Du 26 janvier au 1er février s’est, à Metz, la cinquième édition du festival Haunting the Chapel. Au programme cette année, des groupes comme Kreator, Sepultura ou encore Soilwork. Pour ma part, je suis passé de l’autre côté de la barrière pour la conférence du jeudi 26 et les concerts du vendredi 27 et du samedi 28. Petit tour du propriétaire par un metalleux-photographe.

Jeudi 26 janvier

Pour la première soirée officielle de Haunting the Chapel, l’association Damage Done Prod a convié deux conférenciers un peu particuliers pour parler metal. Stéphane Buriez et Frédéric Leclercq de Loudblast. L’apéro est offert, mais pas les bières. Faut pas déconner, la trésorerie, c’est important. Ça cause metal pendant deux heures, des genres qui peuvent sembler assez similaires à des non-initiés (il y en a d’ailleurs ce soir-là), ça parle business plan et streaming. “A nous, ça nous rapporte pas grand chose, mais on le fait parce que c’est comme ça que ça marche…”

Stéphane Buriez et Frédéric Leclercq
Deux heures et une histoire du metal plus tard… ©Lucas HUEBER

Pendant deux heures environ, le chanteur de Loudblast et le bassiste de DragonForce déblaient un genre aride à première vue. Une conférence parsemée d’anecdotes : “Quand j’ai écouté le premier album de DragonForce, j’ai trouvé ça tellement kitsch que j’ai appelé tous mes potes pour leur faire écouter et on en a ri pendant tout un week-end”, lâche l’actuel bassiste du groupe. Parler des classiques : “L’intro de Black Sabbath, c’est de la pluie. Ça a été prise de son dans les Ardennes”, lâche le bassiste, originaire… des Ardennes. Finir par discuter goûts et couleurs à propos de pochettes d’album : Dawn of the Black Hearts, de Mayhem, ou encore Virgin Killer, de Scorpions. Pour les deux exemples, vous irez voir par vous-mêmes, je refuse d’impliquer la rédaction en quoi que ce soit.

Et pendant ce temps-là, je prends des photos. On m’a prêté un objectif, un bon prétexte pour m’amuser. C’est aussi un petit défi, à mon avis, de prendre des photos dans le caveau des Trinitaires, avec une lumière relativement moyenne. A la fin de la conférence, les deux metalleux prennent leurs guitares et balancent deux morceaux pour le public. A la fin, ils m’invitent à monter sur scène pour que je les prenne en photo avec le public. A la sortie, Max, de l’association, vient me voir. La photographe qui officie normalement pour la structure n’était pas présente le soir-là. “Tu peux m’envoyer les tiennes ? Tu mets ton logo et on enverra ça sur la page Facebook !”

De l'autre côté de la barrière... sur la scène
“Tu veux bien monter sur scène et prendre une photo ? Tu nous l’enverras !” ©Lucas HUEBER

 

Vendredi 27 janvier

Première soirée de concerts. Je suis remonté à bloc après la nuit dernière. Ce soir, c’est Black Bomb A et L’Esprit du Clan. Autant dire que l’adolescent en moi frétille d’impatience. J’ai déjà vu ces groupes deux fois. Mais là, j’y vais en tant que photographe. Et j’ai même réussi à avoir une interview avec Arsène, chanteur d’EDC. Au-delà de ce que je pourrais considérer de manière personnelle comme un “achievement unlocked”, c’est surtout en tant que journaliste que je m’y rends. Je vais enfin voir si le cours de techniques d’interview me sera utile…

Mais mes espoirs sont douchés comme un sanglier à la frontière belge : le groupe n’est toujours pas revenu de l’hôtel et les membres de l’association sont sur les dents. Le festival est dans un peu plus d’une heure et tout n’est pas parfait. De loin, je vois Max, les mains rouges et tenant un tournevis qui s’énerve. “Putain, si on avait mis les clés ailleurs que dans la boîte à clés, c’est pour une bonne raison. Je viens de passer dix minutes à me battre avec la serrure.” A côté de lui, Snake, guitariste de Black Bomb A, discute avec son technicien. “J’ai pas jugé utile de changer les cordes, elles me semblaient encore bonnes…”

Snake, guitariste de Black Bomb A. ©Lucas HUEBER
Snake, guitariste de Black Bomb A. ©Lucas HUEBER

Deux autres étudiants sont là aussi, pour une interview avec Poun et Arno, les deux chanteurs de Black Bomb. “J’en ai marre, je suis gavé, ça devait être 18h. Il est 18h20 et on a eu aucun contact avec eux. A chaque fois c’est pareil”, s’énerve l’étudiant à lunettes. A côté, son amie ne sait pas quoi répondre. Elle baisse les yeux sur son téléphone.

Les mecs de L’Esprit du Clan débarquent aux alentours de 18h30. Ben, guitariste et tour manager, me demande de le suivre au stand de merch pour que je puisse discuter avec Arsène, comme convenu. Il est en train d’installer les t-shirts et les CD du groupe. A côté, Julien et Jacou discutent basses. “J’pense que la mienne devrait prendre sa retraite et faire plus que du studio. Je l’ai depuis 2007, et même en la réglant, j’arrive plus à avoir un son optimal”, déplore le bassiste de Black Bomb A.

“On a merdé niveau timing, je finis d’installer le merch et j’suis à toi”, me lance Arsène en sortant des vinyles. “Putain, je sais ce qu’on a oublié. Les skeuds du dernier album. Bon tant pis. Ça fait chier mais voilà.”

