Logo du programme Papageno

Le 2 février dernier, une classe de première année du Master Journalisme et Médias Numériques au campus du Saulcy à Metz, a accueilli une intervention du programme Papageno. Animée par Nathalie Pauwels, chargée du déploiement national, et Pierre Grandgenèvre, psychiatre au CHU de Lille, cette rencontre visait à mieux comprendre la réalité du suicide et le rôle des médias dans son traitement et sa prévention.

Le programme Papageno est porté par la Fédération Régionale de Recherche en Psychiatrie et Santé Mentale des Hauts-de-France qui intervient sur tout le territoire. Son objectif principal est d’améliorer la manière dont le suicide est compris et traité, notamment dans l’espace médiatique.

Son nom renvoie à une idée centrale de la prévention : rappeler qu’il existe toujours des ressources et des solutions, même lorsque la souffrance psychique occupe tout l’espace mental. Dans cette logique, les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé encouragent les journalistes à mentionner systématiquement les dispositifs d’aide, comme le 31 14, numéro national de prévention du suicide accessible 24 h/24.

Le symbole du point-virgule, apparent sur le logo du programme, illustre cette philosophie : l’histoire n’est pas terminée, elle est naturellement et courageusement relancée. 

L’ignorance du suicide cultivée par la peur médiatisée

Au fil du temps, le terme “suicide” et l’ensemble de son champ lexical sont devenus des sujets tabous en raison de l’effroi que leur évocation nous inflige. Qu’il soit évoqué dans la presse, dans les films ou la musique, le suicide reste un terme qui nous effraie par son obscurité et par les tragédies qui en résultent : le décès et le deuil. 

Puisque ce sont des situations que personne ne désire réellement, l’avis populaire ferme les yeux et tente d’ignorer ce qu’est vraiment le suicide. Généralement, on préfère se cacher dans les clichés qu’on lui a attribués, plutôt que de se confronter à l’autopsie de cette notion qui nous effraie et nous dérange. Jusqu’au jour où cela nous concerne. 

Pendant leur intervention, les deux membres du programme Papageno ont déconstruit les idées reçues. Contrairement à une perception largement répandue, les décès par suicide ont connu une baisse tendancielle sur les dernières décennies (14% de baisse du nombre de décès par suicide entre 2012 et 2022). Pourtant, beaucoup de personnes pensent encore que le phénomène augmente. Cette perception s’explique en partie par un traitement médiatique souvent centré sur les aspects les plus dramatiques, ce qui contribue à entretenir l’idée d’une progression continue.

Contrairement aux idées reçues, avoir des pensées suicidaires n’est pas un fait qui doit être normalisé pendant l’adolescence : “Il est normal de s’interroger sur la mort quand on se questionne sur la vie en général. Par contre, ce n’est pas normal de penser à sa propre mort. Même si l’on trouve ça normal pour un adolescent d’avoir ce genre de pensées, il ne faut pas prendre ça à la légère c’est très important !”, affirme Nathalie Pauwels. Il faut donc distinguer questions existentielles et pensées suicidaires. 

Imager le suicide pour mieux le comprendre 

L’un des messages majeurs de l’intervention est que la crise suicidaire ne traduit pas une réelle volonté de mourir, mais une volonté de faire cesser une souffrance devenue insupportable : “Au bout d’un moment la souffrance prend tellement de place qu’elle occupe tout l’esprit. Au point qu’on n’est plus en capacité de voir qu’il y a des solutions dont on peut se saisir.” explique Nathalie Pauwels. 

Pour développer leurs propos, les deux intervenants ont imaginé le parcours suicidaire comme un vase que l’on remplit d’eau au même titre que les problèmes s’accumulent dans notre esprit. Jusqu’à mener vers cette expression “la goutte qui fait déborder le vase” qui représente le passage à l’acte suicidaire. 

Cette étape se dessine concrètement lorsqu’une personne ne voit pas d’autres solutions et qu’elle est dans l’absence de choix. Ainsi, Nathalie Pauwels a rappelé que le suicide est en réalité un non-choix. 

L’impact d’un suicide sur l’entourage

Un suicide touche bien au-delà de la personne décédée : proches, famille, amis et personnes exposées peuvent être profondément affectés.

Le deuil après suicide peut prendre différentes formes : “Ce n’est pas un deuil comme les autres parce qu’il y a énormément de culpabilité. Il peut y avoir de la honte et beaucoup de reproches au sein de familles qui peuvent se dissoudre complètement en cas de suicide. Cette situation peut donc rajouter des traumatismes et même du psychotraumatisme si l’on a vu la personne décédée.”, précise Nathalie Pauwels. 

Le deuil d’un suicide peut aussi mener vers des réflexions mimétiques : “Si cette personne l’a fait alors pourquoi je n’en ferais pas autant finalement ?” ; “C’est peut-être la seule solution, je devrais sûrement faire la même chose.” 

Médias : entre effet Werther et Papageno 

Le deuxième sujet principal de l’intervention s’orientait vers le traitement médiatique du suicide. Les deux intervenants tenaient à sensibiliser les futurs journalistes à ce sujet qui les peinent beaucoup : selon eux, les journalistes ne traitent pas le suicide de manière correcte. 

Lorsque les suicides sont présentés comme la conséquence directe d’un événement – par exemple le harcèlement – le message transmis peut être que le suicide constitue une réponse possible voire inévitable. Ce phénomène, appelé “effet Werther”, peut favoriser le mimétisme, surtout chez les jeunes.

C’est pourquoi, Nathalie Pauwels regrette qu’il n’y ait pas assez de témoignages plus “positifs” de personnes ayant survécu à du harcèlement ou à des pensées suicidaires. Ainsi, les médias pourraient évoquer ce sujet tout en transmettant un message moins fataliste : cela participerait à “l’effet Papageno” qui consiste à mettre en avant d’autres solutions. 

Aussi, Nathalie Pauwels regrette que les médias se permettent de dévoiler la raison pour laquelle les victimes se suicident. Qu’il s’agisse de célébrités ou de quidams, les médias prétendent souvent connaître la raison pour laquelle un suicide a eu lieu. Un discours contraire à celui des deux intervenants, qui ont rappelé que le suicide est toujours multifactoriel. 

Si vous êtes en détresse et/ou avez des pensées suicidaires, si vous voulez aider une personne en souffrance, vous pouvez contacter le numéro national de prévention du suicide, le 3114. C’est un numéro accessible 24h/24 et 7j/7, gratuitement en France entière. 

Pour toutes autres informations sur le sujet, rendez-vous sur le site internet Papageno programme prévention des suicides | Papageno-suicide