Parmi les thèmes abordés au sein de la primaire socialiste, l’emploi demeure un sujet « à aborder de manière prioritaire » pour sept Français sur dix. Si les contrats d’avenir semblent la priorité de la maire de Lille Martine Aubry, François Hollande se démarque aussi par son contrat-génération et sa politique autour de l’axe emploi-éducation. Avec en toile de fond la préservation des activités d’Arcelor-Mittal à Florange.

L’emploi est au cœur de toutes les inquiétudes. Au moment d’aborder la dernière ligne droite des primaires socialistes, François Hollande et Martine Aubry restent forcément attentifs aux préoccupations des Français qui, selon une étude réalisée par LH2 pour Dom Plus, sont plus de 80% à être quotidiennement inquiets pour leur activité professionnelle, ou celle de l’un de leur proche. L’emploi se dégage d’ailleurs comme la thématique à aborder de façon prioritaire dans la campagne présidentielle pour sept Français sur dix. Loin devant la santé, la retraite ou les ressources et la situation financière des foyers.

Pour endiguer la hausse globale du taux de chômage depuis l’avènement de Nicolas Sarkozy en 2007, le PS mise principalement sur la création massive de contrats d’avenir destinés aux jeunes, les plus sévèrement touchés. Fer de lance de cette mesure phare du programme socialiste, la maire de Lille avance le chiffre de 300.000 créations de ces postes financés à hauteur de 75% par l’Etat, parmi lesquels un tiers est destiné à la transformation vers une économie verte. Si Hollande ne paraît pas contre l’idée, il regrette néanmoins que ces dispositions ne soient pas adaptables aux entreprises privées. « En 1997, Jospin avait suggéré des emplois-jeunes dans le public, mais aussi dans le privé, constate Michel Liebgott (PS). En réalité, François Hollande reprend seulement ce qui aurait dû être fait à l’époque. »

Le député-maire de Fameck roule sans secret au côté du Corrézien, qu’il aurait soutenu « même si Strauss-Kahn s’était présenté. » Pour lui, la proposition du contrat-génération prôné par son favori pour le deuxième tour de dimanche n’entre pas dans une logique d’opposition avec les contrats d’avenir mais dans une démarche complémentaire. « Le contrat-génération permet à la fois à des jeunes de rentrer dans l’entreprise, mais aussi aux anciens de servir de tuteur, avec un coût lié aux exonérations de charges sociales », poursuit Liebgott. Une nouvelle niche patronale peu appréciée par ses adversaires au parti lors des débats du premier tour de la primaire citoyenne.

L’éducation au service de l’emploi

François Hollande souhaite également replacer sa politique d’ « éducation maximum » au centre du débat sur l’emploi, 120.000 jeunes sortant chaque année du système éducatif sans aucune qualification. « On ne s’éloigne pas du sujet, un pays qui ne croît pas en sa jeunesse ne croît pas à son avenir », déclare le député-maire fameckois. S’il justifie le fort taux de chômage des jeunes par une inadaptation entre l’offre et la demande, bien aidée par une organisation perfectible de Pôle Emploi et la « disparition » annoncée de l’AFPA (Association nationale pour la Formation Professionnelle des adultes), Michel Liebgott estime que « la création de 60.000 postes (dans l’éducation) proposée par François Hollande est le minimum que l’on doive faire. Cela représente un coût, mais qui va rapporter dans l’avenir et qui permettra aux entreprises de recruter des salariés de qualité. » Estimée à 2,5 milliards d’euros sur cinq ans, cette onéreuse mesure est largement pointée du doigt par Martine Aubry. (vidéo diffusée par lefigaro.fr le 13 octobre 2011)

Suite à la fermeture temporaire de la filière liquide à Florange, la préservation des emplois liés à la sidérurgie est aussi une thématique que les deux derniers candidats à la primaires socialiste ne peuvent occulter. « Une situation pas facile, même si l’Etat est déterminé, comme c’est le cas en Belgique avec l’arrêt définitif du site de Liège », relate Liebgott, qui soutient ferment les salariés florangeois depuis la suspension de la production. Si Martine Aubry doute d’un retour efficace à une nationalisation des industries, elle estime lors d’une rencontre avec les sidérurgistes d’Arcelor-Mittal d’Isbergues (Pas-de-Calais) et de Mardyck (Nord) le 5 octobre dernier « qu’il faut réfléchir à des minorités de blocage car cela coûte moins cher et qu’on peut intervenir de la même manière sur les décisions stratégiques. » De son côté, s’il est élu par le biais des primaires dimanche, François Hollande devrait défendre auprès de José Manuel Barroso, président de la Commission Européenne, Ulcos, un projet expérimental de captage et de stockage du CO2 attribué au site de Florange. Et ce, avant même 2012.

Christophe Ruszkiewicz

Antoine Roche