Peu après la formation du nouveau gouvernement, le secrétariat du Commerce extérieur était au cœur d’une bataille entre les ministres des Affaires étrangères et celui de l’Economie et du Redressement productif. Le chef du gouvernement Manuel Valls a tranché : Laurent Fabius rafle le portefeuille à Arnaud Montebourg.

Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a cumulé les couacs et l’on repart déjà du mauvais pied. Déjà en position d’arbitre, le Premier Ministre Manuel Valls a dû composer avec les velléités de deux membres de son gouvernement. En cause : l’attribution du portefeuille du Commerce extérieur que se dispute Arnaud Montebourg, actuel ministre de l’Economie et du Redressement production, et Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères.

Après des heures de tergiversations, le chef du gouvernement a tranché : c’est finalement Laurent Fabius qui voit élargir son portefeuille, une première en France dans un contexte de crise économique. “Les décrets d’attribution des compétences des ministres sont en cours de rédaction et c’est très délicat car des pans de ministère de l’Economie  vont passer sous le contrôle du Quai d’Orsay”, a précisé un responsable du ministère. Arnaud Montebourg a tenté de le conserver, soutenu par son prédécesseur Pierre Moscovici qui affirmait que « Bercy a été un acteur de la diplomatie économique et il n’y a pas de diplomatie économique sans Bercy ».

Complémentarité

Jusqu’à présent, le Commerce extérieur était rattaché à Bercy. François Hollande souhaitait placer ce portefeuille ainsi que celui du Développement international sous la tutelle de Laurent Fabius, qui a fait de la diplomatie économique un pilier de son action. Ses agissements pour promouvoir les entreprises françaises à l’étranger et chercher des marchés mordaient de facto sur les missions du ministère de l’Economie. De son côté l’ancienne secrétaire d’Etat au Commerce extérieur Nicole Bricq a toujours vanté la complémentarité entre les deux administrations.

Cacophonie

De leur côté, les détracteurs dénoncent la priorité donnée à la diplomatie politique. Dans une tribune publiée dans le journal Libération, les Arvenes – cercle de hauts fonctionnaires, économistes et chercheurs anonymes – déploraient cette nouvelle cacophonie. “Si promouvoir une diplomatie économique constitue en soi un objectif louable, ne correspond-il pas plutôt au rôle du ministère de l’Economie et des Finances?” s’interrogeait cette tribune, estimant que l'”éparpillement” rendait la voix de la France “inaudible” sur les grands sujets.

L’ancien secrétaire d’Etat au Commerce extérieur sous la présidence de Nicolas Sarkozy, Pierre Lellouche évoque une aberration quant à ce transfert de portefeuille aux Affaires étrangères : “Le Commerce extérieur est tout de même intimement lié à notre industrie et à la filière agricole qui exporte. L’export c’est le bout de la chaîne. La logique c’est de l’intégrer avec la production”. Même si Laurent Fabius s’empare du Commerce extérieur, les douanes, l’administration fiscale qui en fait partie, devrait  rester à Bercy.