Grâce au centre Pompidou-Metz (CPM), la capitale de la Lorraine (130.000 habitants) espère devenir une plate-forme culturelle au coeur de l’Europe à l’égal de ce qu’a permis à Bilbao (Espagne, 350.000 habitants) le musée Guggenheim d’art contemporain.
Ovni architectural conçu par le Japonais Shigeru Ban et le Français Jean de Gastines, le CPM doit servir de moteur au développement économique de Metz, toujours perçue comme une ville de garnison froide et inhospitalière, ce qu’elle fut, et comme une cité industrielle noircie par les suies de la sidérurgie, ce qu’elle n’a jamais été.


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Pour le maire (PS), Dominique Gros, Pompidou-Metz, c’est d’abord la première décentralisation d’un grand musée national, une « défaite des jacobins de la culture »:

 

 

Depuis sa mise en service en 1997, l’antenne du Guggenheim de New York imaginée par l’Américain Frank Gehry à Bilbao a transformé en moins de dix ans la vieille capitale industrielle de la Biscaye en cité moderne et cosmopolite. Avec 4.500 emplois directs créés et, chaque année, quelque 900.000 visiteurs et entre 180 et 230 millions d’euros de retombées pour l’économie régionale, le « Guggen », navire de titane amarré aux berges du Nervion, « a ressuscité la métropole d’Euskadi », selon son directeur, Juan Ignacio Vidarte:

 

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Le musée Guggenheim de Bilbao

Pour autant, le « miracle basque » va-t-il se reproduire en Lorraine, l’une des régions françaises les plus durement touchées par la crise? Jean-Marie Rausch, qui a porté le projet du CPM lorsqu’il était maire (1971-2008), en est persuadé: « Pompidou va marcher formidablement et changer radicalement l’image de Metz et de la Lorraine non seulement en France et en Europe mais dans le monde », affirme-t-il en anticipant quelque 400.000 visiteurs annuels alors que les prévisions officielles les plus optimistes tablent sur seulement 250.000 touristes.

Pièce-maîtresse d’un ambitieux programme de requalification urbaine conduit sur 50 hectares par l’architecte-urbaniste Nicolas Michelin, le CPM veut s’adresser à un public européen, au coeur d’une région démographiquement dense incluant la Sarre et la Rhénanie-Palatinat allemandes, le Grand-Duché du Luxembourg et une partie de la Belgique. Cet élan touristique et commercial est attendu par les responsables économiques locaux. Pour Benoît Mercier, président des Caisses d’Epargne de Lorraine, Pompidou va placer Metz et la Lorraine en tête des régions d’Europe:

 

 

“L’offre culturelle est devenue un facteur incontournable de développement d’une ville ou d’un territoire”, estime Antoine Fonte, adjoint à la culture, en détaillant le fourmillement de projets de sa ville, parmi lesquels une étonnante salle des musiques actuelles de 1.200 places.

 

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“Dans une Lorraine en pleine reconversion, le CPM, qui a été construit en lisière du centre-ville et à proximité immédiate du TGV qui nous met à 80 minutes de Paris, renforcera la mutation de la ville vers le tertiaire et les services”, ajoute-t-il.

 


 

 

« Metz n’est ni la première ni la dernière ville à vouloir ré-éditer le miracle basque », lui répond Emmanuel Lebeau, de l’opposition municipale. Le Guggenheim a en effet essaimé à Berlin et à Venise pour y vendre sa marque et y louer ses collections à des partenaires territoriaux. « Cette filialisation répond à une logique mercantile qui, ici, ne pouvait pas être suivie par un musée public », remarque M. Lebeau en ajoutant:



“Metz et la Lorraine disposent d’un patrimoine culturel étonnant mais jusqu’à récemment, seuls les Lorrains le savaient », souligne pour sa part Philippe Buron-Pilâtre, vice-président du Conseil économique et social de Lorraine. « Pompidou apparaît comme un moyen exceptionnel de +faire voir+ Metz au monde et de l’accoucher dans la modernité. A conditions de savoir vendre le centre, ajoute-t-il.




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