Elles communiquent beaucoup, sans passage à l’acte. Peu d’enseignes de prêt-à-porter sont transparentes sur l’acheminement et la fabrication de leurs fournitures. Il existe pourtant, à Metz, plusieurs entreprises qui ont de bonne foi sauté le pas de l’économie durable. Suffisant pour s’habiller éco-responsable ?

La mode éco-responsable, c’est quoi ?

L’industrie textile conventionnelle connait plusieurs écueils. 1, le non-respect des règles d’hygiène et de sécurité par la majorité des fournisseurs (notamment asiatiques). 2, l’acheminement des fournitures par des porte-conteneurs. 3, l’utilisation de colorants polluants. 4, l’utilisation de coton, dont la culture conventionnelle demande d’importantes quantités d’eau, d’insecticides et d’herbicides.

Une mode éco-responsable, c’est une mode qui limite ces écueils ou s’émancipe complètement du schéma classique :

  • en fabriquant à proximité de son marché (pour nous, consommateurs français, en France ou en Europe),
  • en appliquant les principes du commerce équitable si les matières premières ne viennent pas d’Europe,
  • en utilisant des fibres naturelles : chanvre, coton biologique ou lin (dont la France est l’un des plus grands producteurs mondiaux).

A noter, l’achat de vêtements éco-responsables ne se substitue pas à des comportements respectueux : donner ou recycler ses vieux vêtements, et acheter moins souvent mais de meilleure qualité.

[toggle title=”Quels sont les labels et certifications ?”]
Label Max Havelaar/ Fairtrade

Le label Max Havelaar est conjoint à une marque. Tout produit dépositaire de l’appellation « Max Havelaar » est garanti commerce équitable selon un cahier des charges international stric établi par la Fairtrade Labelling Organization.

Le référenciel Global Organic Textile Standard (GOTS)

Plus qu’un groupe, GOTS est une référence en matière de label biologique. Pour être certifié conforme au référenciel GOTS, il faut remplir un cahier des charges extrêmement précis : 70% du textile doit être biologique, les produits chimiques utilisés, le système de production et de transformation, etc tout doit être respectueux de l’environnement. En France, le groupe Ecocert s’occupe de la certification.

Groupe Ecocert

Le groupe Ecocert est un organisme de contrôle et de certification qui expertise notamment dans le domaine de l’agriculture biologique et de la protection de l’environnement. Il délivre ainsi un label Ecocert qui certifie que le produit est bien conforme à toutes les caractéristiques d’un travail biologique et respectueux de l’environnement.

Règlement européen REACH (Enregistrement, Evaluation et Autorisation des produits chimiques)

Il s’agit d’un règlement lancé par le Parlement Européen et le Conseil de l’Union Européenne, entré en action en juin 2007 et qui met en place un ensemble de règles afin de préserver la santé humaine et l’environnement contre les risques liés à l’utilisation des produits chimiques. Concrètement, chaque industriel doit enregistrer auprès de l’Agence Européenne des Produits Chimiques, les substances chimiques qu’il utilise dans le processus de fabrication. Celles qui sont jugées trop dangereuses sont soumises à autorisation ou au contraire, à restriction. Dans ce dernier cas, l’industriel n’a plus le droit d’utiliser le produit.

Label OEKO-TEX standard 100

il s’agit d’un label indépendant originellement allemand. Le label étudie la composante des textiles tout au long de la chaîne de fabrication au niveau de la dangerosité des produits. Plus le textile est en contact avec la peau, plus les critères sont stricts. Si le produit est « propre » – du fil à coudre au fermeture éclair par exemple – il bénéficie du label certifié OEKO-TEX.

La Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE)

La Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) est un concept mis en place par plusieurs agences intergouvernementales notamment les Nations Unies et l’OCDE. Selon la définition du Ministère de l’Ecologie, du Développement Durable et de l’Energie, il s’agit de la contribution des entreprises au développement durable. Celle-ci est consignée dans un rapport que certaines entreprises proposent de consulter en ligne. Dans ce rapport, on peut retrouver tout ce que l’entreprise met en place pour la protection de l’environnement, l’aide sociale, etc.
[/toggle]

Des enseignes répondent-elles vraiment à ces critères ?

Sont écartées de cette enquête : les marques d’habillement pour enfants et les magasins de textiles de maison, pas représentatives. Sont écartées également les marques qui ne font aucun vêtement éco-responsable ou uniquement à titre très occasionnel. Enfin, nous n’avons pas non plus étudié les espaces multi-marques comme les Galeries Lafayette. Sont étudiées : les marques qui attestent dans leur charte s’inscrire dans une logique éco-responsable.

Armor Lux

france flag

_Pas toute sa production_

La marque de bonneterie bretonne, créatrice de la célèbre marinière 100% française portée par Arnaud Montebourg en Une du Parisien en 2012, annonce fièrement que ses usines sont implantées en France. Il est vrai que l’entreprise comprend trois usines hexagonales : deux en Bretagne et une à Troyes.

Il faut néanmoins prendre avec des pincettes le raccourci Armor Lux = made in France. Seulement 40% de la production de la marque se fait effectivement sur le territoire. Les produits en question ? Ceux qui ont fait l’image de la marque : les marinières et les maillots de corps. Le reste de la production (parkas, pantalons, etc) provient d’Asie et du Maghreb. L’ancien ministre du Redressement Productif était donc de bonne foi.

Tenons compte cependant qu’Armor Lux possède le label Max Havelaar et est certifié Ecocert pour une partie de sa gamme.

