Depuis une vingtaine d’années, Laurent Combert, un photographe passionné venu
d’Alsace, capture les graffitis et fresques qu’il croise dans l’espace urbain. À travers
son objectif, il documente un art souvent éphémère, qui peut disparaître du jour au
lendemain. Entre observation de la ville, sensibilité artistique et travail de mémoire, il
explique pourquoi photographier le graffiti est devenu pour lui une manière de
conserver une trace de ces œuvres accessibles à tous.
Appareil en main, regard accroché aux murs et aux couleurs, Laurent se définit comme
photographe. Une précision à laquelle tient beaucoup ce Strasbourgeois de 56 ans, se
définit tout d’abord, comme étant un photographe une précision à laquelle il tient. « Les gens
pensent souvent que c’est moi qui fais les peintures, mais ce n’est pas vrai », sourit-il. « Moi,
je suis photographe. Je n’ai pas le talent pour peindre les murs. » Sur ses publications, il
veille d’ailleurs à toujours créditer les artistes dont il saisit le travail.
Au départ, c’est la photographie de rue qui l’attire. Puis, peu à peu, certains murs retiennent
son attention. « Je trouvais ça assez incroyable de voir des artistes mettre de la couleur
dans le milieu urbain », raconte-t-il. Dans des paysages souvent dominés par le béton et la
brique, ces irruptions de formes et de pigments viennent rompre la monotonie, accrocher le
regard, surprendre les passants.
Ce qui le frappe , ce sont les grandes fresques murales. Que ce soit les animaux, les
monumentaux, et les visages expressifs : les œuvres figuratives l’impressionnent par leur
puissance visuelle. « Quand tu tournes un coin de rue et que tu vois un renard peint sur une
façade, au milieu de la ville, je trouve ça assez épatant », confie-t-il. Ce surgissement de
l’imaginaire dans le décor urbain, ce décalage entre réel et représentation, nourrit son
regard.
Mais au-delà de l’esthétique, c’est aussi la fragilité de ces œuvres qui le touche. Dans la rue,
rien n’est figé : un mur peut être recouvert, effacé, transformé en quelques jours. Dans le
milieu du graffiti, un terme désigne ce phénomène : « toiser », lorsqu’un artiste peint
par-dessus une création existante. Une pratique qui rappelle le caractère vivant, mais aussi
précaire, de cet art.
Face à cette disparition programmée, la photographie devient un geste de sauvegarde. « Si
tu arrives à photographier un mur avant qu’il soit toisé, tu immortalises quelque chose qui ne
va pas durer », explique-t-il. Une démarche qu’il résume presque comme une ligne de
conduite : capter l’éphémère avant qu’il ne s’efface.
Et puis lorsqu’il repère une œuvre, son attention se porte d’abord sur son environnement.
L’emplacement, selon lui, influe profondément sur la perception. « Ce que je regarde en
premier, c’est l’endroit où l’œuvre a été faite », précise-t-il. Un mur n’est jamais neutre : il
dialogue avec son quartier, son histoire, son usage.
Parfois ce contexte renforce même le sens de l’image. Certaines créations apparaissent à
proximité de lieux symboliques comme les ambassades, les bâtiments publics et portent un
message politique ou social. D’autres s’inscrivent plus discrètement dans la mémoire d’un
quartier. Dans tous les cas, l’œuvre ne se limite pas à elle-même : elle s’ancre dans un
espace.
Côté prise de vue, ce passionné de l’image privilégie une approche simple. Sur son compte
Instagram, il opte le plus souvent pour des cadrages de face, afin de conserver une certaine
cohérence visuelle. « c’est mon choix», explique-t-il. Mais derrière cette apparente
simplicité, il expérimente, teste plusieurs angles, ajuste son regard avant de figer l’image.
Car la photographie, insiste-t-il, reste une affaire de sensibilité. « Il n’y a pas vraiment de
règle unique. Chacun a sa manière de voir les choses. » Le choix d’un cliché repose alors
sur une impression, un équilibre, une harmonie fugace.
Aujourd’hui encore, ce photographe amateur arpente les rues à la recherche de nouveaux
murs. Certaines œuvres qu’il a capturées ont déjà disparu. Mais à travers ses images, elles
continuent d’exister, autrement.
« Le graffiti est un art qui peut disparaître du jour au lendemain. La photographie
permet au moins d’en garder une trace. »