Mercredi 7 janvier 2015, le siège de Charlie Hebdo a été attaqué par des hommes lourdement armés. Douze personnes ont trouvé la mort. L’équipe de Webullition a voulu se souvenir de qui ils étaient.

Cabu

cabuAvec sa coupe au bol, ses lunettes rondes et son visage jovial, Jean Cabut dit «Cabu» avait l’air d’un éternel adolescent. A presque 77 ans, c’était pourtant un géant du dessin de presse. Pilote, Hara-Kiri, Charlie Hebdo, Le Canard Enchaîné, Le Monde, Le Nouvel Observateur… la liste de ses contributions est longue. En 55 ans de carrière, Cabu avait réalisé plus de 35 000 dessins. A Pilote, il avait imaginé “le Grand Duduche”  et le “Beauf”, deux de ses personnages fétiches : le premier était naïf et insouciant autant que le second était bête et méchant. Précurseur de la BD reportage, il a aussi participé à des émissions de télévision pour enfants comme “Récré A2” avec Dorothée. “Dernière chose que vous voulez que l’on retienne de vous ?” lui avait demandé le site Poly.fr. “Il dessinait à la plume”, avait-il répondu.

Charb

CharbJe préfère mourir debout que vivre à genoux”.  Une grandiloquence dans ses mots qui résonne encore dans nos têtes de futurs journalistes. Celle qui caractérisait si bien Stéphane Charbonnier alias Charb. Il n’était pas du genre à baisser les armes. La sienne, le stylo. Insolente. Provocatrice. Pacifique. On n’a “pas l’impression d’égorger quelqu’un avec un feutre”, répétait-il. Pour lui comme ses confrères, la liberté d’expression passait par la liberté de rire. De rire de tout. Volonté militante qu’il incarnait en tant que dessinateur et directeur de la publication de Charlie Hebdo. Né le 21 août 1971 à Conflans-Sainte-Honorine, Charb avait collaboré à L’Echo des savanes, à Télérama, à Fluide glacial et à L’Humanité. Il venait de publier dans le dernier numéro de Charlie Hebdo un dessin, terriblement prémonitoire.

Wolinski

WolinskiQuand Maryse dit à son mari “Wolin” que sa volonté d’être incinéré est idiote, quand elle lui demande où elle disperserait ses cendres, la réponse du dessinateur aurait pu germer de son crayon insolent : “Tu les balanceras aux chiottes, comme ça chaque fois que tu t’assoiras sur ma tombe, je verrai ton cul.” Il ne savait pas, Georges Wolinski, que la question se poserait vraiment, une semaine plus tard. Avec ses amis Cabu, Choron, Willem, ou Cavanna qui le qualifiait de “con”, Wolin faisait partie de ces humoristes qui ont marqué la politique de De Gaulle à l’âge d’or d’Hara-Kiri. Son stylo tournait tout et tout le monde en dérision. Éclectique dans son art, il s’en est allé avec son carnet de dessins riche d’un palmarès sans égal. Paris Match, L’Echo des savanes, L’Humanité, Le Journal du dimanche, Télérama, Le Nouvel Observateur et bien d’autres, Wolinski était l’un des dessinateurs français les plus publiés. L’un des plus irritants et des plus obsédés par la gent féminine aussi. Envolé à 80 piges, Wolin aura tout le loisir à présent de contempler les “petits culs” des demoiselles dont son crayon croquait si souvent les courbes.

Philippe Honoré

philippe honoreAmbiances sombres, noir profond et blanc, une majorité de graphismes. Voilà une partie du large talent de Philippe Honoré. Né le 25 novembre 1941 à Vichy, il a posé très tôt ses crayons dans la presse, dès l’âge de 16 ans. Il signe alors des dessins dans Sud Ouest, avec un style fait de hachures, et qui privilégie un gras élégant. Honoré a collaboré avec des dizaines de titres nationaux. Lire, Libération, Le Monde, Les Inrockuptibles. Tous ont fait appel à sa plume. On lui doit également certaines illustrations d’ouvrages, comme ceux des Petits Classiques Larousse. Depuis la reparution de Charlie Hebdo en 1992, il a signé chaque semaine deux à trois dessins. C’est lui qui, quelques instants avant le drame, a publié sur les réseaux sociaux une dernière caricature : Abou Bakr al-Baghadi, chef de l’état islamique qui présente ses voeux, en déclarant “et surtout la santé!”. Peut-être est-il le moins connu des cinq caricaturistes victimes de l’attentat, Plantu le qualifie “d’immense dessinateur”.

Tignous

tignousTignous, la plume de celui qu’on présentait comme un éternel gamin s’est éteinte. Bernard Verlhac de son vrai nom, est né en 1957 à Paris. Tignous, pseudonyme qu’il doit à sa gand-mère qui le surnommait “petite teigne” enfant, a réalisé ses premières caricatures de presse dans les années 1980. Il a toujours apprécié pratiquer le mauvais esprit, avec un humour jubilatoire. Il est l’un des rares caricaturistes à avoir suivi une formation dans une école de dessin. Après ses études, il a publié ses premières caricatures dans les journaux l’Antirouille, puis l’Idiot International et La Grosse Bertha. Tignous a réalisé les illustrations de la première édition du jeu Rêve de dragon, ainsi que celles du magazine Casus Bell. Son style unique, “bête et méchant” l’a suivi dans ses collaborations avec Marianne, Fluide Glacial et évidemment Charlie Hebdo.