Petit bateau

_Pas du tout_

La plus célèbre des marques de sous-vêtements et de tee-shirts en coton, estampillée « Savoir-faire français depuis 1893 », n’est pas la meilleure élève en matière d’éco-responsabilité. En effet, selon une enquête du magazine Que choisir ? datant de 2013, la majorité de la production Petit Bateau – dont les fameuses petites culottes, tee-shirts et bodies pour enfants – est fabriquée au Maghreb. Toujours selon le magazine, il est possible de chiffrer cette part à 80%.

Et pas de certification éco-responsable. Petit Bateau écrit oeuvrer pour le développement durable et posséder une industrie « propre » sans plus de précision.

Zara et Bershka

_Pas du tout_

Ces deux marques, appartenant au même groupe espagnol Inditex, ne sont pas les championnes en matière de transparence. L’une comme l’autre écrivent noir sur blanc utiliser du coton bio pour « certains de ses vêtements ». Impossible de quantifier cette part de la production, d’autant plus que le coton prétendument bio utilisé n’est certifié ni par Ecocert, ni selon les standards GOTS.

Le groupe se targue aussi de transporter au maximum sa production par voie autoroutière en utilisant « 5% de biocarburant ». Selon lui, cela réduirait ses émissions de gaz à effet de serre de 500 tonnes. En outre, il finance certains projets luttant contre la déforestation. Un engagement très limité compte tenu de la puissance du groupe.

H&M

_Peut mieux faire_

La célèbre marque suédoise low-cost a lancé en 2011 sa première ligne Conscious utilisant du lin et du coton biologique. Dans ce cadre, H&M a intégré le programme Better Cotton Initiative lancé par WWF en 2004 et qui tend à améliorer l’impact social et environnemental de la culture du coton. La marque utilise ainsi 21% de coton biologique et 14% de chanvre biologique, de laine recyclée et de Tencel – une fibre obtenue à partir du bois. Néanmoins, la collection Conscious n’est pas labellisée. Dernière information, H&M produit l’intégralité de ses vêtements et accessoires – même Conscious – en Asie.

Ekyog

_70% bio au moins_

Ekyog est une marque rennaise lancée il y a 10 ans. Considérée comme une marque « verte », tous ses produits sont labellisés GOTS (une part est même 100% biologique). La marque ne possède pas le label Max Havelaar mais répond aux critères GOTS en matière de commerce solidaire. Enfin, elle est certifié OEKO TEX. Ekyog correspond donc effectivement à la marque la plus verte de notre enquête.

Point noir pour la marque : tout est produit en Asie et au Moyen-Orient. Elle respecte cependant la réglementation du travail à l’international (salaires décents, horaires, etc).

C&A

_Peut mieux faire_

La marque est une pionnière en matière production en coton biologique avant de devenir en 2014 le plus gros importateur de coton biologique selont Textile Exchange. Ainsi, 40% de sa production de vêtements en coton est issue de l’agriculture biologique, part certifiée selon le référenciel GOTS. C&A tend également à faire passer ce chiffre à 100% à l’horizon 2020.

Le point noir reste encore une fois une production intégralement délocalisée, principalement en Chine et au Bangladesh. Lors de l’effondrement de l’immeuble du Rana Plaza dans la capitale bangladaise en 2013, la marque a été fortement critiquée suite à la découverte d’une quantité astronomique de ses vêtements dans les décombres. Depuis lors, la marque a ratifié un accord sur la sécurité de ses salariés dans le pays.

Brice, Jules et Bizzbee

_Pas exemplaire mais transparente_

Ces trois marques de prêt-à-porter pour homme, détenues par le groupe Happychic et partie intégrante de l’association familiale Mulliez (détentrice d’Auchan), travaillent sous les critères européens REACH en matière de propreté des produits utilisés dans l’ensemble de la production. Bizzbee et Jules ont obtenu en 2012 et 2013 le label GOTS pour une petite part – non communiquée – de leur gamme.

En outre, Happychic tend à réduire son empreinte carbone en utilisant le transport par bateau à hauteur de 63% en 2014. Enfin, le groupe publie chaque année son rapport RSE.

Mango

_Pas du tout_

La marque espagnole n’est pas particulièrement transparente sur sa politique en matière d’éco-responsabilité. Elle aurait tenté des actions mais il n’en existe aucune preuve aujourd’hui : ni gamme bio, ni RSE, ni engagement particulier en matière de développement durable. Son seul fait d’arme est d’avoir été labellisée « Made in green » par le label OEXO TEX en 2010.

Lors de la polémique du Rana Plaza, la marque avait soutenu ne pas sous-traiter au Bangladesh tout en admettant avoir commandé des échantillons à des entreprises locales, ce qui avait soulevé une vague de protestations sur les réseaux sociaux.

La Fée Maraboutée

euroflag

_Peu engagée mais européenne_

Le statut de la Fée Maraboutée est un peu à part. La marque produit quelques vêtements biologiques non-certifiés mais ne présente pas d’engagement particulier que ce soit en matière de développement durable ou de commerce équitable. Néanmoins, sa production est à 95% européenne dont 85% vient d’Italie.

Benetton

_Pas exemplaire mais transparente_

Elle s’est engagée depuis quelques temps auprès de Greenpeace afin de réduire son impact écologique. Pour l’instant, elle se cantonne à ne plus utiliser de plastique pour ses sacs et ses cintres ainsi qu’à plancher sur un moyen de réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Et 30% de sa gamme enfant utilise du coton biologique, certifiée GOTS.

Benetton remporte toutefois la palme de la traçabilité : si elle produit tout en Asie et en Afrique du Nord, l’intégralité de ses fournisseurs est affichée sur son site (identité sociale, localité…).