Le gouvernement algérien a accentué la répression contre le mouvement – Hirak – de contestation pacifique depuis la crise du Covid-19. Les manifestations sont proscrites et les dirigeants ont intensifié les campagnes judiciaires contre les hirakistes.

Depuis février 2019, une partie de la population réclame une remise en cause profonde de la nature du régime et de l’exercice du pouvoir. Après une première victoire suite à la démission d’Abdelaziz Bouteflika, les Algériens ont vite déchanté. Le nouveau président Abdelmadjid Tebboune, élu à la faveur d’un scrutin boudé par le peuple, est un proche du précédent régime. Sa gestion de la crise sociale n’a rien à envier à celle qui a prévalu durant les vingt années de mandat de son prédécesseur. Cela s’est même aggravée pour le Hirak depuis la pandémie.

Une campagne policière contre les hirakistes

Dès le mois de mars, c’est le mouvement lui-même qui a pris la décision d’arrêter les rassemblements et les marches, avant une interdiction officielle des autorités. Abdelmoumene Khelil est secrétaire général de la Ligue Algérienne pour la Défense des Droits de l’Homme (LADDH). Il explique : “le 13 mars 2020, le Hirak s’est arrêté suite à l’intervention d’un collectif de médecins hirakistes qui ont donné l’avis de suspendre les marches pour éviter la propagation du virus.”  

Mais la pandémie a aussi entraîné des conséquences pénales sur la continuité du mouvement. “Profitant de cet arrêt, les autorités ont continué à procéder à une véritable campagne policière et judiciaire en poursuivant tous les hirakistes qui étaient plus ou moins actifs et visibles durant les mois précédents. Le motif était essentiellement les publications sur les réseaux sociaux” se désole-t-il.

Durcissement du code pénal

Les dirigeants algériens ont durci le dispositif du code pénal et ont introduit une condamnation pour manquement aux mesures sanitaires. “ Cette nouvelle loi permet la poursuite des personnes qui sortent dans un rassemblement en plein Covid. Les condamnations peuvent aller jusqu’à deux ans de prison ferme ” indique le secrétaire général de la LADDH. 

Plus de 90 personnes sont actuellement derrière les barreaux en Algérie pour des faits liés à la contestation selon le Comité national pour la libération des détenus. Par exemple, le journaliste Kalhed Drareni qui est correspondant de TV5Monde et de Reporters Sans Frontières en Algérie, est en détention depuis le 7 mars. Le 15 septembre, il a été condamné en appel à deux ans de prison ferme pour “incitation à un attroupement non armé” et “atteinte à l’unité nationale”. Abdelmoumene Khelil admet que le journaliste est “un cas spécifique”. “Il a une très grande audience sur twitter et est très suivi par différents organes de presse et organisations internationales” précise -t-il. 

Empêcher la reprise du Hirak

Face aux restrictions, le mouvement essaie de s’organiser autrement, notamment sur les réseaux sociaux. “Un appel à la mobilisation, à l’organisation et à la concertation a été lancé. Une tentative de reprise a été violemment réprimée le 5 octobre. Des centaines de personnes ont été arrêtées et poursuivies en justice à l’occasion de cette date symbolique (soulèvement populaire du 5 octobre 1988).”

Des hirakistes jeunes et peu connus sont poursuivis, particulièrement en dehors d’Alger, pour mettre fin définitivement au Hirak et empêcher toute tentative de reprise. Le gouvernement s’attaque donc aux manifestations en mettant un maximum de pression sur les activistes. Mais cela ne fonctionne pas. “Ces dernières semaines, il y a eu une reprise des débats sur le Hirak, et les manifestations ont recommencé en Kabylie” concède le secrétaire de la LADDH.  

Nul doute que cette répression accrue du nouveau gouvernement sur le Hirak n’arrêtera pas les espoirs de démocratie du peuple algérien. Le 1er novembre, les Algériens étaient appelés à voter pour une nouvelle constitution présentée par le président Abdelmadjid Tebboune. Ce scrutin a de nouveau été boycotté par la population avec une participation historiquement faible. 

Léo Mazzarini