Cent ans après la déclaration de guerre plongeant l’Europe dans un conflit des plus sanglants, la petite commune de Lexy, en Meurthe-et-Moselle, rend hommage à sa manière aux poilus et autres acteurs de cette sombre période. Le 11ème festival Euro-BD a eu lieu les 15 et 16 novembre derniers avec pour thème principal la Première guerre Mondiale.

Le crayon, la plume et les couleurs ont remplacé la baïonnette, le casque et la poudre. Tambour battant, dessinateurs, scénaristes, vendeurs de BD, maquettistes et passionnés de costumes d’époque se sont regroupés autour de Marc Jakubowski (instigateur du festival, dessinateur et libraire dans la vie). Si le thème de la première guerre mondiale se veut solennel, chacun aspire à sa manière à illustrer et raconter l’atmosphère apocalyptique de 14-18.

Drame ou comédie

Traiter de l’ambiance dantesque des tranchés n’est pas chose aisée. Classiquement, le sujet se prête à un ton tragique. Certains créateurs de bandes dessinées ont pourtant d’autres méthodes pour s’attaquer au domaine de la guerre. David Voileaux, dit Spit apprécie de traiter ce thème de manière décalée. Dessinateur et scénariste de la BD Bishot, racontant l’univers des premiers pilotes de chasses, il assume son idée de prêter le sujet au comique. Fleur au fusil, le concept n’a, au départ, pas fait l’unanimité parmi ses confrères. “Quand j’avais présenté mon projet, j’ai eu deux réactions. La première était de ne pas toucher à la guerre et l’horreur qui en découle. La seconde était qu’au contraire, il fallait le traiter avec humour, car l’humour fait aussi parti de la mémoire”. La guerre n’empêche pas l’humour. Spit raconte que dans l’horreur, le soldat savait malgré tout rire de sa condition. “Il y a beaucoup d’anecdotes de poilus, certains s’amusaient avec des rats, en les planquant dans la veste d’autres soldats”. Humour noir, mais humour tout de même.

Plus classique, mais non sans talent, Julien Monier, dessinateur de la trilogie La Faucheuse des Moissons, exprime sa volonté de retranscrire ce passé fidèlement à son degré d’horreur. Son ouvrage, co-réalisé avec Fredéric Chabaud traite avec tragédie de cette guerre, “c’est le style qui s’y prête le plus simplement je pense. Je suis tombé sur certaines réalisations humoristiques, ça peut paraître surprenant mais du moment que l’on reste respectueux, et que le sujet [est] traité intelligemment , il n’y pas vraiment de problèmes.” Avis maintenu par Vincent Bailly, co-auteur sur la BD Notre Mère la Guerre, “je ne suis pas un dessinateur rigolo, il existe des dessinateurs comiques par nature, sur la guerre de 14 qui font des œuvres sur le comique troupier, qui sont marrants mais classiquement, ça ne se prête pas tant que ça à l’humour”.

Les trois dessinateurs s’accordent à dire qu’en ce moment, la Première guerre Mondiale est un thème qui se vend bien. “C’est un sujet d’actualité, un sujet porteur et qui est assez passionnant, c’est normal qu’il y ait autant de livres, de BD, de films qui sortent dessus” analyse le dessinateur Julien Monier. Un thème qui marche, oui “mais pas seulement pour des raisons économiques, il y a aussi de bonnes raisons comme le devoir de mémoire” complète Vincent Bailly. Difficile en effet, de passer à côté de ce fait d’actualité qu’est la commémoration de cette guerre qui a marqué profondément notre pays. Spit explique que “beaucoup d’auteurs se sont retrouvés sur ce sujet cette année certainement parce que c’est le centenaire, ça devrait se calmer un peu, plus tard.”

Le Festival au service de la mémoire

Qui dit 100 ans de la Première guerre Mondiale, dit commémorations, mais pas seulement. C’est l’occasion de aussi de rappeler que le devoir de mémoire est important et qu’il peut passer par la bande dessinée comme le signalent Julien Monier et David Voileaux.

La BD pourrait bien devenir une nouvelle façon de rendre hommage aux victimes de la Grande Guerre. Le 12ème festival aura d’ores et déjà lieu l’année prochaine, traitant cette fois-ci de la Seconde Guerre Mondiale. Une manière pour l’association Plum’Art de commémorer les 70 ans de la fin du conflit.

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