Très durement touchés par la crise du Covid-19, les acteurs culturels ne voient pas le bout du tunnel. Après une reprise mitigée et un certain immobilisme dans les salles de concert françaises entre juin et octobre, ce reconfinement accentue encore plus les doutes qui règnent en coulisse. Le temps commence à être long pour les acteurs de la filière musicale et la considération du gouvernement pour le secteur culturel ne semble pas être à la hauteur de l’importance que lui concède la population.

Dans son allocution du 28 octobre, le président Emmanuel Macron n’a pas eu un seul mot pour la culture. Celui qui invitait les citoyens à aller au théâtre au tout début de la pandémie est devenu muet à ce sujet. Et la ministre de la culture Roselyne Bachelot n’est pas avare d’annonces rassurantes. Pourtant cette filière représente 2,3% du PIB selon le ministère de la culture, sans compter les bienfaits inestimables qu’ont les arts sur la société, notamment en période de doute.

Pour les musiciens et producteurs de musique, la crise du coronavirus entraîne une vraie remise en question de leur métier. Martin Murer a subi de plein fouet le premier confinement : “Mes activités étaient à l’arrêt total, je n’ai eu aucune rentrée d’argent pendant deux mois.” Cependant tout n’a pas été si mauvais pendant cette période: “D’un point de vue créatif, ça a été bien pendant un moment mais il ne fallait pas que ça dure non plus !”, concède-t-il.

Basé à Metz, ce jeune producteur touche-à-tout est auto-entrepreneur. Certes, il s’en sort mieux depuis la fin du premier confinement, mais il n’a pas retrouvé ses revenus d’avant la pandémie. “J’ai la possibilité d’enregistrer des artistes dans mon studio, même pendant ce confinement, contrairement à celui de mars-avril. Malheureusement j’ai dû dire au revoir à mes compléments de revenus comme les concerts ou les DJ sets”. 

Cet été, il n’a joué que 3 fois devant des spectateurs, tous assis. Avant la crise, le claviériste avait entre 3 et 4 concerts par mois avec ses différents groupes devant des salles debout. Autrement dit : durant la reprise des activités, l’intensité des concerts n’était pas à son niveau d’antan.

Une période frustrante

Vincent Calvier est auteur-compositeur et ancien professeur de guitare. Avec son groupe Bambou le messin avait, comme beaucoup d’autres artistes, trouvé une alternative pour son public pendant le confinement: “Nous avons fait un live en streaming pour s’adapter à la période. Mais j’ai l’impression qu’avec le temps, le public s’est lassé de ce type de format.” 

Le groupe qu’il dirige devait sortir un LP (8 à 12 titres) en juin 2020. Celui-ci a été repoussé à janvier 2021. On parle désormais de septembre 2021. “On ne voit pas le bout. Tous les projets sont à l’arrêt avec ces mesures. Nous devions tourner un clip dans les prochaines semaines, mais avec ce nouveau confinement, le projet est en stand-by” explique l’artiste. Ce dernier n’est pas remonté sur scène entre juin et octobre. “Mon dernier concert date de mars. C’est très frustrant pour un musicien de ne pas pouvoir monter sur scène devant son public”.

Mais le trentenaire s’alarme avant tout de l’avenir des acteurs de la filière musicale. “Je m’inquiète pour les techniciens, les attachés de presse ou les bookers. Leurs activités sont totalement à l’arrêt.” Et en ce qui concerne les annonces officielles, même s’il comprend l’utilité des mesures sanitaires, il les juge floues et opaques. “Personne ne sait vraiment à qui vont profiter les millions qu’injecte le gouvernement dans le secteur culturel. Est-ce que seuls les gros labels de la musique vont en bénéficier ? Quelle sera la part réservée aux acteurs indépendants ?”… À cette heure beaucoup d’interrogations restent en suspens.

Les groupes indépendants sont dans la difficulté 

Et à Paris, où les musiciens et les structures musicales sont très présents, le climat est alarmant. Nathan Herveux a 28 ans et est ingénieur du son depuis une dizaine d’années. Sa vie est dans la capitale, où il travaille avec plusieurs groupes de musiques actuelles. Pour lui, qui ne vit qu’à travers les concerts et les tournées, l’arrêt brutal des activités est une souffrance. “Mon dernier concert était le 7 mars, le lendemain d’une date à l’Olympia. Mais depuis plus rien, mis à part une radio et un show-case pendant la reprise”, se désole t-il.

Sans parler de l’aspect matériel: en tant qu’intermittent du spectacle, il doit justifier de 507 heures de travail sur une année. Heureusement pour lui, la date anniversaire de son intermittence est intervenue le 27 mai. “J’avais déjà mes heures en mars, donc dans un premier temps, cette coupure ne m’étais pas trop préjudiciable sur le plan financier”. À ce sujet, les pouvoirs publics ont pris une décision apaisante : une prolongation des droits des intermittents jusqu’au 31 août 2021.

Mais avec le temps qui passe, l’ingé’ son ne voit pas le bout du tunnel. “Je pense à me reconvertir dans un tout autre domaine pour m’en sortir, au moins le temps que les activités reprennent normalement. Je sens que cela peut durer encore quelques années avant que la machine se remette réellement en marche”, admet-il.

Autour de lui, l’ambiance n’est pas à la fête. “Je n’en ai pas encore vu jeter l‘éponge, mais certains ont dû déménager en province pour éviter de subir les loyers de la capitale. On sent que la ville est cassée. Paris n’est viable que lorsqu’on peut vraiment bosser à fond”. Il regrette aussi le manque d’action du gouvernement: “Ma première inquiétude c’est qu’on ne considère pas la culture comme quelque chose de suffisamment important pour lui donner vraiment la chance de repartir à bloc.” 

Nul doute que la filière musicale, et en particulier les acteurs indépendants, auront beaucoup de mal à se relever de cette crise. Ce reconfinement est un énième coup de massue sur un secteur qui avait déjà du mal à se remettre de l’interdiction des concerts. 

Léo Mazzarini