Le 23 février, le rappeur Médine a indiqué qu’il portait plainte contre la députée LREM Aurore Bergé, qui l’a récemment qualifié de « rappeur islamiste ». Cette dernière s’insurge de son invitation en 2017 par l’ENS ainsi que de son morceau « Don’t Laïk ». Pourquoi ces accusations sont hors de propos ? Explications.

Cogner sur un rappeur, pour un politique qui recherche la lumière, est une pratique assez courante. La dernière à avoir tenté sa chance est Aurore Bergé, élue LREM. Surfant sur la polémique actuelle de « l’islamo gauchisme », qui gangrènerait les universités, la députée s’est faite remarquée sur LCI :

Face à un Jean-Michel Aphatie totalement complaisant, Aurore Bergé qualifie Médine de « rappeur islamiste, qui disait qu’il fallait tuer les laïcards. Est-ce légitime que l’ENS donne la parole à celui qui appelle au meurtre ? » Suite à ces déclaration, l’artiste a décidé de porter plainte pour diffamation. « C’est la fois de trop. Ils ne prennent pas le temps d’écouter les morceaux. Je veux montrer à ceux qui subissent de fausses accusations, que l’on peut agir et dire stop c’est terminé. Elle me colle une idéologie qui n’est pas la mienne » a confié le rappeur sur Médiapart.

Effectuons le travail à la place d’Aurore Bergé. Écoutons le morceau « Don’t Laïk » et regardons son intervention à l’ENS : Don’t Laïk, rempli d’oxymores et d’ironie, dénonce le laïcisme dont est victime la laïcité. À la fin du morceau, cette dernière, personnifiée par Marianne, est exorcisée pour la déposséder de ses « démons » :

Que le mal qui habite le corps de Dame Laïcité prononce son nom

Je vous le demande en tant qu’homme de foi :

Quelle entité a élu domicile dans cette enfant vieille de 110 ans ?

Pour la dernière fois ô démons, annoncez-vous ou disparaissez de notre chère valeur.

Nadine Morano, Jean-François Copé, Pierre Cassen et tous les autres, je vous chasse de ce corps et vous condamne à l’exil pour l’éternité.

Vade retro satana

Médine – Don’t Laïk (2015, DinRecords)

Don’t Laïk est donc bien un hymne à la laïcité, dans sa définition stricte. Si la provocation est indéniablement présente, une lecture attentive aurait évité tout amalgame de la députée.

Lors de l’intervention du rappeur à l’ENS, le titre polémique avait été évoqué : « Les auditeurs de rap et les médias spécialisés n’ont pas été choqués. Ils comprennent ces écritures, ces jeux de mots provocants » expliquait Médine. 

On colle l’étiquette de rappeur islamiste à Médine depuis 2005 et son album « Djihad ». Souvent en oubliant de dire que le titre est complété par « le plus grand combat est contre soi-même » et que ses textes alarment sur les dangers de la radicalisation.

“Islamo-Gauchiste”, “Islamo-Caillera”, ces termes, accaparés depuis longtemps par l’extrême droite, sont désormais repris par les macronistes, dans une volonté de stigmatiser et caricaturer une partie de la population. Mais lorsque qu’un rappeur d’origine musulmane ose reprendre ces mêmes expressions pour les tourner en dérision, des élus s’offusquent. Ils sont pris alors à leur propre piège. L’esprit satyrique qu’on autorise à Charlie Hebdo, Brassens ou Renaud n’est visiblement pas permis à Médine. La tolérance semble être à géométrie variable lorsqu’elle sert l’agenda politique.

Restez dans l’entre-soi médiatique, en vrai c’est vous les vrais communautaristes

Médine – Voltaire (2020, DinRecords)

Benjamin Cornuez