À Nancy, Stéphane Bourgoin donne une conférence sur les serial killers

 

« On ne naît pas serial killer, on le devient ». Stéphane Bourgoin en est convaincu. Et pour cause, cet écrivain spécialiste des tueurs en série et du profilage criminel mondialement reconnu, a interrogé pas moins de 77 serial killers depuis 1979. Mardi dernier, il donnait une conférence à Nancy, intitulée « Autopsie d’un tueur en série ». L’initiative, portée par l’association des Étudiants du campus Carnot a rassemblé plus de 700 personnes. L’occasion pour l’auteur de disséquer les profils psychologiques de deux serial killers en particulier : Gérard Schaefer et Ed Kemper. Ces entretiens ont été filmés ; l’écrivain dispose de centaines d’heures d’enregistrements. Quelques minutes ont été diffusées durant sa conférence.

Un amphithéâtre plein à craquer pour la conférence dédiée aux serial killers
Un amphithéâtre plein à craquer pour la conférence dédiée aux serial killers

 

“L’impression d’être face au Mal absolu”

Alors qu’il a eu affaire à des tueurs aux quatre coins du monde, Stéphane Bourgoin confesse que face à Gérard Schaefer, il s’est retrouvé « tétanisé, avec l’impression d’être face au Mal Absolu. J’en ai eu la chair de poule et la colonne vertébrale bloquée durant tout l’entretien. C’est le seul qui m’a fait cet effet-là ». Ce serial killer, condamné pour deux meurtres, compte en réalité une trentaine de victimes, toutes féminines. Il est décrit comme « le pire tueur en série de tous les temps ». Avec une particularité : avoir commis ses crimes alors qu’il exerçait la fonction de policier. Ce criminel est l’objet du dernier ouvrage publié par Stéphane Bourgoin : Sex Beast.

Ed Kemper a aussi inspiré en partie une création : celle du personnage d’Hannibal Lecter, tueur cannibale mythique du Silence des agneaux. « Kemper est impressionnant : 2m15, 160 kg et plus de 140 de QI. Il a commencé sa série de meurtres avec celui de ses grands-parents, alors qu’il était âgé de 15 ans. Il disait vouloir expérimenter l’action d’ôter la vie à quelqu’un ».

Le spécialiste enchaîne détails glaçants et anecdotes évoquées sur le ton de l’humour – malgré la noirceur du sujet. Le tout devant une foule captivée et suspendue à ses lèvres. Chaque phrase est l’occasion soit d’un effroi, soit d’un éclat de rire. Les deux se mêlent parfois. Comme quand Stéphane Bourgoin évoque ce tueur en série qui a sauté par-dessus la table d’entretien pour essayer de le tuer. « J’ai eu de jolies marques au cou pendant un certain temps ! Il y en a aussi qui n’a pas cessé de me cracher dessus pendant les trois premiers jours de notre rencontre. Je n’ai pas bronché, j’ai continué à poser mes questions. Le quatrième jour, il était peut-être en panne de salive, mais il a commencé à me parler » sourit-il.

 

Stéphane Bourgoin
Stéphane Bourgoin

Narcissisme, manipulation et mensonge

Des exploits, Stéphane Bourgoin en compte quelques-uns à son actif. Comme lorsqu’il s’entretenait avec un serial killer qui lui a avoué 17 meurtres – dont il n’était même pas soupçonné. « Il était déjà incarcéré, et risquait la peine de mort. Il m’a quand même avoué ses crimes ». Le spécialiste pointe alors des traits communs dans la personnalité des tueurs rencontrés : narcissisme, manipulation, mensonge. Il note par ailleurs que la quasi totalité de ces tueurs sont responsables de leurs actes. Psychopathes, et non pas psychotiques : ils ont la capacité de différencier le Bien du Mal. Avant de souligner que « 95% des tueurs proviennent d’un environnement familial dysfonctionnel. Pour les 5% restants, je n’ai pas de réponse, alors je ne vais pas inventer. On ne sait pas ce qui déclenche le premier passage à l’acte. Mais ça commence souvent par des actes de cruauté envers les animaux, il y a franchissement d’un cap ».

Une statistique énoncée donne froid dans le dos : chez les tueurs relâchés, il y a un taux de récidive de 100%. Avant de donner une piste pour protéger la société de ces criminels : « Certains tueurs en série sont libérables, à l’image de Guy Georges. Mais il ne le seront jamais, car il y aura des pressions de la part des associations de victimes. J’imagine que nous allons peut-être vers un système similaire à celui du Canada : des structures à mi-chemin entre l’hôpital et la prison, dans lesquelles les criminels ne seront pas relâchés, même s’ils ont purgé leur peine ». Des propos qui ont captivé le public présent ce soir-là… Et qui n’a pas manqué de suivre Stéphane Bourgoin à sa séance de dédicaces, afin de prolonger l’autopsie collective de l’univers des tueurs en série.

Séances de dédicaces de l'ouvrage "Sexbeast", à Nancy
Séances de dédicaces de l’ouvrage “Sexbeast”, à Nancy