A 84 ans, elle en connaît forcément un rayon. Marianne Walas partage avec ses clients depuis plus de soixante ans son inaltérable passion du cyclisme.

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Malgré ses 84 ans, Madame Walas et son éclatant sourire fait toujours attention à son look. “Je vais quand même ôter ma polaire” déclare-t-elle avant d’être photographiée | C.R

Il n’est pas si loin le temps où, de Courcelles-sur-Nied, Marianne enjambait son vélo pour se rendre quotidiennement au commerce de cycles de la rue Haute-Seille. A une quinzaine de kilomètres de son domicile, implantée entre le quartier des Allemands et le centre-ville de Metz depuis trois quarts de siècle, la petite boutique qui porte désormais son nom n’a quasiment pas changé. Dans ce décor d’une autre époque, les bicyclettes high tech se mêlent aux vieux outils de Jean-Pierre et Thierry, les mécaniciens. Madame Walas, 84 ans, y règne en chaleureuse propriétaire depuis plus de 60 ans. « Par passion, et non par obligation », précise-t-elle.

Au fil du temps, Marianne s’est fait une place dans le commerce et la réparation de cycles. « Au début, j’ai pédalé. Ce n’était pas facile pour une femme de s’imposer, surtout dans le milieu du cyclisme » se souvient-elle. Mais qui pouvait résister au charme de cette véritable passionnée, éclatante de sincérité et de joie de vivre ? Certainement pas son mari, qu’elle a rencontrée à ses débuts au magasin.

Aujourd’hui, « Mamie Walas », propriétaire, est devenue une icône dans le secteur, et son accueil chaleureux est salué par tous les clients : « Elle a un grand cœur. Un cœur si grand qu’il pourrait accueillir le monde entier » témoigne élogieusement Marguerite, une des nombreuses amies à visiter régulièrement la propriétaire des lieux. « Même s’il fait froid comme aujourd’hui, elle sait toujours réchauffer l’atmosphère. Avec elle, il fait toujours dix degrés de plus. » rajoute-t-elle. Ensemble, elles se remémorent la Pologne, ou d’autres souvenirs passés.

« La plus gentille de Metz »

Et des souvenirs, il y en a des centaines, voire des millers à travers ses murs, à en croire les nombreuses photographies et autres articles de presse accrochés ci et là dans le magasin. « Jalabert, Hinault, différents artistes, des amis français ou d’ailleurs… Il y a beaucoup de monde qui est passé, et continue à passer par ici, même s’ils ont quitté la région » sourit la pétillante grand-mère. Catherine Marsal, punaisée au-dessus des gourdes en plastique, a elle aussi côtoyé l’atelier des Walas. « Jean-Pierre montait et réparait tous ses vélos » , se souvient l’octogénaire. Expatriée au Danemark depuis plusieurs années, l’ancienne championne du monde mosellane se rappelle : « Madame Walas, c’est mamie vélo ! Je me souviens surtout que lorsque j’avais besoin d’une pièce, elle s’absentait une vingtaine de minutes dans la cave, mais elle retrouvait toujours ce dont j’avais besoin. » Il faut dire que le sous-sol est une réplique de la caverne d’Ali Baba. Pour cyclistes, bien entendu.

Thierry, le nouveau réparateur, semble lui aussi avoir trouver le bonheur au sein de la pittoresque boutique. « On ne peut pas être mieux qu’ici » souligne celui qui, depuis huit mois, a eu le temps d’apprécier la personnalité de sa patronne. « Si Madame Walas est la plus gentille du quartier ? La plus gentille de Metz, sans nul doute ! » enchérit le mécanicien. Devant tant de compliments, la boutiquière, sourire aux lèvres, semble touchée. Les propos de Thierry sonnent pourtant comme une irréfutable évidence. Leur collaboration est déjà très fusionnelle : « Il me raconte toutes ses histoires de cœur » rapporte la maîtresse des lieux.

Une promesse faite à son mari

Il est difficile d’imaginer qu’un jour, Marianne Walas puisse abandonner son magasin. Après avoir passée plus de 65 ans derrière la caisse de son commerce, une retraite ne semble pas imméritée : « Il y a des journalistes allemands et luxembourgeois qui sont justement venus m’interroger sur ma longévité, car ils estiment que les Français ne travaillent pas assez, raconte-t-elle. Mais j’ai fait la promesse à mon mari, avant qu’il ne disparaisse – il y a 32 ans – , de continuer à tenir la boutique jusqu’à ce que je ne le puisse plus. » Une fidélité à toute épreuve, qui force une nouvelle fois le respect.

La mort de son bien-aimé n’a pas altéré le caractère joyeux de celle qui demeurera éternellement Madame Walas. Aujourd’hui encore, elle multiplie les sorties, les voyages à l’étranger, à Malte ou Varsovie « pour visiter les opéras ». A Metz, elle se rend souvent à l’Arsenal, en compagnie de sa fille Simone, pour assister à des concerts ou des pièces de théâtre, depuis que son gendre lui a transmis sa passion pour la musique. « Nous sommes abonnées, et ça nous motive à y aller plus souvent. Plus besoin d’acheter nos tickets à chaque fois ! » Même « s’il n’y a pas que le vélo dans (sa) vie » elle espère tout de même être au premier rang pour assister à l’arrivée de la sixième étape du tour de France, à Metz le 6 juillet prochain.