Bernard Maris

Bernard-Maris-01Bernard Maris ou  “Oncle Bernard”, âgé de 68 ans était économiste, mais aussi chroniqueur, écrivain et actionnaire de Charlie Hebdo depuis 1992. Il tenait une chronique dans les colonnes de Charlie Hebdo, mais il a également écrit pour Marianne, Le Nouvel Observateur, Le Figaro Magazine, Le Monde. Il avait sa chronique sur France Inter chaque samedi matin, “J’ai tout compris à l’économie”. France Inter où il participait également avec Dominique Seux – journaliste des Echos – à un débat sur l’actualité économique. “C’est tellement emmerdant l’éco! Faut reconnaître que c’est plus agréable de lire de la poésie… Et en même temps, ça nous concerne tous. Alors, mon vrai plaisir – en dehors de la petite satisfaction personnelle et égocentrique de voir ma trombine dans les médias – est de me faire apostropher par un auditeur ou un télespectateur me disant: «Avec vous, on comprend !”, confia-t-il à Télérama lors d’une interview en 2008.

Michel Renaud

Michel-Renaud-tue-a-Charlie-Hebdo-un-homme-curieux-et-genereux_article_mainMichel Renaud était invité par Cabu à la conférence de presse où il a été tué, avec ceux de Charlie. Fondateur du festival clermontois “Les rendez-vous du carnet de voyages”, il était accompagné de Gérard Gaillard, trésorier de l’association sauvé de justesse. Tous deux étaient venus à Paris pour restituer à Cabu ses dessins prêtés au festival en novembre, où il était invité d’honneur. Ancien journaliste, Michel Renaud avait travaillé pour Europe 1 et le Figaro avant de devenir directeur adjoint du cabinet de la mairie socialiste de Clermont-Ferrand. Il avait fondé en 2000 ce festival pour les amoureux du voyage. Il a lui même parcouru le monde il y a cinq ans, en passant notamment un an en Asie Centrale.

Mustapha Ourad

mustapha1Mustapha était correcteur depuis quinze ans chez Charlie Hebdo. Cet homme algérien de naissance, orphelin, venait d’obtenir la nationalité française. Il vivait en France depuis ses 20 ans. Il a travaillé au sein de plusieurs maisons d’édition et journaux, notamment à Viva – le magazine des mutuelles de France où il était très apprécié. “Mustapha ne parlait jamais de lui mais s’inquiétait des autres. Toujours aimable et optimiste. Il n’aurait pas aimé d’hommage. Mais au lendemain de ce jour terrible, nous pensons à lui, mort pour la seule liberté d’expression. Notre équipe, notre profession est sous le choc” peut-on lire sur leur site Internet.

Frédéric Boisseau

frédéric boisseauÂgé de 42 ans, il était agent de maintenance et chef d’équipe chez Sodexo. Père de deux enfants de 10 et 12 ans, il travaillait à l’accueil de l’immeuble de la rue Nicolas Appert, au moment de l’attaque. “Tous ensemble, nous partageons le sentiment qu’il est intolérable que l’un de nos collègues ait pu perdre la vie dans des circonstances aussi tragiques et injustes, et pour une cause si contraire à nos valeurs”, a réagi le directeur général de Sodexo Michel Landel, sur le site internet du groupe. Le leader mondial des services aux entreprises a invité jeudi l’ensemble de ses 420.000 collaborateurs présents dans 80 pays à observer une minute de silence en son hommage. “Nous sommes Charlie mais nous sommes aussi Frédéric”, pouvait-on lire jeudi matin dans des messages diffusés sur les réseaux sociaux.

Franck Brinsolaro

franck_brinsolaroÂgé de 49 ans, il était gardien de la paix du Service de la Protection des Personnes (SDLPP). Affecté à la protection de Charb, il est mort pendant la conférence de rédaction, dans l’exercice de ses fonctions.  Normand, originaire de l’Eure, son épouse, Ingrid Brinsolaro, est rédactrice en chef du journal L’Éveil Normand. Il était père de 2 enfants.

Ahmed Merabet

AhmedÂgé de 42 ans, il était gardien de la paix affecté à la brigade VTT du commissariat du 11ème arrondissement. Il est décédé quelques minutes après l’assaut perpétré à Charlie Hebdo, lors de la fuite du commando terroriste. Abattu froidement à bout portant alors qu’il gisait neutralisé à terre sur la voie publique, Boulevard Richard Lenoir. Moins populaire que #jesuischarlie, la toile a aussi son #jesuisahmed, en hommage aux deux policiers morts en ce jour. Plus qu’un exemple pour la profession policière, l’homme, musulman, est la preuve qu’il faut éviter l’amalgame entre les auteurs de l’attentat et les musulmans.

Elsa Cayat

ElsaPsychiatre et psychanaliste de 54 ans, Elsa Cayat est la seule femme à avoir été tuée dans les locaux de Charlie Hebdo. Elle y tenait deux fois par mois une chronique intitulée “Divan”. La dernière paru le 7 janvier 2015 “Noël, ça fait vraiment chier”. Elle était également auteur de deux ouvrages Un homme + une femme = quoi ? (Petite Bibliothèque Payot, 2007) et Le désir et la putain : les enjeux cachés de la sexualité masculine (Albin Michel, 2007) écrit avec Antonio Fischetti, journaliste à Charlie Hebdo.

Ils ne se doutaient pas que ça serait leurs derniers dessins, nous non plus.

Comme partout en France et même au-delà de nos frontières, Metz a rendu hommage à ces douze personnes assassinées.