A l’occasion du salon de l’érotisme au parc des expositions de Metz, les 11 et 12 octobre, l’équipe de Webullition a rencontré Jocelyn “Virgil” Quesne, cofondateur et directeur artistique d’Eropolis. Ancien strip-teaseur, il effeuille les raisons qui l’ont amené à embrasser cette carrière.
Il y a encore quelques années, vous étiez strip-teaseur. Etait-ce une vocation ?

“Après un parcours universitaire en philosophie, j’ai travaillé pendant quelques années dans la finance. C’est à ce moment là que j’ai vu à quel point ce genre de métiers pouvait rendre malade, mais vraiment malade. Les gens passent leur temps à s’entretuer et par la même occasion, à se tuer eux-mêmes. Relativement tôt, j’ai compris que cette société de décadence est vraiment criminelle. Les gens sont malheureux, stressés et finissent par faire des cancers. J’ai alors ressenti le besoin de m’exprimer, de m’extérioriser. C’est ainsi que j’ai commencé à faire du strip-tease.”

Jocelyn Virgil Quesne
Jocelyn “Virgil” Quesne, cofondateur et directeur artistique du salon de l’érotisme Eropolis.

Peut-on alors dire que le strip-tease a eu un effet libérateur sur vous ?

“Quand j’ai commencé le strip-tease, j’avais une trentaine d’années. Je pratiquais déjà certains arts comme la peinture et la musique. Mais ce sont des arts coincés. Le strip-tease est, quant à lui, une réelle forme d’expression lorsqu’il est pratiqué avec beaucoup de générosité. Et comme tout art, il permet d’exprimer des affects. Le strip-tease se joue en “live”. Il faut alors être un vrai acteur et réussir à chasser sa pudeur. C’est en quelque sorte une thérapie pour évoluer. Il est très important d’accepter son corps tel qu’il est, car comme le disait Albert Camus, et à juste titre, “même humiliée, la chair est ma seule certitude”.

Désormais, vous avez délaissé le strip-tease pour passer de l’autre côté de la scène. Pourquoi ?

“J’ai été plusieurs fois champion du monde de strip-tease : 1999, 2001 et 2002. Je pense avoir fait mon temps. Si j’ai arrêté, ce n’est pas forcément à cause de mon âge, même si je ne suis plus tout jeune. Il suffit de voir que l’on a une strip-teaseuse dans nos salons qui a 42 ans et qui est encore l’une des meilleures en Europe. C’est une très belle femme. La beauté n’est pas une question d’âge, mais l’éclat du vrai. Mais avec mon épouse, nous voulions faire autre chose. Nous avons constaté qu’il n’existait pas de salons en France. Alors, avec un couple d’amis qui travaillaient dans l’événementiel, nous avons décidé de créer Eropolis.

Quelle est l’opinion des gens vis-à-vis du strip-tease ? 

“En Allemagne, en Belgique, en Hollande, les strip-teaseurs et strip-teaseuses sont vraiment des références médiatiques. En France, ce qui est très populaire, ce sont les stars du X. Nous essayons de montrer aux gens qui viennent aux salons que le strip-tease, c’est avant tout de l’art. Nos artistes réalisent de réelles performances d’acteurs. Ce ne sont pas des gens de la télé-réalité qui recherchent le scandale. Ceux-là, on n’en veut pas car, aux yeux des français, le salon de l’érotisme est déjà un scandale. Nos danseurs et danseuses sont talentueux et intelligents. Certains ont même fait de grandes études. J’ai eu, une fois, une fille qui avait un doctorat en économie et une autre qui était en 6ème ou 7ème année de médecine. “

Comment vous projetez-vous dans quelques années ? 

“S’occuper des salons est physiquement très fatigant. Dès que l’on termine un week-end, on remet ça 15 jours après. Donc là, dans un avenir proche, je vais dormir. Même si cette activité me rend heureux car elle me permet de vivre correctement mais aussi de donner du plaisir aux gens, je ne désire pas organiser ces salons toute ma vie. Je pense confier la suite à mes enfants. Ils travaillent déjà avec nous sur les salons et donc connaissent très bien ce milieu. Ils apporteront alors des idées nouvelles et c’est très bien comme ça. De mon côté, j’aimerais vivre d’autres affects et en livrer d’autres avant de mourir”.