Manque d’effectifs, photocopieuses en panne, le moral des greffiers est en berne. Reportage au tribunal de Metz.

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Des places restent vacantes au tribunal de Metz

“Un ras-le-bol général”, c’est ce qui a poussé Philippe Loisel, greffier au service livre foncier au tribunal d’instance de Metz, à rejoindre en 2003 le syndicat CGT. Un ras-le-bol qui s’accroît d’année en année. Depuis ses débuts en 1991, il constate une dégradation des conditions de travail dues principalement à un manque d’effectif et de moyens. Suite à la réforme de la carte judiciaire, des tribunaux ont été supprimés à Faulquemont et Bouzonville. « On a récupéré les dossiers mais pas le personnel » déplore-t-il. Les départs en retraite et les mutations aggravent la situation. Par conséquent, le téléphone sonne en permanence et les courriers abondent à cause du retard de traitement des dossiers. « Des justiciables nous appellent pour des demandes qu’ils ont déposé il y’a parfois six mois ».

LOISEL3Journées à rallonge et béquilles de fortune
Pour tenter de combler ce retard, la plupart des greffiers accumulent les heures supplémentaires. Certains vont même jusqu’à doubler leur journée de travail lors de procès interminables. Une pratique illégale selon la circulaire Lebranchu qui limite à six heures la durée des audiences. Afin de prêter main forte aux greffiers, des vacataires sont recrutés pour une durée allant jusqu’à six mois. Si leur aide est appréciée, ils ne peuvent accomplir toutes les tâches comme celle d’aller aux audiences ou de traiter des dossiers confidentiels. « On prend du temps pour les former et au moment où ils commencent à être bons, ils doivent partir » regrette le fonctionnaire de justice. Mais une autre béquille existe. « L’une de mes collègues fait fonction de greffier » atteste Martine Goncalves, adjoint administratif au service tutelle du tribunal de grande instance de Metz. «Elle fait le même travail mais pas pour le même salaire ».


Travailler nuit à la santé

Le rythme de travail excessif peut engendrer des fautes professionnelles et peut avoir une conséquence directe sur les affaires traitées. Une simple coquille dans une décision de justice et c’est un détenu qui peut être libéré. En région parisienne, manque de temps et surcharge de travail conduisent parfois des greffiers à signer des rapports d’audiences auxquelles ils n’ont pas assistées. Vie de famille mise entre parenthèses et dépression sont également les retombées de ce rythme effréné. « Certains craquent, le nombre d’arrêt maladie est en forte augmentation » confie Philippe Loisel. Même si le nombre de dossiers à traiter augmente au service des tutelles, l’organisation interne permet à Martine Goncalves de se sentir épargnée pour l’instant. Ce qui n’est pas le cas de tous les services. « A l’Instruction ou en Correctionnelle, ils sont à l’agonie ».

Manque de papier, photocopieuse en panne, certaines fournitures se font rares dans les services tout comme les recrutements. Une situation qui n’est pas prête de changer. Même si le budget alloué à la justice en 2012 augmente de 4% par rapport à 2011, la pénitentiaire reste le principal bénéficiaire, au détriment des autres services.