A partir du 1er janvier 2016, la France métropolitaine verra son nombre de régions passer de 22 à 13. Dans le Grand Est, la fusion de l”Alsace, la Champagne-Ardenne et la Lorraine a donné naissance à une région peuplée de plus de 5 millions d’habitants : l’ACAL. Une des régions les plus peuplées de France désormais, mais qui de plus près, affiche d’importantes disparités.

Une croissance démographique marquée par beaucoup de disparités

D’un point de vue général, la région ACAL gagne sans cesse des habitants depuis 1999. Cependant, l’augmentation de 165 000 habitants en 15 ans est à relativiser. Ce nouveau grand territoire fait partie des régions en perte de vitesse en terme de démographie. Des 13 nouvelles régions métropolitaines, sept affichent une croissance démographique supérieure à 350 000 habitants.

Evolution démographique des nouvelles grandes régions entre 1999 et 2014

(plus la région est de couleur foncée, plus son évolution démographique est forte)

 

L’augmentation constante d’habitants dans la région ACAL est le fruit de disparités. Alors que l’on constate une augmentation du nombre d’habitants en Alsace et en Lorraine entre 1999 et 2012, la région Champagne-Ardenne, quant à elle, voit sa population diminuer. Une baisse légère mais significative puisqu’il s’agit de la seule région de France dans ce cas. Néanmoins, depuis quelques années, la Lorraine voit, elle aussi, sa population quelque peu décliner et l’Alsace entame un cycle de stabilisation de son nombre d’habitants.

 

Ce constat de disparités entre les trois régions est bien illustré dans la carte ci-dessous. Les communes alsaciennes gagnent en majorité des habitants depuis une quinzaine d’années (en vert). Tout comme le nord de la Moselle du fait de sa proximité avec le Luxembourg et l’Allemagne. Les communes majoritairement en rouge se situent au centre de la région Champagne-Ardenne. L’activité dans cette région se situe aux alentours de Reims, profitant ainsi du rayonnement économique de Paris, la capitale.

Evolution démographique des communes de la région ACAL entre 2007 et 2012

(du vert vers le rouge : le rouge indiquant les communes en évolution démographique négative)

Des disparités qui s’expliquent par une fracture entre zones urbaines et zones rurales

Mais alors comment expliquer de telles disparités entre trois régions aussi proches ? Cela vient essentiellement de l’attractivité et d’une dynamique régionale. En effet, l’Alsace dispose aujourd’hui de deux aires urbaines très importantes (Strasbourg et Mulhouse) et très attractives. Strasbourg culmine à quasiment 770 000 habitants sur les cinq millions que comptent la nouvelle grande région. Cependant, la Champagne-Ardenne dispose, elle aussi, de grandes aires urbaines mais de tailles moins importantes. La différence entre ces deux régions résulte de l’installation en périphérie des nouveaux habitants des aires urbaines. Quand en Alsace, les personnes s’installent autour des grandes villes, les champardennais occupent encore les zones rurales de la région en majorité.

Un phénomène d’agrandissement des zones urbaines qu’explique le chercheur en géographie, spécialiste de la géographie urbaine, Mathias Bocquet.

« Les grandes villes perdent des habitants mais leur périphérie, leur agglomération, s’étendent telle une tâche. Ceci s’explique par un phénomène de « déserment des ménages ». Nous vivons plus longtemps, donc nous restons plus à notre domicile. Il y a aussi beaucoup plus de divorces, de familles recomposées donc il y a moins de personnes dans un logement. Il y a plus de ménages donc plus de personnes à loger. Les grandes villes ont déjà beaucoup d’habitants et pour en accueillir de nouveau, elles doivent construire des logements. Ce qui n’est pas le cas ou alors dans les aires urbaines. C’est pourquoi les périphéries augmentent en taille. »

L’attractivité de Strasbourg voire même de l’Alsace en général en terme d’emploi permet d’attirer de nouveaux habitants en ces temps de crise. En effet, le taux de chômage est moins important en Alsace que dans les deux autres régions.

Le chômage moins important en Alsace et la densité de population moins élevée dans les deux autres régions peuvent s’expliquer aussi par une fracture régionale entre les zones urbaines et les zones rurales. L’Alsace se caractérise par son côté urbain avec plusieurs grandes villes sur un territoire assez petit et dense. La Lorraine et la Champagne-Ardenne sont des zones encore très rurales comme le prouve la superficie des exploitations agricoles exploitées sur tout le territoire de l’ACAL. L’agriculture est donc une activité encore très présente dans le Grand Est.

Mathias Bocquet attire l’attention sur le fait que l’exode rural n’est pas un phénomène récent. Il est engagé depuis plusieurs décennies maintenant.

« Le phénomène d’exode rural est engagé depuis longtemps. Il n’y a pas d’arrêt. On a pensé il y a quelques années que les campagnes allaient être repeuplées avec des personnes qui travaillent à la ville mais qui vivent à la campagne. Mais ce phénomène est limité. Plutôt que de vivre à la campagne, ces personnes préfèrent s’installer dans les zones périurbaines. Ce qui explique le phénomène de « tâche » des grandes villes expliqué précédemment. »

Une démographie boostée par plusieurs facteurs

Malgré ces disparités, la région ACAL voit sans cesse sa population stagner voire augmenter quelque peu. Ceci s’explique par plusieurs facteurs positifs pour la nouvelle grande région. Tout d’abord, le solde naturel, autrement dit le nombre de naissances par rapport au nombre de décès, reste positif durant les sept dernières années. Ceci compense un solde migratoire – différence entre les personnes arrivées dans la région et celle qui l’ont quitté – tombé dans le négatif qui pourrait s’expliquer par la crise économique ayant touché la France et plus particulièrement les industries lorraines à partir de 2008.

Pourtant, un autre facteur pourrait expliquer cette croissance démographique : l’attractivité liée à la proximité transfrontalière de l’ACAL via notamment l’Alsace et dans une moindre mesure la Lorraine. Ce facteur pourrait jouer un rôle important à l’avenir pour la nouvelle grande région. Il pourrait être une des raisons de la baisse du chômage et d’une reprise économique durable.