Plus de 10 000 personnes ont défilé contre la réforme des retraites à Châteauroux mardi 31 janvier. Une mobilisation rarement observée dans la cité berrichonne où les revendications sont les mêmes que partout en France.

Particularité locale, les tracteurs sont également mobilisés.

Un vrombissement sourd sort de la carrosserie bleue émaillée d’un petit tracteur sur la place de la République; une banderole « Macron détruit la France » affichée fièrement sur le capot. Les engins agricoles se tiennent prêts à fermer la marche, déjà historique, à Châteauroux mardi 31 janvier.

Au moment du départ en milieu de matinée devant la mairie, c’est un cortège de plus de 10 000 personnes qui s’est élancé pour défiler dans les rues du centre-ville. De mémoire d’indrien « On n’avait pas vu ça depuis 1995, c’est magnifique de voir que la contestation gagne toute la France », s’extasie Jean-Baptiste, professeur des écoles et adhérent à la CGT. A l’époque, c’était contre le plan Juppé, déjà sur une réforme des retraites, que la mobilisation avait atteint des records. 

L’attente des chiffres officiels de cette deuxième journée de mobilisation nationale était dans toutes les conversations. Sur le pont de l’avenue Charles de Gaulle, Sébastien compte lui-même les manifestants sur son téléphone. « Appelle Ludo, les RG [Renseignements Généraux| disent 10 000, mais on est au moins 15 000. J’ai le pouce en feu ! », fanfaronne t-il auprès d’un ami dans la foule. Une heure plus tard, les chiffres officiels annoncent 10 500 manifestants selon la police et 15 000 selon les syndicats. 

Au fond, peu importe le nombre exact pour Sébastien, l’événement est déjà une réussite. « J’ai l’impression de faire partie de quelque chose de grand. Les gens étaient endormis et se laissaient assommer par les 49.3 à répétition. Là, on sent qu’ils se sont réveillés grâce à la manifestation de la semaine dernière », s’enorgueillit l’intérimaire trentenaire qui a appelé toutes ses connaissances à venir grossir les rangs. Le 19 janvier, ils étaient déjà 8 000 dans le centre-ville castelroussin. 

Les mêmes motivations qu’à Paris

Hormis quelques pétards en début de cortège, le défilé s’est tenu dans une ambiance familiale et bon enfant. « C’est l’occasion de passer le flambeau aux jeunes générations », s’amuse Monique, une habituée venue avec son petit-fils Maxime, 11 ans, pour sa première manifestation. Il avoue ne pas vraiment comprendre pourquoi tout le monde est rassemblé mais au moins il n’y a pas école. Entre le monde, la musique, les sifflets, les drapeaux et les pancartes garnies de caricatures et de jeux de mots qu’il ne saisit pas de son propre aveu, Maxime ne sait plus où donner de la tête. 

Dans les mains il tient lui aussi une pancarte maison avec écrit : « Papi s’est battu toute sa vie, je prends la relève ». Un hommage à son grand-père, professeur de mathématiques à la retraite, mort il y a trois ans, et qui était de toutes les manifestations, explique-t-il devant sa grand-mère visiblement très émue. « C’est important d’éduquer les jeunes, on vit dans un pays où on a le droit de protester quand on n’est pas content, il faut en profiter », se reprend-t-elle.

  Le projet de réforme des retraites est jugé injuste par beaucoup de manifestants

« On se fout de notre gueule depuis trop longtemps, y en a marre », vocifère Roger sur le boulevard de Cluis. « On est en Borne out », ricane-t-il en montrant sa pancarte. Ce buraliste a fait 50 kilomètres pour venir manifester son mécontentement à Châteauroux. « C’est important de montrer qu’il n’y a pas qu’à Paris que les gens protestent. C’est dans les petites villes comme ici qu’on se rend compte que tout le monde est concerné et contre une réforme injuste et injustifiée », insiste-t-il.

Le nombre de manifestants en province a d’ailleurs marqué les esprits mardi. Il n’est pas commun de voir plus de 10 000 personnes défiler dans une ville de 43 000 habitants comme Châteauroux. A Tours, ils étaient 15 000, à Clermont-Ferrand, 17 000 et à Guéret, 4 300 alors que le chef-lieu de la Creuse ne compte que 13 000 habitants. Au total, ce sont 2,8 millions de personnes qui se sont mobilisés en France selon la CGT et 1,272 million d’après le ministère de l’Intérieur. Deux autres mouvements de grève sont prévus les 7 et 11 février. Beaucoup attendent avec impatience de voir combien feront le déplacement pour l’occasion.

Il n’y avait pas eu autant de manifestants à Châteauroux depuis 1995.

Benjamin Watelle