L’autorité de la concurrence a condamné mardi 6 mars la quasi-totalité de la production endivière française pour une entente sur les prix depuis 1998. La profession se sent injustement sanctionnée.

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L’autorité de la concurrence estime illégale la tarification imposée par les producteurs d’endive | Photo : CR

Depuis près de 14 ans, le marché français de l’endive aurait-il pris ses clients pour des jambons ? C’est ce que semble affirmer un rapport de l’Autorité de la concurrence, qui a condamné mardi dernier près d’une vingtaine d’associations, syndicats et producteurs d’endives pour des pratiques abusives sur les tarifs. « Les sanctions rappellent que le droit à la concurrence s’applique également au système agricole, malgré sa spécificité et sa souplesse », soutient Yannick Le Dorze, chargé de communication à l’autorité de la concurrence.

Les condamnations, d’un montant total de 4 millions d’euros, concernent 11 organisations de producteurs et 7 associations et syndicats, qui représentent 95% de la production endivière française. Elles interviennent suite à plusieurs rappels à l’ordre de la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes). « On ne peut pas en rester là, c’est une décision inadmissible, injuste et infondée », estime Michel Cathelain, directeur de “Marché de Phalempin”, coopérative de 200 associés (dont une centaine de producteurs d’endives) sanctionnée à hauteur de 1 186 000€.  Il voit ici « l’occasion de taper un grand coup et d’envoyer un message fort au monde agricole. »

« Sanctionnés pour faire notre boulot »

Fragilisée par un marché qui subit les lois imposées par la grande distribution, l’entreprise nordiste ne partage pas l’avis de l’autorité. « L’Europe et le ministère de l’Agriculture nous encouragent depuis plusieurs années à nous regrouper en organisations de producteurs, ajoute Cathelain. Nos missions sont, certes, de faire de l’organisation, mais aussi de prévoir et vendre la production. Donc c’est aussi gérer l’offre et la demande, régulariser les prix à la production, et enfin anticiper et gérer les crises. Nous sommes sanctionnés pour faire notre boulot. »

L’autorité de la concurrence reproche également aux endiviers français la mise en place d’un « outil informatique d’échanges d’informations [.. ] utilisé comme support à une police de prix afin de s’assurer du respect de l’entente par les producteurs. » Selon elle, il permettait de centraliser en temps réel les prix pratiqués par les producteurs et de vérifier qu’ils étaient conformes à ceux décidés collectivement. En cas d’anomalies (écarts de prix), ils pouvaient se voir infliger des mesures de punition et de représailles. « Chaque organisation de producteur déclare le soir ou le lendemain le volume d’endives et le prix vendu dans la journée. L’outil informatique nous permet de recevoir l’information de nos ventes par rapport à nos concurrents, mais seulement 48h plus tard », contredit Michel Cathelain.

Sanctions vraiment limitées ?

Face aux difficultés financières rencontrées par le monde de l’endive, l’autorité de la concurrence assure que les amendes s’adaptent au cas par cas. « Les sanctions ont été baissées de 50 à 80% si les producteurs connaissent des difficultés de trésorerie » assure Yannick Le Dorze. La réalité est toute autre au “Marché de Phalempin” : « La condamnation qui nous est infligée correspond à 3% de notre chiffre d’affaire annuel. C’est du jamais vu dans l’histoire de l’autorité. » A titre comparatif, les 367 millions d’euros d’amende infligés aux géants de la lessive (Unilever, Protect&Gamble, Henkel et Colgate-Palmolive) fin 2011 correspondaient à hauteur de 1 à 1,5% du chiffre d’affaire des groupes concernés.

Pour l’heure, la décision risque « très probablement » d’être contestée en appel, selon Michel Cathelain. L’impact à la caisse « reste d’ailleurs limité pour les consommateurs », comme indique Yannick le Dorze.  « Depuis 10 ans, le prix moyen de l’endive sans emballage est de 0,66€ le kilo. Le prix de vente moyen au consommateur est de l’ordre de 2,20€ le kilo. Si on avait voulu se gaver, il n’y aurait pas cette différence là », conclut le directeur de “Marché de Phalempin”. Les jambons ne sont pas toujours ceux que l’on croit.