Vimy, petite ville du Nord-Pas-De-Calais, héberge le plus grand mémorial canadien en Europe. Un monument imposant qui marque la naissance d’une nation et qui signe la coopération entre le Canada et  la France.

« Parler de guerre en temps de paix plutôt que l’inverse »

Le 11 novembre célèbre les morts de la Grande guerre, pourtant certains n’attendent pas ce jour pour le faire. Philippe Martin, président de l’association ‘Les amis du monument canadien’ illustre le lien entre Devoir et Emotion au quotidien. Rencontre.

L’allure robuste, Philippe Martin n’a pourtant rien d’un colosse comme ceux du bel édifice qui siège fièrement sur la crête de Vimy. C’est avec sensibilité et beaucoup d’humilité qu’il se dévoue pour ces deux tours, pour ce symbole d’une nation qui n’est même pas la sienne. « Vous comprenez, c’est pour honorer les canadiens qui sont morts pour nous ». La soixantaine approchant, l’homme n’a connu la guerre que de loin. Son grand-père. « La raison qui m’a poussée à être dans cette association, c’est lui ». Certains ont le souvenir de leurs grands-parents racontant la Grande guerre, d’autres n’ont pas eu cette chance. C’est ainsi qu’il se retrouve à prendre la suite de Mr Corny, l’ancien président, en 2004.

Ferveur du temps révolu

Depuis, c’est l’escalade. Il s’acharne, s’obstine, part à la recherche de la moindre trace liée à Vimy. Il aime la mission qu’il s’est choisie. Il est passionné. 40 ans d’amour pour cette ville du Nord-Pas-de-Calais ont nourri sa curiosité. Sa soif de savoir les détails infimes de la bataille d’Arras n’a pas été étanchée. « Je me plais à dire qu’il faut parler de guerre en temps de paix plutôt que l’inverse ». L’histoire de son association est indissociable de l’émotionnel. Dans son bureau minuscule, Philippe Martin recèle des trésors cachés : des dons sans valeur si ce n’est celle du cœur, des livres, des journaux vieillis, des tas d’histoires. Des anecdotes qui l’émeuvent. « Vous voyez ce médaillon avec le monument gravé ? Un homme l’a trouvé aux puces à Paris. Il me l’a envoyé. Sans le savoir, cet homme m’a envoyé le médaillon qui avait été volé au directeur du site, il y a de cela des années ! ».

Au nom de la mémoire collective

Pourtant, Philippe Martin regrette souvent de n’avoir que peu de moyens pour améliorer la vie du site. Il vend des livres, des documents exclusivement liés au passage des canadiens ici. Il se refuse de parler de « souvenirs ». « L’association n’est pas une boutique de musée. Tous les fonds sont intégralement reversés au site, pour sa restauration et son amélioration ». L’homme raconte que Vimy, c’est un patrimoine à conserver. La première guerre mondiale commence à dater dans la mémoire collective. Les générations s’égrainent. Les survivants ont disparu. Mais, ce désir de s’accrocher au passé persiste encore. « La nouvelle génération est encore réticente du côté français. Mais au Canada, Vimy est un symbole fort. D’ailleurs, tous nos guides sont des étudiants canadiens ». Cette collaboration franco-canadienne les enrichit. Français et Canadiens, une fois de plus, côte à côte, pour ce devoir de mémoire.

[toggle title=”L’association”]

Les Amis du monument canadien

Créée par Mr Corny, elle est dirigée par M. Philippe Martin. L’association compte une centaine de membres d’origines diverses. Pourtant, aucun des membres n’est descendant canadien. L’association compte à son actif beaucoup de retraités et de Vimynois. Aucune permanence n’est officielle, mais le groupe possède un petit local dans l’enceinte du monument à quelques pas du poste administratif du gouvernement canadien. Bénéficiant de ce lieu, l’association n’a pour autant que très peu de possibilités de financement. Son but est l’amélioration du site pour le passage des visiteurs. Leurs moyens se limitent à la vente de produits liés au monument canadien. Ni boissons, ni goodies ne sont proposés. Seuls des documents collectant des archives sur le lieu peuvent être à la vente. Une démarche qui se veut essentiellement historique.

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