Lundi soir, à l’Agora de Metz-Nord La Patrotte, la fiscalité et les services publics
se sont invités dans la campagne des élections municipales. Fabien Gay,
sénateur communiste de la Seine Saint-Denis et président du média l’Humanité,
est venu défendre une certaine idée de la justice et de l’action.
Inaugurée en 2018, l’Agora regroupe sous un même toit une médiathèque du réseau
municipal, un centre social et un espace numérique. La médiathèque, largement fréquentée
par les familles, les scolaires et les associations du quartier, symbolise l’accès à la culture et
au savoir. Dans cet équipement pensé comme un espace de rencontre et de lien social, le
débat sur l’impôt prend une dimension concrète, car derrière les enjeux nationaux, il est
question de financement local et de proximité. Aux côtés de Jérémy Roques, tête de liste de
« Maintenant pour Metz », Fabien Gay est venu défendre la justice fiscale pour le bien des
services publics.
Ces derniers mois, le sénateur communiste de Seine-Saint-Denis originaire de Bordeaux s’est
fait remarquer. En juillet 2025, il a rendu public un rapport évaluant à 211 milliards d’euros
par an les aides publiques versées aux entreprises sans contrôle ni contreparties suffisantes.
Un chiffre qu’il a largement diffusé, notamment lors d’une intervention dans l’émission Les
Grandes Gueules sur RMC, en novembre dernier, où il dénonçait également le manque à
gagner lié aux héritages des grandes fortunes. Début 2026, Fabien Gay a reçu le titre de
Sénateur de l’année 2025 décerné par le magazine Challenges. Une distinction qui
récompense son travail parlementaire intense, notamment sur les questions économiques et
industrielles.
C’est le mot justice, tout le monde mais à égalité. Le problème que nous avons aujourd’hui, c’est qu’il y a une inégalité qui fait que les petits payent gros, et les gros payent absolument petit.
À Metz, il a repris son argumentaire en l’articulant autour d’un choix de société. Face aux
discours plaidant pour une baisse drastique des impôts, voire leur suppression, Fabien Gay
oppose un modèle fondé sur la solidarité nationale. Selon lui, l’impôt permet de garantir
l’accès aux soins, à l’éducation et à la culture, et constitue un pilier de l’égalité républicaine.
Il évoque l’exemple d’un proche soigné pour un cancer, rappelant que sans système de
protection collective, le coût des traitements aurait été prohibitif : « Pendant 6 mois, c’était
des rendez-vous réguliers à l’hôpital, des chirurgies qui ont coûté extrêmement cher, mais il
s’en est sorti car il avait une carte vitale. Si vous êtes à l’étranger et que vous affrontez la
même maladie, c’est d’abord la carte bleue et ça coûte plusieurs dizaines de milliers
d’euros. »
Tout le monde est contribuable.
Le sénateur insiste également sur l’idée que l’ensemble de la population contribue déjà, via
la TVA, impôt indirect payé par tous. « C’est l’impôt le plus injuste » insiste-t-il, « Et c’est le
premier impôt qui rentre dans les caisses de l’État. » Pour lui, le véritable déséquilibre se
situe au sommet de l’échelle des patrimoines. Il défend la taxe Zuckman, et l’instauration
d’un impôt minimal de 2% sur les fortunes dépassant 100 millions d’euros, ce qui représente
1687 foyers fiscaux. Pour l’élu, la progressivité fiscale actuelle s’interrompt précisément là
où commencent les très grandes richesses. Il cite notamment Bernard Arnault pour illustrer
les mécanismes d’optimisation fiscale : « au lieu de payer 45% d’imposition, il en paye, à la
fin, par tout un mécanisme de holding, 3,5 %, ce qui réduit drastiquement le taux
d’imposition. » explique-t-il. Sa solution première face au problème est d’étaler et de
multiplier les tranches de revenus dans le barème d’imposition.
Nous avons passé les 107 milliards de dividendes l’an dernier pour les seuls actionnaires du CAC 40.
Les multinationales sont au cœur de ses critiques. Fabien Gay souligne que « chaque
entreprise du CAC 40 possède en moyenne 63 filiales dans les paradis fiscaux » et dénonce
les mécanismes d’optimisation fiscale qui leur permettent de « se soustraire au taux
d’imposition normal ». Il prend l’exemple de Total Energies, qui « paye depuis plus de 12 ans
0 % d’impôt », tout en bénéficiant d’aides publiques et en versant des dividendes records
aux actionnaires. Pour lui, le problème ne réside pas seulement dans le niveau d’imposition,
mais aussi dans l’absence de contrôle sur l’utilisation des fonds publics et les conséquences
sociales, comme les licenciements dans les territoires.
Imposer la justice fiscale
Fabien Gay conclut en soulignant l’urgence d’agir et plaide pour « une grande réforme de la
fiscalité qui s’attaque surtout à ces pratiques insupportables pour le plus grand nombre et
qui pénalise évidemment l’ensemble des habitants ainsi que les services publics ».
À Metz-Nord, quartier populaire marqué par des décennies de rénovation urbaine, la
question de l’utilisation de l’argent public est essentielle. Dans un équipement comme
l’Agora qui incarne l’action publique, le lien entre fiscalité nationale et marges de manœuvre
locales devient tangible.
En invitant Fabien Gay, Jérémy Roques assume un positionnement clair pour l’ouverture de
sa campagne : faire de la défense des services publics messins le prolongement d’un combat
plus large contre les inégalités. Reste à savoir si ce cadrage fiscal, applaudi par une salle
largement acquise, trouvera un écho au-delà du cercle des sympathisants et s’imposera dans
la bataille des élections municipales.