Entamées le 24 septembre, les discussions sur la Loi Bioéthique à l’Assemblée Nationale commencent à porter leurs fruits. Parmi les réformes discutées, l’accès aux origines pour enfants nés de PMA est adopté. Plus connue sous l’appellation de “levée de l’anonymat”, cette mesure pose des questions morales.

Pour les donneurs, lever l’anonymat peut faire peur. Mais le médecin Catherine Rongières, coordinatrice et responsable clinique CECOS à Strasbourg (Centre d’Etudes et de Conservation des Œufs et du Sperme) tient à faire la nuance. “Ce n’est pas une levée de l’anonymat” mais bien “un accès aux origines. Un droit réclamé par plusieurs associations depuis plusieurs années qui consiste à mieux comprendre son passé. Avoir des informations médicales et personnelles sur le donneur.

Entre compréhension et réticences

Maxime Henry, donneur de sperme et né d’une PMA (Procréation Médicalement Assistée) comprend ce besoin. “Ce n’est pas un père comme un père, c’est plus pour avoir une traçabilité de son ADN“. Cette possibilité d’obtenir des informations n’a rien d’obligatoire, mais est une porte ouverte. Une manière de lever le voile, ou comme le dit le médecin : “d’être issus d’une histoire. Tout n’est pas toujours clair dans les familles pour l’enfant et son développement. C’est donc le fait de pouvoir savoir” qui fait la différence.

Cependant, le fait d’être retrouvé et contacté inquiète certains donneurs. Maxime Henry par exemple ne voudrait pas que les parents, receveurs, lui témoignent de la reconnaissance. Il ajoute: “Je n’aurais pas démarrer le processus de don si tôt [19 ans] s’il n’y avait pas eu l’anonymat au début“, car pour une première fois, il peut rassurer. Et le symbole suffit à responsabiliser.

“Pas de réduction du don mais un changement du profil”

Cette année, le CECOS Strasbourg comptabilise 30 dons de sperme et environ 300 en France. Une faible participation et une grande sélection expliquent ces chiffres peu élevés. “50% des donneurs sont éliminés“, soumis à “une grande discrimination” quant aux antécédents familiaux. Catherine Rongières souligne : ” avec l’ouverture aux femmes célibataires et couples de femmes, il en faudrait le triple”. Autre problème : “on a peu de diversité parmi les donneurs“. Une situation compliquée qui n’empirerait pas selon la gynécologue-obstétricienne avec cet accès aux origines. “Ce ne serait pas les mêmes personnalités”, “ça va changer les donneurs et ça ne va pas forcément ralentir” le nombre de dons. A commencer par, “peut-être des homosexuels hommes qui se sentiraient un peu concernés“.

Historiquement, l’idée de l’anonymat combinée à la gratuité était de “valoriser le don, lui donner sa noblesse“. C’était faire en sorte “que le donneur donne son sperme, qu’il disparaisse dans la nature et qu’il ne vienne pas gêner“. A ses yeux, la solution se trouve dans le fait de “donner les bons termes aux bonnes personnes et les bonne places“. Elle souhaite calmer les esprits : “Il ne s’agit pas que le donneur prenne la place du receveur mais que le donneur ait une place“.

Audrey Margerie et Ellyne Neuvéglise