À Metz, Médine n’a pas cherché la démesure pas un Zénith ou une Arena, pas de décor hollywoodien. Il a choisi la BAM : une salle de quartier, à taille humaine, connue des Messins pour sa programmation exigeante et son ancrage surtout local. Dans le contexte actuel, ce choix n’a rien d’anodin. Il dit même beaucoup !

Médine arrive toujours précédé de bruit. De celui qui ne vient pas que des basses, mais surtout des débats. Télérama parle d’une tournée « sous tension », marquée par des pressions politiques et des tentatives de dissuasion adressées à certaines structures culturelles.
Une musique qui dérange, des textes qui provoquent et un débat récurrent sur la liberté d’expression et ses limites. À cela s’ajoute une polémique plus ancienne, rappelée par Libération, autour de paroles liées aux attentats du Bataclan, régulièrement ressorties, et même souvent sorties de leur contexte.
À Metz, pourtant, pas de préface dramatique. Sur les réseaux sociaux, l’annonce du concert a suscité des réactions, oui. Des commentaires, des prises de position, parfois agacées, parfois enthousiastes. Mais le soir venu, la polémique est restée à l’état de concept. Devant la BAM, dès 19h30, la réalité est beaucoup plus prosaïque. Une file d’attente. Des discussions banales. Des étudiants, des habitants du quartier, des amateurs de rap venus de toute l’agglomération. Personne ne brandit de pancarte. Personne ne rejoue un procès.
Victor est là, sans drapeau ni slogan. Pas un fan, pas un militant : « Je comprends que Médine fasse débat. Je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’il dit. Mais je voulais voir par moi-même. Ici, à Metz, ça s’est passé normalement.», résume-t-il. Une phrase presque frustrante pour ceux qui attendent l’incident. Mais révélatrice : sur le terrain, la réalité résiste aux fantasmes.

Sur scène, Médine reste fidèle à ce qu’il est. Pas de mise en scène clinquante. Une scénographie sobre, presque austère. Les mots d’abord. Les textes ensuite. Il alterne morceaux de Stentor et titres plus anciens. Le public écoute. Vraiment. Ici, on ne consomme pas le show, on partage le propos.
Et ce propos, Médine ne l’a jamais caché. Depuis ses débuts, son rap est politique, frontal, engagé. Il parle de discriminations, de mémoire, de luttes sociales. Il parle aussi d’antifascisme, sans détour. À Metz, clin d’œil appuyé à celles et ceux qui, localement, s’engagent contre l’extrême droite. Une phrase, une référence, pas un discours. Suffisant pour être compris. Médine n’est pas là pour provoquer, mais pour rappeler où il se situe. Et il ne bouge pas.
Louison, elle, assume son admiration. « Ce que j’aime chez Médine, c’est sa cohérence. Il continue à jouer dans des salles comme la BAM. On est proches de lui. Ce n’est pas un spectacle hors-sol. Et avec toutes les polémiques, le fait qu’il soit là, à Metz, ça compte »,dit-elle.
Cette phrase résume l’essentiel à comprendre : ici, le concert n’est pas une vitrine, c’est un lien. Ce lien, la BAM le rend possible via cette salle de quartier, salle de proximité mais surtout salle qui prend le risque de programmer. Là où certaines grandes scènes préfèrent l’esquive ou la prudence, Metz a choisi de faire confiance à son public. De laisser l’œuvre exister.
Peu avant 23 heures, le concert s’achève. Applaudissements francs, sans hystérie. À la sortie, les mots sont simples. « Cohérent, « Propre », « Humain ».
Rien d’extraordinaire ! Et c’est précisément ce qui fait événement car cette époque saturée de bruit, de polémiques recyclées et d’indignations automatiques, voir un artiste engagé continuer à jouer, dans une petite salle, devant un public attentif, relève presque d’un acte politique.
À Metz, Médine n’a pas crié plus fort que les autres. Il a simplement continué à parler et parfois, c’est exactement ce qui dérange le plus.
Ryan Baruchel