rare sont ceux qui arrivent à parler de ces violences, afin de se faire aider. Pourtant, plusieurs associations, collectifs ou encore chercheurs œuvrent pour sensibiliser davantage et aider à ce que ces victimes ne subissent plus de violences.

Collège/Lycée Georges de la Tour à Metz : atelier de sensibilisation contre le harcèlement scolaire

Photographie de l’entrée du lycée Georges de la Tour, à Metz. (Crédit photo : Tiffany Pintado)

Du lundi 22 au mardi 23 mars ont eu lieu des ateliers de sensibilisation au harcèlement au collège/lycée Georges de la Tour à Metz. Le but de cette initiative était de discuter de cette thématique avec les classes de 6èmes.

Salle 405 avant l’arrivée des élèves. (Crédit photo : Tiffany Pintado)

Il est 14h, la cloche sonne au collège/lycée. Les élèves changent de classe. En quelques minutes, des jeunes 6èmes s’installent dans la salle 405 du bâtiment 4 sans prêter attention à l’intrus présent au milieu de la pièce.

Installée et recroquevillée sur sa chaise, la comédienne Selin Altiparmak du collectif “Cap Etoile” se plonge dans son personnage d’Eloïse, jeune étudiante harcelée. Elle s’apprête à interpréter “Princesse de Pierre” de Pauline Pierrade. Les élèves ne le savent pas encore mais, cette expérience va les bouleverser.

La cloche va bientôt sonner, je dois encore tenir, je dois juste baisser la tête. Ne pas les regarder.

Eloïse, interprétée par Selin Altiparmak

Pendant une demi-heure, le personnage d’Eloïse dénonce les moqueries, la peur du contact avec les autres ainsi que son exclusion. Sa réflexion sur le harcèlement est accompagnée d’un diaporama sonore qui anime son jeu. “Ta gueule”, “Bolosse”, “Dégage”, si ces mots ont premièrement fait rire toute la salle, ce ne fut pas pour longtemps.

A la fin de la pièce, les adolescents ont eu l’occasion d’échanger avec Dominique Aru, Selin Altiparmak et Véronique Bellegarde du collectif “Cap Etoile”. Leur but est de les faire réfléchir sur la culpabilité et leur apprendre à affronter et ne pas fuir. Un débat commence avec les enfants, quel conseil aurait-il donné à Eloïse ? “En parler aux parents ?” répond une jeune fille.

Au fil du débat, les langues se délient pour livrer des témoignages. Au bord des larmes, une jeune fille quitte la salle pendant cinq minutes. Ces événements laissent penser que le harcèlement est très présent dans le système scolaire. Cet échange coordonné par la Conseillère Pédagogique d’Education du lycée Lorena Cornacchia aura un suivi. Tout au long de la séance de prévention, les jeunes ont pris des notes puis écrit une lettre à Eloïse. Grâce à leurs réponses, l’établissement compte mettre en place un accompagnement personnalisé au besoin de ses élèves.

[Interview] Rencontre avec les acteurs qui ont mis en place l’atelier au collège/lycée Georges de la Tour

Eloïse Viard, Fanny Muet et Guilhem Solofrizzo étudient en terminale au lycée Georges de la Tour. (Crédit photo : Morgan De Breck)

Le Conseil de la Vie Lycéenne est à l’initiative du projet. Sensibilisé à la thématique de la haine par le professeur en philosophie William Schuman, les étudiants ont souhaité mettre en place des ateliers pour prévenir et venir en aide à ceux atteints d’harcèlement.

Interview de trois lycéens membres du Conseil de la Vie Lycéenne, Fanny Muet, Guilhem Solofrizzo et Eloïse Viard.
Lorena Cornacchia, Conseillère Pédagogique d’Education au lycée Georges de la Tour. (Crédit photo : Morgan De Breck)

Lorena Cornacchia, Conseillère Pédagogique d’Education, a aidé à la coordination de la mise en place des ateliers auprès des jeunes. Elle nous explique l’importance de cette sensibilisation.

Interview de Lorena Cornacchia, Conseillère Pédagogique d’Education et coordinatrice de l’opération
Dominique Aru, Selin Altiparmak et Véronique Bellegarde, membres du collectif “Cap Etoile”. (Crédit photo : Morgan De Breck)

Cap Etoile” est un collectif basé à Montreuil en Ile-de-France, regroupant des artistes de tout bord. Invité par l’établissement, ils ont mis en scène la pièce de théâtre “Princesse de Pierre” présentée aux enfants.

Interview de Selin Altiparmak, Dominique Aru et Véronique Bellegarde.

[INTERVIEW] ReSourceS : agir sans blâmer

Travaux de l’artiste Clet Abraham utilisés comme iconographie de présentation des formateurs sur leur site internet.

ReSourceS est une association créée en 2014, agissant dans le cadre de formations et de préventions face aux discriminations, inégalités ou encore aux harcèlements. Depuis leur création, ils sont intervenus dans plus d’une cinquantaine de lycées en France métropolitaine ainsi qu’à la Réunion.

Interview 1 de Brigitte Chaffaut co-créatrice de l’association et Geneviève Alline formatrice abordant leur travail auprès des établissements scolaires, leurs méthodes et leur suivi.
Interview 2 de Brigitte Chaffaut co-créatrice de l’association et Geneviève Alline formatrice abordant les difficultés apportées par la COVID-19 et l’impact de la pandémie sur les jeunes.

[INTERVIEW] 5 questions à Sophie Quaegebeur, doctorante en sociologie à Metz

Sophie Quaegebeur est doctorante en sociologie. Dans son article “Jeunesse et violences, ou le regard des médias“, elle aborde le traitement médiatique de la jeunesse et de la radicalisation. Nous lui avons proposé de répondre à des questions sur le rôle des médias dans la stigmatisation de groupe et du harcèlement.

