Robots tueurs : de la fiction à la réalité

Romain Ethuin 1 décembre 2017 Commentaires fermés sur Robots tueurs : de la fiction à la réalité
Robots tueurs : de la fiction à la réalité

Virale, réaliste et terrifiante… La vidéo fictive mettant en scène des robots tueurs, rouvre les débats sur une fiction devenue réalité aujourd’hui. L’automatisation croissante de notre société s’illustre notamment par le cas épineux des drones.

De tous temps, l’automate, le fantasme de l’objet inanimé qui prendrait vie, a été un objet de fascination pour l’Homme. Ce qui relevait de la science-fiction il y a encore une dizaine d’années, est en train de prendre vie sous nos yeux. Cette vidéo réalisée à la sauce Black Mirror, le démontre avec brio.

Une vidéo crédible

Réalisée à dessein, elle souhaite surtout sensibiliser le grand public à leur combat. La vidéo s’inscrit dans la campagne Ban Lethal Autonomous Weapons (pour l’interdiction des armes autonomes létales). Une dizaine d’associations et d’ONG militant pour le respect des droits de l’Homme et la régulation des armes, en est à l’origine. La liste est complétée par le Future of Life Institute réunissant chercheurs, entrepreneurs et philosophes de renom. Stuart Russel, docteur reconnu dans le milieu, déclare même à la fin de la vidéo : « Ce petit film est plus qu’une simple spéculation. Il montre le résultat des technologies miniatures que nous possédons déjà ».

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Samuel Nowakowski souhaite réintroduire plus « d’éthique et de rationnel » dans le numérique ©Lucas Hueber

Samuel Nowakowski, spécialiste des interactions homme-machine à Nancy, s’est dit « scandalisé » : « J’ai cru que tout était vrai. Ça ne m’aurait pas étonné quand on voit tout ce qui se fait dans le domaine de la guerre. Le livre « La machine à tuer – la guerre des drônes » m’est tout de suite venu à l’esprit ». Ce livre, tiré d’une enquête journalistique de The Intercept, mettait en exergue la mort de centaines d’innocents par des drones sous la présidence d’Obama.

« Ce petit film est plus qu’une simple spéculation ».

Il remet la vidéo en perspective avec la « quête de notoriété contemporaine où l’éthique devient une denrée rare ». Aujourd’hui, il n’y a pas vraiment de ligne de bonne conduite ou de charte selon lui : « tout dépend de l’innovateur et de ses valeurs ». Samuel prend d’ailleurs exemple sur le loria – un laboratoire lorrain regroupant différents experts en informatique et en robotique -, où il ne cautionne pas toujours les travaux de ses collègues. Il tient tout de même à temporiser : « Les règles des états nous protègent encore, même si certains états comme les Etats-Unis s’assoient ouvertement dessus ».

Terminator, c’est pour bientôt ?

Plusieurs grands noms de la technologie s’inquiètent régulièrement des dangers de l’intelligence artificielle. L’éminent cosmologiste Stephen Hawking déclarait récemment craindre une IA capable de s’améliorer et de se reproduire : « Ce serait une nouvelle forme de vie capable de surpasser les humains ».

Le magnat des affaires Elon Musk, figure aussi parmi les plus sceptiques. Plus tôt, une vive altercation avec Marck Zuckerberg, beaucoup plus optimiste, avait éclaté. Celui-ci jugeait alors ses avertissements de « particulièrement irresponsables ». Elon Musk ne s’est pas fait prier pour lui envoyer une réponse cinglante sur Twitter : « J’en ai parlé avec lui. Sa compréhension du sujet est limitée ».

« L’intelligence artificielle n’existe pas, on en est encore bien loin »

Samuel tient tout de même à rappeler qu’à l’heure d’aujourd’hui, « l’intelligence artificielle n’existe pas, on en est encore bien loin ». Il regrette d’ailleurs la tendance médiatique consistant à surfer sur le buzz et le sensationnel lorsqu’on parle de robotique. « Avant d’imaginer construire une intelligence artificielle, il faudrait commencer par définir ce qu’est véritablement une intelligence », ajoute-t-il.

La France adopte les drones

Comme on peut le voir sur ce tweet, des experts de 86 pays différents ont amené la campagne lors d’une session de la convention sur les armes conventionnelles (CCW) à l’ONU le 13 novembre dernier. On compte 125 pays représentés lors de cette convention, dont la France qui reste un membre permanent du conseil de sécurité.

Mounir Mahjoubi, secrétaire d’état au numérique ne s’est pourtant pas exprimé sur le sujet. Une position d’autant plus étonnante que « l’élaboration du cadre juridique (…) à l’échelle nationale, européenne et internationale » et « l’éthique des technologies » font partie de ses compétences principales.

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Un drone Reaper dont la France a fait l’acquisition dès 2014 ©Flickr

Pis encore, la ministre de la défense française, Florence Parly, annonçait en septembre dernier sa décision d’armer nos drones de surveillance à horizon 2019. Un pas de plus vers l’automatisation croissante des armes, qui pose plusieurs questions éthiques. La ministre de la défense assure que cela ne changera rien « aux règles d’engagement et au respect du droit international humanitaire ». Samuel Nowakowski rappelle que l’Homme contrôlant la machine à distance, elle est considérée comme une arme ordinaire au regard du droit international.

« On utilisera une technologie que l’on ne maîtrise pas »

Il se dit tout de même « atterré », regrettant l’utilisation  d’armes américaines : « on utilisera une technologie que l’on ne maîtrise pas ». En véritable humaniste, il déplore la banalisation de la mort qu’entraînent ces nouveaux « joujoux » comme il aime les appeler : « on oublie que la guerre a un coût. La mort devient quelque chose d’abstrait ». Il souhaite pour cela inciter ses élèves à « promouvoir l’éthique et le rationnel ». Rien de plus normal pour quelqu’un dont le combat est de remettre les humanités au cœur du numérique.

Romain Ethuin

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