Que ce soit pour le conflit Syrien, pour le printemps arabe en Tunisie, en Égypte, en Libye, ou encore pour les guerres d’Afghanistan ou d’Irak, les journalistes sont fréquemment envoyés sur le terrain pour remplir leur mission d’information. Souvent en prenant des risques importants. Rencontre avec deux d’entre eux : Francis Kochert et Dominique Hennequin.

Ils refusent tous les deux l’appellation de “reporter de guerre”, mais ont couvert plusieurs conflits importants ces dernières années : la seconde guerre du Golfe en Irak, le conflit au Kosovo, ou encore la seconde guerre du Congo. C’est d’ailleurs là-bas que Dominique Hennequin a vécu sa première expérience de la guerre : “C’est arrivé un peu par hasard. On faisait un reportage sur le déminage, au Congo, quand on s’est retrouvé face à des miliciens congolais ou ougandais. Ils ont commencé à nous tirer dessus. On a pu s’échapper dans le 4×4 de l’ONU.” Mais les moments les plus difficiles, c’est en Irak qu’il les a passé : “On s’abritait au sous-sol pendant les attaques. Les murs tremblaient. On s’est retrouvé au cœur du bombardement, ce fut l’une des nuits les plus longue de ma vie.”

Le photographe Horst Faas en reportage avec les troupes vietnamiennes en 1965.

Francis Kochert, lui, pense que la peur peut se “dépasser”. “Quand on va sur le terrain, on essaye de pas trop laisser de place aux émotions. On mesure le risque, on a le sentiment qu’il faut y aller ou non.” Et quand on ne le sens pas, on refuse de partir. Ça lui est arrivé une fois. C’était au début de la seconde guerre du Golfe et on lui a demandé de partir pour Bagdad, mais il ne le sentait pas, “je n’ai pas voulu prendre le risque.”
Pour se prémunir des dangers sur le terrain, il préfère éviter les équipes de télévision. “Elles ne sont pas discrètes car ils sont 2 ou 3 avec leur matériel.” Il ne suit pas non plus les photographes car “ce sont eux qui s’exposent le plus. Ils vont chercher leurs images et prennent des risques insensés. Les gars de l’AFP ont toujours un gillet pare-balle et un casque.”

Entre la peur et l’excitation

Mais à côté de la peur et des risques, il y a aussi l’excitation de vivre l’histoire en direct. “Quand on rentre dans un pays en guerre, on ne sait pas du tout ce qui va se passer. Rien n’est écrit donc on apprend à vivre au jour le jour.”  confie Francis. Pour Dominique, il y a même une “jouissance” à vivre l’histoire en direct. “On vit cet instant où tout bascule.”

À tel point qu’on peut devenir accro à l’adrénaline. “Je comprends les journalistes qui se sont spécialisés dans les conflits. Même si mon choix est différent. Ça peut devenir une drogue malsaine, quelque chose de très fort.”

Pour Dominique, c’est aussi la mission d’information qui fait tenir le journaliste. “On est là pour ça, la force du reportage vous fait avancer, vous porte.” Francis raconte qu’une des choses les plus “touchantes” de son métier, c’est “d’aller dans des endroits impossibles, à la rencontre de gens dans des situations très tendues. Et ils nous demandent “mais qu’est-ce que vous faites là ? pourquoi vous êtes venus nous voir ?” On répondait “pour parler de vous ! Pour que vous existiez, et pour raconter au monde ce qui est en train de se passer.“”

Sherine Tadros, journaliste pour Al Jazeera, à Gaza.

Des conditions parfois “spartiates”

Bien souvent, le journaliste en reportage dans une région en guerre ne travaille ni ne vit dans de bonnes conditions. “Au Kosovo, les conditions étaient assez spartiates.” Souvent “on dors sur un carton, on mange par terre, on écrit n’importe où.”

Il est aussi important, quand on arrive dans un pays qu’on ne connaît pas, de bien s’entourer. “Des fois on arrive on ne connaît personne, on se débrouille tout seul pour trouver les fixeurs [les contacts sur place, ndlr]. Le facteur chance est présent également.” Comme cette fois où Francis raconte qu’en arrivant au Congo, il ne connaissait personne “Je me suis fait mon premier contact dans l’avion, une dame belge. À l’atterrissage, elle m’a demandé ce que je comptais faire et je lui ai répondu que j’allais prendre un taxi et trouver un hôtel. Elle m’a dit “mais vous êtes fous ! c’est trop dangereux” et elle m’a logé et aidé à prendre contact avec des personnes qui m’aideraient.”

Des traumatismes de la guerre

Dominique vient de faire le portrait d’un photographe irakien, Hadi Mizban. “Il a vécu nombre d’horreurs depuis 10 ans qu’il photographie son pays. Alors, pour compenser, il photographie des enfants. C’est une façon pour lui de ré-équilibrer la balance”. “Les hommes sont des éponges. On peut se retrouver dans une situation de saturation, à force de voir des gamines violées, des enfants soldats, etc.”

Selon lui, il faut trouver un “point d’équilibre”, un “balancier”. “Pour moi, c’est ma famille.”

Francis a un collègue “qui ne s’est jamais remis de ce qu’il a vu au Rwanda.” Il a été pris en charge psychologiquement. “Ce sont des choses qui peuvent vous marquer à vie.”

Depuis, tous deux ont arrêtés de couvrir les conflits. Les risques encourus ont fait réfléchir Dominique. “Autant j’ai pris mon pied à suivre l’histoire qui s’écrit, autant les disparitions m’ont fait réfléchir. Ceci dit, je ne m’interdis pas de suivre des conflits à l’avenir.”

Quant à Francis Kochert, le déclic est venu naturellement, après 7 ans en tant que Grand Reporter au Républicain Lorrain. “Je prenais l’avion le lundi matin, puis une semaine après le lundi à la même heure, le même avion et le même équipage s’est crashé. Il n’y a eu aucun survivant.”

 

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