Avec son deuxième film “Fleur jumelle”, la réalisatrice italienne Laura Luchetti redonne un visage humain à la crise migratoire. Rencontre au Festival de Villerupt.

“Une histoire d’amour impossible qui va vite devenir indispensable”, c’est ainsi que la réalisatrice Laura Luchetti décrit son deuxième film. Lauréat du prix jury jeune au Festival du film italien de Villerupt, Fiore Gemello raconte un morceau des vies d’Anna et Basim, leur rencontre, la naissance de leur amitié, puis de leur amour. Une rencontre qui n’aurait jamais dû se faire entre ce migrant ivoirien récemment arrivé en Sardaigne et cette fille de trafiquant. Tout les oppose et pourtant, Anna et Basim vont s’apprivoiser et se découvrir.

Entre poésie…

Le dialogue est très peu présent dans ce film. Anna, qui a visiblement vécu un moment traumatisant, est murée dans le silence. Ce mutisme n’empêche pas les deux adolescents d’être liés. Malgré des parcours, des cultures différentes et la barrière de la langue, ils se comprennent et se protègent. Ils perdent leur innocence et tentent de la recouvrir ensemble. Ils sont “à la conquête de leur futur”, selon les mots de Laura Luchetti.

Les sens restent en éveil, les sons sont amplifiés, l’image est tout simplement belle. Les protagonistes, incarnés par deux acteurs débutants, sont sublimés. La Sardaigne tient clairement le second rôle – mention spéciale au directeur de la photographie. “Elle protège les deux adolescents mais inquiète également”, souligne la réalisatrice.

… et réalité

Mais cette poésie est empreinte d’une violente réalité. D’une part, l’histoire du film est inspirée de faits réels. Nombre de jeunes Africains ont

Laura Luchetti, réalisatrice du film “Fiore Gemello” (Photo: Anne Damiani)

atterri sur le sol sarde depuis quelques années et tentent tant bien que mal d’exister. Le récit d’une jeune fille fuyant le Sud de l’Italie avait fait grand bruit dans le pays. Deux histoires en parrallèle qui ont touché Laura Luchetti et qu’elle a décidé de mélanger.

D’autre part, les acteurs eux-mêmes ont eu des parcours forts. Kallil Kone, qui tient le rôle de Basim, a immigré de Namibie à peine quatre mois avant le début du tournage. Il a vécu quelques temps dans un camp de migrants avant d’être repéré lors d’un casting sauvage et attend toujours ses papiers. Anastasyia Bogach, qui joue Anna, est quant à elle arrivée d’Ukraine à 4 ans. “Même si elle est bien intégrée maintenant, elle a le même vécu”, explique la cinéaste.

La réalité, c’est aussi la crise migratoire qui secoue l’Italie depuis plusieurs années. Face aux questions sur l’élection des populistes en juin dernier, la réalisatrice rappelle tout de même qu’elle “reste fière de son pays, qui a accueilli le plus de migrants en Europe”. Mais elle tient à garder son rôle “d’observatrice sentimentale et instinctive”.

 

Anne Damiani & Thomas Bernier