À la fin de l’été, Metz retrouve cette agitation familière. Les terrasses se remplissent, les quais de la Moselle se repeuplent et les sacs Eastpak croisent les cartons de déménagement.

Mais derrière cette carte postale de rentrée universitaire se cache une réalité bien moins romantique. 

Chaque année, la même mécanique se met en route : des centaines d’étudiants démarrent leurs rentrée sans logement. Pris au piège d’un marché saturé, cher et impitoyable dans la ville de Metz, la recherche d’un studio ou d’une coloc’ est devenue un sport d’endurance. 

Rafraîchir frénétiquement les sites d’annonces, appeler à la minute près, envoyer des dossiers complets sans même avoir visité et trop souvent, rien.

Pour Nina, 19 ans, étudiante en première année de licence à l’Université de Lorraine, la recherche a démarré dès le début de l’été : « J’ai commencé dès juin. Je pensais être large. En réalité, tout partait en quelques heures. J’ai visité un studio minuscule à plus de 500 euros, il y avait une quinzaine de personnes avant et après moi. »

À une semaine de la rentrée, elle n’avait toujours rien. « Tu dors chez des amis, tu te dis que c’est provisoire, mais les jours passent. Et plus ça avance, plus tu paniques. »

Même pour ceux qui connaissent déjà la ville, la situation se complique.

Neil, 23 ans, étudiant en master 1 Psychologie sur le campus du Saulcy, pensait avoir l’avantage de l’expérience.

« J’ai déjà vécu ici, je connais les quartiers, les prix. Mais cette année, c’était encore plus tendu. Les propriétaires demandent des garants en CDI, des revenus élevés, parfois plus que ce que mes parents gagnent. » 

Faute de solution immédiate, il enchaîne les hôtels. 

« Depuis septembre, j’en suis à presque 2 000 euros d’hôtellerie. C’est de l’argent que je n’avais pas, que je n’aurais jamais imaginé mettre dans des nuits d’hôtel à Metz. »

Pour Sylvain, agent immobilier à Metz depuis plus de dix ans, la situation n’a rien d’une surprise.
« Chaque rentrée, c’est la même chose. La demande explose, surtout pour les studios et les petites surfaces, mais l’offre ne suit pas. Les biens partent parfois en moins de 24 heures. »


Selon lui, la ville attire de plus en plus d’étudiants, sans que le parc de logements adaptés n’augmente suffisamment. « On a une tension structurelle. Et à cela s’ajoutent d’autres phénomènes : certains propriétaires préfèrent la location meublée classique ou saisonnière, jugée plus rentable et plus souple. Les étudiants se retrouvent en concurrence directe. »

Résultat : des loyers qui grimpent, des exigences toujours plus élevées, et des dossiers triés comme pour un emploi. « On demande parfois à des étudiants des garanties parfois irréalistes. À force, ça exclut une partie d’entre eux », reconnaît Sylvain.

Du côté des résidences universitaires, la situation est tout aussi tendue. Les listes d’attente s’allongent, les réponses tardent, et beaucoup se tournent vers des solutions temporaires : Airbnb hors de prix, chambres chez l’habitant, canapés d’amis. Une débrouille qui coûte cher, financièrement et mentalement.

« Quand tu n’as pas de logement stable, tu n’as pas la tête aux cours », résume Nina.

« Tu arrives en amphi fatiguée, stressée, avec l’impression que ta vie étudiante commence mal. »


Neil rétorque : « On te parle de réussite, d’égalité des chances, mais la première sélection, elle se fait sur le logement. »

À Metz, la crise du logement étudiant n’est plus un accident conjoncturel. Elle est devenue un rituel de rentrée, presque intégré au calendrier universitaire. Une réalité connue de tous, mais rarement réglée. Pour la Confédération Générale du Logement (CGL UD 57), le constat est clair : « Tant qu’on ne produira pas davantage de logements accessibles aux étudiants, on continuera à gérer l’urgence, pas le fond du problème. »

En attendant, chaque rentrée rejoue la même scène. Des étudiants motivés, des valises pleines d’espoir et une question obsédante qui précède toutes les autres : trouver un toit.
Parce qu’avant d’apprendre, il faut déjà pouvoir dormir quelque part !

Ryan Baruchel