Acteur-clé dans la crise centrafricaine, le Tchad a claqué la porte de la Force africaine en Centrafrique (Misca), promettant de continuer « sa mission de paix dans les zones relevant de sa responsabilité ». L’Union européenne prend le relais en lançant officiellement son opération militaire, mais peine à combler le vide Tchadien.

Acteur-clé de la crise centrafricaine et incontournable puissance régionale, le Tchad a annoncé, jeudi dernier en marge du sommet UE-Afrique à Bruxelles, son retrait de la Force africaine en Centrafrique (MISCA). Le gouvernement tchadien dénonce dans un communiqué « une campagne gratuite et malveillante » contre ses soldats « tendant à leur faire porter la responsabilité de tous les maux dont souffre la RCA ». Le ministre centrafricain des Affaires étrangères Toussaint Kongo-Doudou a déclaré que « c’est avec beaucoup de regret que son pays a reçu cette nouvelle ».

Cette décision « irrévocable » fait suite à de nombreux incidents impliquant des soldats tchadiens sur le terrain. La force militaire est accusée par la Union Africaine depuis le début du conflit en décembre 2013 de passivité voir même de connivences face aux exactions de la coalition Séléka. Le week-end dernier, 30 civils sont morts et au moins 300 ont été blessés à Bangui à la suite de tirs des soldats tchadiens. L’ONU affirme qu’ils ont tiré « sur la foule sans avoir été provoqués ».

Mission de paix

Depuis son indépendance proclamée en 1960, la Centrafrique est profondément instable et en proie à des coups d’Etats et des guérillas récurrents. Deux camps s’opposent : le Séléka, une coalition de confession musulmane dissoute le 24 mars dernier et l’anti-Balaka (« anti-machette » en langue sango) une milice d’autodéfense composée de chrétiens, majoritaire à 80% dans le pays.

Le gouvernement de N’Djemena réfute ces accusations et annonce la continuité de sa mission dans un communiqué : « les modalités pratiques de ce retrait seront arrêtées d’un commun accord entre le Tchad et l’Union africaine ». Le texte ajoute que le pays « assumera sans faille, sa mission de paix dans les zones relevant de sa responsabilité en RCA ».

Combler le vide

Avec environ 850 hommes, le contingent tchadien est l’un des principaux fournisseurs de la MISCA, comptant 6.000 hommes. Pour combler le vide laissé par le retrait des troupes du président tchadien Idriss Déby Itno, l’Union Européenne a lancé officiellement mardi dernier son opération militaire votée au forceps mi-février, après plus de trois mois de négociations et cinq conférences de « génération de force ». Mais ses effectifs – environ 800 soldats –suffiront à peine à combler le vide laissé par le retrait des troupes tchadiennes.

Voulue par le président français François Hollande et commandée par le général français Philippe Pontiès, cette force aura surtout pour mission de sécuriser l’aéroport de Bangui et ses alentours afin de permettre aux éléments de la Misca et de Sangaris de s’atteler à d’autres tâches. Ce soutien est prévu pour six mois, une fois l’Eufor complètement opérationnelle dans la capitale africaine. Un défi européen majeur pour stabiliser un pays, plongé dans le chaos.

[toggle title=”Catherine Samba-Panza interpelle la communauté internationale“]

En déplacement à Paris, la présidente de transition centrafricaine Catherine Samba-Panza a rencontré François Hollande à l’Elysée, mardi dernier. Elle lance un appel à la communauté internationale et demande une facilitation l’octroi des aides pour sortir du chaos.

« Vous connaissez bien la situation de ce pays, qui est un Etat fragile, un Etat qui n’existe pratiquement pas. Nous avons reçu beaucoup de promesses, beaucoup d’annonces, seulement, il y a des procédures à respecter. Nous demandons simplement à la communauté internationale d’alléger ces procédures, et de ne pas traiter les problèmes de la République centrafricaine comme pour un Etat normal. Mais pour un Etat en crise. »

Une déclaration qui intervient la veille du sommet UE-Afrique au cours duquel la situation en République centrafricaine sera abordée, particulièrement la mise en place de la force européenne (Eufor). L’objectif est clair : convaincre l’Union Européenne de s’investir davantage, tant sur le plan sécuritaire qu’humanitaire et financier. François Hollande a salué le courage de son homologue :

« C’est courageux de prendre la responsabilité d’un pays qui est dans le chaos. C’est courageux de vouloir restaurer l’autorité d’un Etat qui s’était effondré. Et pour les Français qui s’interrogent, nous évitons que des massacres se perpétuent, et que des affrontements religieux puissent dégénérer en terrorisme. Car c’est un risque. »

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