Emmanuel Macron l’avait promis, son mandat signera l’ouverture de la PMA pour tous. La procréation médicale assistée, qui regroupe des pratiques cliniques et biologiques comme l’insémination artificielle ou la fécondation in vitro, est aujourd’hui réservée au couple hétérosexuel de moins de 42 ans qui ne parviennent pas à enfanter. Dans le cadre des états généraux de la bioéthique le 7 juillet 2018, qui précéderont les révisions de la loi de la bioéthique, le débat autour de la PMA sera ouvert.

 

Le comité consultatif national d’éthique est aujourd’hui favorable à ce que cette pratique soit accessible aux femmes seules et aux couples de femmes homosexuelles. Mais les détracteurs de l’ouverture de la PMA pour tous n’ont pas tardé à protester. Personne n’est étonné, la Manif Pour Tous en est leur fer de lance. Certes, « science sans conscience n’est que ruine de l’âme », comme l’entonnait Pantagruel sous la plume de Rabelais, mais force est de reconnaître que leurs arguments sont tout à fait obsolètes. Ici, la morale judéo-chrétienne prime, l’absence de pères entraînerait une fracture psychologique chez l’enfant –bien que de nombreuses études scientifiques prouvent le contraire. Et cette avancée encouragerait l’homosexualité ainsi que la conception « d’enfants OGM ».

Alors que de plus en plus de femmes recourent déjà à la PMA en Espagne ou en Belgique, il est clair qu’une partie de la droite traditionnelle catholique ne se remet pas de la métamorphose de notre système de parenté. Depuis les années 1970, de profonds changements s’opèrent dans notre conception de la famille. Hier, à travers le développement des méthodes de contraception, la multiplication des divorces et des mères célibataires puis, aujourd’hui, par la légalisation du mariage homosexuel et bientôt de la PMA pour tous.

 

Une vision évolutive du biologique

 

Le propre de nos sociétés humaines est de fonder des cultures, des systèmes de représentations et de symboles. Des visions mouvantes et poreuses qui ne cessent d’évoluer à travers l’espace et le temps. Notre conception du biologique n’échappe pas à cette règle, il s’agit d’une construction sociale, une manière d’appréhender et de structurer le monde. Que penseraient les opposants faces aux trobriandais où les jeunes enfants ont deux « pères », tama, le père biologique et kadagu, le frère de la mère avec qui il partage son clan, son totem et son sang ? Et des Mossi du Yatenga, où les enfants sont retirées de leur mère biologique pour être élevés et éduqués par des femmes plus âgées avec qui ils ne partagent aucun lien de sang ?

La morale judéo-chrétienne elle-même auquel se rattache la Manif pour Tous a subis une longue et lente transformation depuis l’avènement du christianisme en Europe. Et si celle-ci a pendant longtemps définie nos systèmes de parenté, elle a dû s’adapter à l’évolution de la société française. Notamment en ce qui concerne la place du biologique dans notre conception du monde,  l’argument « ce n’est pas naturel » n’est que pure hypocrisie. Dans ce cas, n’utilisons plus de médicaments, stoppons les chimiothérapies, arrêtons la production de plastique, cessons de transformer la nature.

Une chose est à retenir, le rapport de l’humanité au corps et à sa filiation ne cessera jamais d’évoluer. La science fait partie prégnante de notre cosmogonie, tâchons-nous de la rendre égalitaire et accessible à tous.