Au cœur de Cattenom, des dizaines de bénévoles s’activent chaque semaine pour trier, conditionner et envoyer du matériel vers les zones ukrainiennes les plus touchées par la guerre. Entre solidarité locale, logistique millimétrée et témoignages poignants venus du front, l’entrepôt est devenu un véritable relais vital — et pour certains, une seconde famille. Nataliya Andreyko- Breton est originaire d’Ukraine et est responsable de l’activité humanitaire Solidar’Catt de l’association Elukraine. La branche humanitaire de l’association a été créée en mars 2022, à peine un mois après le début de l’invasion. En 2022-2023, 37 camions et plusieurs petits convois non comptabilisés ont été envoyés en Ukraine et, à l’heure actuelle, un camion est envoyé en moyenne, tous les deux mois.
Pouvez-vous nous expliquer comment s’organisent la collecte et le tri du matériel ?
La collecte repose essentiellement sur les particuliers de toute la région. Certains viennent ponctuellement nous déposer ce dont ils n’ont plus besoin, tandis que d’autres, engagés depuis plusieurs années, sont devenus de véritables relais bénévoles. Ils organisent leurs propres collectes dans leur secteur et nous apportent régulièrement ce qu’ils ont réuni.
Par exemple, toutes les deux à trois semaines, nous recevons une camionnette de bénévoles venus de Nancy. Avec le temps, plusieurs points de collecte se sont structurés en Moselle, en Meurthe-et-Moselle et même dans la Meuse.
Une fois les dons reçus, notre équipe de bénévoles se charge de trier, ranger, conditionner et préparer les palettes destinées aux camions en route pour l’Ukraine.
Combien de bénévoles participent à cette organisation ?
C’est difficile à estimer précisément, car l’implication varie beaucoup. Certains viennent une heure par semaine, d’autres consacrent des journées entières, notamment parmi les retraités.
Depuis le début de l’aventure, environ une centaine de bénévoles sont passés par ici : certains une seule fois, d’autres plus régulièrement, d’autres encore reviennent après plusieurs mois ou années. C’est un engagement très variable mais essentiel.
Quels sont les dons qui vous manquent le plus en ce moment ?
Les besoins sont surtout liés aux conditions hivernales. Les habitants d’Ukraine demandent des sacs de couchage, des couvertures, des groupes électrogènes, ainsi que des produits alimentaires, hygiéniques et médicaux. Tout ce qui permet de survivre dans un quotidien extrêmement difficile est indispensable.
Ces besoins ont-ils évolué depuis le début de l’invasion ?
Ils n’ont pas vraiment changé, mais ils se sont aggravés. La situation sur place rend ces besoins encore plus urgents qu’auparavant.
Comment se déroule le contact avec vos partenaires en Ukraine ?
Nous travaillons avec plusieurs associations locales qui nous transmettent leurs besoins et nous informent quotidiennement de leur situation, car tout évolue très vite. Olena, l’une de nos bénévoles originaires de Zaporijia, reste en contact avec des personnes qu’elle connaissait avant d’arriver en France. Grâce à elle, nous savons par exemple que certaines zones n’ont plus d’électricité et manquent cruellement de groupes électrogènes et de sacs de couchage.
L’inflation y est énorme : sans électricité, tout fonctionne au générateur, mais le carburant est devenu extrêmement cher. De plus, les camions n’osent plus s’approcher de la ligne de front, ce qui réduit les arrivages et fait disparaître les commerces locaux.
Comment choisissez-vous les destinations des camions ?
Chaque association partenaire nous envoie régulièrement une liste de besoins précis. À partir de cela, nous préparons les envois.
Le prochain camion, par exemple, partira le 13 décembre pour Kherson. Il se rendra au local de l’association sur place, même si celui-ci doit parfois être déplacé en urgence à cause des bombardements.
Sur place, les bénévoles ukrainiens prennent le relais : ils déchargent, trient et distribuent aux personnes dans le besoin, comme nous le faisons ici mais dans l’autre sens.
Où se trouvent ces associations partenaires ?
Au début de la guerre, nous envoyions dans tout le pays. Aujourd’hui, nous concentrons nos efforts sur les zones proches du front, là où les besoins sont les plus importants. Nous travaillons désormais avec plusieurs associations régulières, que ce soit à Kherson ou dans le nord du pays, près de la Biélorussie et de la Russie. Certaines prennent notamment soin de nombreuses personnes âgées, elles ont donc besoin de matériel adapté.
Qu’est-ce que représente cet entrepôt pour vous ?
Pour nous, ce lieu est bien plus qu’un simple espace de travail. C’est devenu une deuxième famille.
Les nouvelles en provenance d’Ukraine sont souvent très difficiles. En tant qu’Ukrainienne ayant ma famille sur place, je me suis longtemps sentie désemparée. Venir ici, agir concrètement, aider… c’est devenu une véritable échappatoire morale, une façon de transformer l’impuissance en quelque chose d’utile.
Y a-t-il un moment particulièrement marquant dont vous vous souviendrez toujours ?
Il y en a beaucoup, mais les plus marquants restent ceux du début de la grande invasion, lorsque nous accueillions des familles de réfugiés dans notre ancien dépôt. Elles arrivaient avec une simple petite valise, et venaient y récupérer les premières choses dont elles avaient besoin. Ces moments-là restent gravés à vie.
Quel message souhaitez-vous adresser aux habitants de Cattenom et des environs ?
Un immense merci. À tous les habitants, à la communauté de communes, aux associations et à toutes les personnes qui nous soutiennent depuis le début. Chaque geste compte : goutte après goutte, on finit par remplir des océans. La solidarité est essentielle, et même les plus petits dons aident les Ukrainiens à tenir et leur donnent du courage.