Alors que le Grand Tétras avait pratiquement disparu des Vosges. En avril 2024, l’État, avec le soutien de la Région Grand Est, décide de piloter un projet de réintroduction de l’espèce dans le Parc naturel régional des Ballons des Vosges. Le coût de l’opération est de 200 000 € par an. Cela recouvre les dépenses de l’opération technique de translocation, le suivi des oiseaux relâchés par équipement GPS, à cela s’ajoutent des frais de pilotage et de coordination du projet ainsi que des actions de sensibilisation.
Dès son lancement, de nombreuses associations locales ne soutiennent pas le projet. En décembre 2025, l’opération fait de nouveau parler d’elle puisque le sixième spécimen sur les sept introduits au printemps, a été retrouvé mort par le parc naturel des Ballons des Vosges.
Interrogé à ce sujet, Thomas Chevalier, directeur du Groupe Tétras Vosges a partagé son point de vue. L’association Groupe Tétras Vosges suit en plus du Grand Tétras, d’autres populations d’espèces sensibles comme la Gélinotte des bois, la Chevêchette d’Europe et la Chouette de Tengmalm.
Plusieurs collectifs ont demandé l’arrêt du programme de réinsertion du Grand Tétras dans les Vosges. Et vous ? Quelle position adoptez-vous quant à cette mesure ?
Quand la question s’est posée de lancer le programme de réinsertion il y a quelques années, nous avons donné un avis défavorable car aujourd’hui, nous n’avons pas résolu les causes de l’extinction de l’espèce.
Le projet a quand même été accepté, et nous avons proposé d’apporter notre regard scientifique et technique sur certaines opérations du programme. Il arrive que l’on nous consulte, mais nous ne portons pas le projet en tant que tel.
Quelles sont les causes de l’extinction de l’espèce ?
C’est assez complexe. Les causes qui mènent au déclin du Grand Tétras sont nombreuses et se recoupent entre elles. Dans les années 1970-1980, Il y a eu beaucoup de dégradations de milieux forestiers, suivies par des campagnes de plantation d’épicéas, qui ont porté préjudice à l’espèce.
On parle aussi beaucoup de la quiétude de la faune sauvage. Il y a un gros essor des activités liées au tourisme et aux loisirs sur le massif et ce en toute saison. Le Grand Tétras est sensible à ses dérangements répétés. […] Certaines pratiques de chasse ont un impact, par exemple l’agrainage des sangliers, c’est-à-dire le fait de les nourrir volontairement. Maintenant, il y a des populations un peu partout en altitude et cela a des répercussions sur le succès de la reproduction des œufs et des poussins.
Il y a également des effets plus difficiles à mesurer en lien avec le réchauffement climatique qui vont impacter les habitats. Des paramètres qui vont potentiellement être amenés à s’aggraver dans les années à venir.
Quelle est la situation du Grand Tétras actuellement ?
La situation actuelle est très critique. Nous avons atteint un seuil d’extinction. Le projet de renforcement n’a pas donné de résultats satisfaisants. Sur les seize lâchés, seulement deux ou trois sont encore vivants.
Soit nous nous donnons les moyens de recréer des conditions favorables, en sachant que nous ne sommes pas certains d’y arriver, et si c’est le cas pourquoi pas monter un programme. Soit nous actons que les populations n’ont malheureusement plus d’avenir sur le massif. Pour le moment nous n’avons pas la réponse.
Il faut se demander à quel point il faut intervenir pour préserver une espèce et se poser la question de ce sur quoi nous voulons mettre les efforts. La conservation d’espèces ? Ou la préservation des habitats ? Le changement climatique va créer des bouleversements. Nous devons choisir où placer nos moyens.