Après 5 ans sous les radars, loin des réseaux sociaux et de la scène, L’Esprit du Clan a repris le chemin du studio courant 2015. Ils sont repartis brûler les scènes pour défendre leur nouvel opus, sobrement intitulé Chapitre VI, sorti le 15 avril 2016. De passage au festival Haunting the Chapel, c’est avec Arsène que l’on vous dit tout sur le groupe, son passé et son présent.

Salut Arsène. On va attaquer dans le vif : est-ce que vous êtes toujours les mêmes teignes ?

Ah oui, sans hésitation ! On est toujours les mêmes, on adore toujours faire des concerts, on se charrie toujours. On n’est pas loin d’être les mêmes. Plus âgés mais les mêmes. Je valide.

En 5 ans, votre son est devenu plus aérien, plus marqué. Comment ça s’explique ?

Techniquement, on était à un tournant. On n’avait pas envie de faire des trucs ultra techniques, on voulait revenir à un son plus simple, comme à nos débuts, sans se prendre la tête. On est reparti dans cet état d’esprit. Et on avait aussi envie de faire un truc plus aérien, comme tu le dis. Et l’album a été mixé aux États-Unis, ça change tout.

Est-ce que cette pause de 5 ans vous a été bénéfique ?

Ouais, totalement. On a rechargé les batteries, autant humainement qu’artistiquement. L’envie est remontée, je crois qu’on avait besoin de ça.

"J'ai les mêmes idées, mais je cherche plus à les imposer comme quand j'étais plus jeune." ©Lucas HUEBER
“J’ai les mêmes idées, mais je cherche plus à les imposer comme quand j’étais plus jeune.” ©Lucas HUEBER

A contrario, il y a eu du négatif ?

Pour être honnête, oui. On a perdu Clem [basse] et Shiro [chant], deux mecs importants qui étaient là depuis le début, quasiment. On s’est demandé si on allait repartir sans eux.

Bastos, votre ancien batteur, est parti pour Dagoba deux mois après la sortie du sixième chapitre. Comment vous l’avez vécu ?

On était amer. Il était reparti à fond… Mais il était là que par intérêt. Je le connaissais pas en dehors de la scène. Après, faut relativiser. Ça a beaucoup jasé, mais à l’échelle de la musique en général, on est des amateurs, on fait ça par passion, par plaisir. Je suis avec mes vieux potes Ben et Chamka, on est avec Julien et Vincent, les deux nouveaux et on s’éclate. C’est ce que je recherche avant tout.

Vous êtes passés d’un chant en duo à un chant solo. Comment tu as vécu cette transition ?

J’ai déjà assuré le chant seul par le passé. Shiro a fait des concours de boxe thaï, il a eu deux accidents pendant les tournées, il y avait donc une certaine habitude. Shiro, c’est un très vieux pote d’enfance, que je vois encore très souvent. Mais dans le groupe, c’était plus un second chanteur, un vrai backup plutôt qu’un créateur. On n’a pas voulu chercher un deuxième chanteur pour avoir un deuxième chanteur, ça ne nous semblait pas utile, au fond.

Les paroles sont moins virulentes, elles sont plus sur le fond que sur la forme. Pourquoi ?

Ça s’appelle vieillir. J’ai toujours essayé d’être honnête, de faire de la musique en phase avec ce que je suis, qui je suis. J’aurais pas pu me la jouer sage il y a vingt ans. C’est pas pour autant que je lâché ce que j’étais il y a vingt ans. J’ai juste plus ce besoin de le gueuler dans un micro.

Du coup, le temps assassine ?

Clairement. Le temps est un carnassier. C’est pas révolutionnaire ce que je raconte mais le temps bouffe tout et plus tu vieillis, plus tu t’en aperçois. Ce morceau, j’en changerais pas une ligne, pourtant ça a dix ans.

Arsène
“Nous ne sommes que des astres, une fuite en avant des étoiles fulgurantes, des trajectoires incandescantes” (Des Astres, 2011). ©Lucas HUEBER

Est-ce que tu “baises encore la droite, l’extrême-droite et tous leurs larbins” ?

Tout à fait. Tout à fait. Mais je le dirais plus dans les textes, je le mettrais plus sur un t-shirt. Mais évidemment que oui, je me pose même pas la question. Je le dirais plus, mais je le pense toujours.

Sur Corpus Delicti, sur Drama, cet aspect politique hardcore ressortait beaucoup…

Ouais, je suis d’accord. Mais là, je me sentais pas d’être noir sur blanc. Je me sentais plus d’être dans la nuance, dans la métaphore. Mais bon, fondamentalement, je retire rien.

Il y a quand même un fond de politique dans Le Roi est Mort. C’était une volonté de faire un texte plus travaillé pour parler politique ?

Exactement. C’est pas une prise de conscience qui date d’il y a dix ou quinze ans. L’histoire de l’Humanité a toujours été traversée par une espèce de fascination pour les gens. En masse, les gens ont besoin de croire, ils ont besoin d’être rassurés. Les gens doivent se prendre en main. Le roi est mort, les gars, réveillez-vous, personne viendra tout régenter. C’est ça Le Roi est Mort.

« Crois en toi avant de croire en qui que ce soit »…

C’est tout à fait ça. Même si je dis les choses différemment maintenant, c’est la même chose dans le fond. Y’a que toi et ta vision du monde. Y’a que ça de vrai, le reste ça n’existe pas.

Tu as eu un side-project, Parisian Walls. Est-ce que ça t’as permis de voir plus loin, notamment en chantant en anglais ?

C’était un super projet, j’ai pris du plaisir, à jouer avec d’autres gens. Mais ma langue, c’est le français. Ça m’a permis de me rendre compte que j’aimais cette langue : les métaphores, les mots, la finesse des expressions, l’argot… Ça m’a permis d’apprécier d’autant plus L’Esprit du Clan.

Arsène
“J’aime ma ville tu sais, j’aime ma banlieue c’est là qu’j’suis né” (Ailleurs, 2007). ©Lucas HUEBER

Rat des villes est une déclaration d’amour à la ville de Paris. Est-ce que c’était une manière de réagir aux attentats de 2015 ou c’était pas prévu comme ça ?

Les deux ont fini par se mélanger. J’aurais écrit cette chanson même sans ces événements. C’est ma ville. J’adore les grandes villes, mais Paris, c’est la mienne. Ça me faisait chier ce côté larmoyant, ce côté « on allume des bougies »… J’étais le premier à genoux, c’était vraiment rude pour tout le monde. Plutôt que de faire du plaintif, j’étais en mode « Paris, ça sera toujours Paris, on pourra pas l’effacer du jour au lendemain. » On se relèvera. Paris a tout vécu. Il faut se relever et se battre.

 

Propos recueillis par Lucas HUEBER