Les médias peuvent-ils avoir un rôle sur la stigmatisation de groupe, menant au harcèlement ?

« En tant que réseau mondial d’interdépendances disposant d’une grande puissance, les médias, comme tout organisme disposant d’une certaine influence. Ils sont en capacité d’apposer et de diffuser des stigmates pouvant mener au harcèlement. En revanche, cette conséquence, bien que malheureuse, ne peut pas toujours être contrôlée. Si certains médias abusent de la confiance de leurs lecteurs, d’autres ne sont pas conscients des torts qu’ils peuvent engendrer. D’autres se plient consciencieusement à tout un tas de vérifications afin de ne pas participer à la diffusion des stigmates. Le choix du sujet lui-même représente déjà une participation à sa mise en lumière. »

Il y a t’il un manque de sensibilisation vis-à-vis du harcèlement, ou un manque de recul dans les médias ?

« Je pense qu’il existe un manque de sensibilisation vis-à-vis du harcèlement au sein de la sphère sociale elle-même. Malheureusement, encore une fois, ce qui n’est pas grand public représente moins d’intérêt pour les médias. S’il existait davantage d’actions de prévention, ou du moins si ces actions étaient menées à très grande échelle, alors les médias s’empareraient sans aucun doute du sujet. Mais à l’échelle mondiale, peu s’investissent sur ces questions, même si la prévention du phénomène tend à s’élargir. Il y a donc moins d’intérêt pour le système médiatique à s’investir dans des travaux qui ne participeront pas à l’accroissement de leur notoriété et de leur capital économique. »

Le facteur “âge” engendre-t-il des discriminations dans la presse nationale ?

« Il est difficile de parler de discriminations à l’égard d’un jeune public provenant de la presse nationale. La jeunesse est difficile à définir, évoluant à une rapidité déconcertante, se calant sur le rythme d’une société de consommation toujours plus dévorante. La jeunesse fait partie de ces catégories qui angoissent par leur nébulosité et reste un sujet de controverse qui continue de faire débat. Il y a un besoin de s’inscrire dans une opposition générationnelle face aux aînés. Cela passe par le refus de la décohabitation parentale, en privilégiant le concubinage et en différant mariage et vie familiale. Cela a participé à l’émergence d’une image instable et parfois négative de la jeunesse. Et c’est sur cette représentation que vont se focaliser les médias en exagérant certains faits ou aspects de la jeunesse. Parfois, certains vont jusqu’à la diaboliser. Cette discrimination ne se fait pas directement, elle est le résultat d’un traitement singulier mais discret du concept de jeunesse. Cela peut insidieusement mener à des stigmatisations plus ou moins importantes. Le facteur « âge » engendre donc, avant tout, une catégorie de discours, liée à un sentiment général de perte de contrôle. »

Comment les médias catégorisent-ils la jeunesse ? N’agissent-ils pas en se limitant aux stéréotypes ainsi que dans leur bien personnel ?

« Les médias ont émergé dans une volonté d’informer la société. Avec le temps, la mondialisation, l’évolution des mentalités et l’arrivée des nouvelles technologies, la notion de concurrence s’est de plus en plus imposée. Cela a annoncé l’entrée dans une ère prônant majoritairement le gain. Les valeurs de vérité, de neutralité et d’objectivité sont dont pour certains journaux, remplacées par celles de capital économique, de rapidité et de notoriété, menant à une culture du buzz. Ce fonctionnement s’intéresse aux sujets, personnalités ou catégories qui font débat, qui inquiètent, qui amusent, qui choquent.

L’objectif de certains médias aujourd’hui est d’optimiser leur référencement et de générer des gains de façon à  prospérer. Il est donc beaucoup moins question d’informer, d’enseigner, de cultiver, mais plutôt de s’engouffrer dans des « psychoses » sociales. Comme expliqué plus haut, la jeunesse est une catégorie controversée, pouvant ainsi représenter un commerce juteux pour des médias peu scrupuleux profitant de l’inquiétude générée pour attirer l’attention de certains lecteurs. »

Comment peut évoluer à court terme le traitement médiatique de la jeunesse ?

« Si vous souhaitez savoir comment il est possible de modifier ce traitement, il est difficile d’en apporter une réponse concrète. De nombreux facteurs seraient à prendre en compte, tant du côté de la jeunesse, que de celui des médias ou de la société elle-même. La sphère sociale est portée par ses croyances et ses valeurs, les médias sont dépendants de leur capital économique et la jeunesse ne peut gérer les représentations sociales qui lui sont associées.

Nous sommes ici dans un réseau d’interdépendances qu’il s’agirait de déconstruire et de reconstruire sous une forme stricte. Cette forme ne tolérerait aucun écart de conduite, et qui demanderait un système de contrôle omniscient. Il est impossible de contrôler tous les faits, toutes les mentalités, tous les contextes, et donc impossible de modifier le traitement médiatique de certaines catégories. Le seul moyen est d’apporter, individuellement, tolérance, ouverture d’esprit et éducation, et de continuer de transmettre certaines valeurs et connaissances primordiales à la bonne évolution des générations futures. »

Le collectifs Cap Etoile ou l’association ReSourceS sensibilisent les plus jeunes aux conséquences du harcèlement. Remarques anodines, propos diffamatoires sont autant d’éléments à l’origine, volontairement ou non, de ces situations entre élèves. Leurs actions permettent de poser des mots sur ce problème souvent vécu dans le silence par les victimes et leur entourage.

Morgan De Breck et Tiffany Pintado