Arsène, chanteur de L'Esprit du Clan. ©Lucas HUEBER
Arsène, chanteur de L’Esprit du Clan. ©Lucas HUEBER

Pendant l’interview, on parle metal, on parle politique, on parle d’influences musicales, de Bashung. Arsène me parle de tout, sans aucun filtre. La pause de 5 ans. Les départs de membres historiques. C’est une interview à coeur ouvert, totalement honnête. Heureusement que j’ai embarqué un enregistreur, je ne prends aucune note.

Je sors de l’interview juste à temps pour accéder à la fosse photo lors du passage du premier groupe, Lightmare. C’est un peu freestyle pour moi, mon boîtier n’est pas réglé, j’ai trois sacs sur le dos, mon manteau, mon écharpe… J’arrive cependant à faire quelques clichés, avant que la sécu ne nous évacue de la fosse. “Trois morceaux, pas plus”, me lance un vigile sous mon regard interloqué.

Lightmare ouvrait la première soirée du festival. ©Lucas HUEBER
Lightmare ouvrait la première soirée du festival. ©Lucas HUEBER

Il en va de même pour les autres groupes. Alors, au lieu de me contenter de la fosse photo, je me glisse, après les trois morceaux réglementaires, au niveau des crash barrières côté public, pour continuer à mitrailler. Même si c’est loin d’être optimal, c’est toujours ça de pris.

The Nazmen. ©Lucas Hueber
The Nazmen. ©Lucas HUEBER

 

Samedi 28 janvier

La nuit a été courte. J’ai trié une partie des photos jusque 3h du matin. Ma mâchoire me fait de nouveau mal, ça faisait longtemps. Un signe de fatigue comme un autre. J’attaque à nouveau le tri des photos. Beaucoup de soldats tombent au combat. Les photos floues, cramées, sous ex, trop lumineuses, trop sombres, passent à la trappe.

Au milieu des offensives de Photoshop, je suis pris de somnolence sévère. Je ne lutte pas longtemps et m’écroule pendant deux heures. Ouverture des yeux : 18h30. Le festival reprend dans une heure. J’ai donc autant de temps pour préparer mon matos, me préparer, marcher jusqu’à la Chapelle, passer les contrôles de sécurité, argumenter avec les vigiles que non, je n’ai pas de pass presse parce que je viens d’arriver et que je n’avais que celui d’hier, pas d’aujourd’hui. Épeler mon nom de famille à la dame de l’accueil fait aussi partie du lot. Mais j’ai l’habitude, les gens font toujours des erreurs. “Mais pourquoi vous n’êtes pas inscrit en tant que photographe ?” Comme hier, je ne sais toujours pas.

Nihlism en ouverture de la deuxième soirée du festival. ©Lucas HUEBER
Nihlism en ouverture de la deuxième soirée du festival. ©Lucas HUEBER

Du coup, j’hésite à y aller. En plus, c’est la soirée black/death metal et c’est pas ma botte, ce genre de metal.

A force de réfléchir, je suis arrivé trop tard pour prendre les photos du premier groupe depuis la fosse photo. C’est donc depuis le public, clairsemé, que je mitraille. Et le résultat est plutôt bon. Il faut dire que le lightshow aide beaucoup : pas de couleurs primaires constantes qui écrasent les traits, peu de synchronisation des lumières principales avec les parties de batterie (amen).

Les Strasbourgeois d'Ophidian Spell ont enflammé la chapelle avec leur deathcore. ©Lucas HUEBER
Les Strasbourgeois d’Ophidian Spell ont enflammé la chapelle avec leur deathcore. ©Lucas HUEBER

Et le public est nettement moins bourrin (pour rester poli) que celui de la veille. On sent de suite que c’est plus technique et que les gens qui sont là le sont plus en tant que connaisseurs qu’en tant que buveurs de bière qui veulent avoir des acouphènes pendant 15 jours parce que les boules Quiès, ça sert à rien.

Au final, je suis content d’avoir réussi à bouger ce samedi. J’ai fait des belles photos, je pense. Plus que le vendredi soir. Et j’ai aussi découvert un genre qui ne me faisait pas forcément rêver. C’est bien de sortir de sa zone de confort.

 

Nightand a remplacé Fleshgod Apocalypse au pied levé. ©Lucas HUEBER
Nightand a remplacé Fleshgod Apocalypse au pied levé. ©Lucas HUEBER

Bilan

C’est la mâchoire en vrac et la nuque pétée par le poids d’un boîtier et d’un objectif avec une ouverture focale à 2.8 constant que je termine donc ce week-end, à me détruire les yeux sur mon écran de PC, à faire de la retouche photo.

Ce que j’aime bien, avec le métier de journaliste, c’est qu’il permet de “combattre les clichés et la facilité”. Si je n’aime toujours pas le black metal, je sais que je pourrai sans problème m’écouter un album de Carach Angren. Comme ça a été le cas avec L’Esprit du Clan en 2010, je me suis pris une tannée par quelque chose qui ne me faisait ni chaud ni froid.

Un tuto makeup de la part des néerlandais de Carach Angren pour finir la soirée. ©Lucas HUEBER
Un tuto makeup de la part des néerlandais de Carach Angren pour finir la soirée. ©Lucas HUEBER

C’est bien de savoir qu’on peut encore mettre à mal ses préjugés et passer de l’autre côté de la barrière.

 

Les photos des trois soirées

 

Lucas HUEBER