Soucis de transparence oblige, le ministère de la culture publie depuis 2016 la liste des groupes de presse qui bénéficient d’aides directes ou indirectes. Ces aides sont désormais consultables sur internet. Avant elles étaient soigneusement tenues secrètes par l’Etat. Mais alors, qu’est-ce que ces données révèlent-t-elles ? Décryptage.

Les aides publiques à la presse ne datent pas d’hier. L’aide postale remonte à la période révolutionnaire. La différence majeure entre hier et aujourd’hui repose sur trois objectifs majeurs : le développement de la diffusion, la défense du pluralisme, la modernisation et la diversification vers le multimédia des entreprises de presse. A savoir que le ministère de la culture distingue les aides directes (propres à la diffusion et au pluralisme) des aides indirectes (fiscales et sociales).

 

Top 10 des groupes de presse ayant reçu le plus d’aides directes en 2016

Ouest France arrive en tête avec 5 787 718 euros. C’est le premier quotidien de la presse quotidienne régionale dans le classement : Presse Océan et le Télégramme occupent la 9èmeet la 10èmeplace. Les quotidiens nationaux font aussi parti de ce classement. « Libé » se place en seconde position avec des aides directes s’élevant à 4 887 544 euros, suivi par « La Croix » avec 4 117 522 euros. Le journal « Le Monde » se retrouve en 6èmeposition.

Aides directes: késako ?

Le soutien à la presse peut prendre différentes formes: les aides directes et indirectes. Les aides directes comprennent: un tarif allégé des transmission par téléphone et par fac-similé, un tarif allégé pour la transport des journaux de la SNCF, aide à la diffusion de la presse française à l’étranger, subvention aux quotidiens nationaux dont les recettes publicitaires n’excèdent pas 25% des recettes totales et subvention aux quotidiens de province à faibles recettes de petites annonces. Les aides indirectes, quant à elles, concernent: les tarifs postaux préférentiels ; un taux de TVA allégé ; un dégrèvement fiscal pour les bénéfices provisionnés aux fins d’investissement conformément à l’article 39 bis du code général des impôts ; l’exonération de la taxe professionnelle.

La part des aides directes dans le total des aides reçues n'est pas la même selon les journaux. Nous nous sommes intéressés aux 10 organismes les plus aidés. Et les grands gagnants sont: Marianne et Ouest France avec 100% des parts. Le journal "La Croix" occupe la troisième place avec 95%.

Les aides au pluralisme réservées au format papier  

Le pluralisme de la presse est rattaché à la liberté d'expression notifiée dans l'article 11 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. Apparu au lendemain de la seconde guerre mondiale, le concept de pluralisme a connu son encadrement au milieu des années 1980 en France sous l'impulsion de la loi Fillioud (1982) destinée à limiter la concentration des entreprises de presse et à assurer leur transparence financière.

Cependant, la pluralité des acteurs n'est pas forcément synonyme de pluralité des discours. La définition de pluralisme a donc évolué comme la diversité des expressions de l'opinion. La diversité des supports a été reconnue depuis la création du statut de Service de presse en ligne (Spel), lors du vote de la loi HADOPI en 2009.

Pourtant, malgré les évolutions technologiques, les aides au maintien du pluralisme de la presse restent encore exclusivement réservées aux médias papier. "En continuant d’exclure les Spel du champ des aides au pluralisme, l’État refuse de prendre en considération l’évolution des usages des citoyens. Réserver les aides au pluralisme aux seuls journaux papier IPG, c’est estimer qu’ils permettent à eux seuls un accès à l’information pour tous les citoyens. Or, en niant l’importance du pluralisme de la presse numérique, les politiques publiques entravent l’accession à l’information d’une partie de la population notamment les plus jeunes mais également les citoyens aux revenus les moins élevés pour qui le coût d’acquisition du papier reste trop élevé", estime le syndicat de la presse indépendante d'information en ligne (Spiil).

En 2016, les organismes qui ont reçu le plus d'aides au pluralisme sont donc exclusivement "papiers". Avec en tête le journal L'humanité, Libération et la Croix. A noter que des hebdomadaires catholiques font aussi partie de la liste: Famille Chrétienne avec, la Vie ou encore Le Pelerin. Toutefois, les sommes restent dérisoires face aux trois premiers de la liste qui cumulent en tout: 8 916 731 euros.

Quand Google et Facebook s'en mêlent

Google a crée en 2013 un fonds doté initialement de 60 millions d'euros pour "l'innovation numérique de la presse" en France. Le 2 février 2013, François Hollande et le président du conseil d'administration de Google, Eric Schmidt ont signé un accord écrit (dont les termes n'ont jamais été rendus publics", comme l'explique Mediapart.

Le fonds qui devait initialement durer 3 ans a été reconduit pour 2016: il n'avait pas distribué la totalité des 60 millions d'euros prévus. Au total, le Fonds pour l'innovation numérique de la presse a distribué en 2016: 12 823 514 euros. Sur ce montant, on retrouve Matthieu Pigasse pour Les Inrocks (264 376 euros) ; le même Matthieu Pigasse et Xavier Niel pour L’Obs (179 117 euros), Courrier international (192 395 euros) et Le Monde (256 408 euros) ; Arnaud Lagardère pour Paris-Match (130 242 euros) et Europe 1 (316 584 euros) ; Patrick Drahi pour L’Express(237 705 euros), Libération (192 900 euros) et BFM-TV (243 590 euros et 119 395 euros) ; François Pinault pour Le Point (396 900 euros) ; Iskandar Safa pour Valeurs actuelles(517 252 euros) ; Bernard Arnault pour Les Échos (897 600 euros) et enfin Serge Dassault pour Le Figaro (189 297 euros).

Mais ce n'est pas tout. Dans un article Nicolas Becquet dénonçait les millions que Facebook versait aux grands médias français depuis 2016 en échange de contenu approprié à la plateforme: vidéos, Facebook Live, reportages à 360°,... Une méthode déjà utilisée par les médias américains.

« TF1, Le Figaro, Le Parisien ou les titres du groupe Le Monde font également partie des éditeurs qui touchent de l’argent pour produire des contenus vidéo pour Facebook. Et les sommes donnent le tournis, entre 100 000 et 200 000 euros par mois sur des périodes renouvelables de six mois, d’après les diverses sources interrogées. Sachant que la plupart des médias cités (liste non exhaustive) ont déjà reconduit une fois leur partenariat, on parle ici de millions d’euros distribués aux médias hexagonaux par Facebook. » pouvait-t-on lire dans l'article.