“Interstellar”, dernier blockbuster du réalisateur Christopher Nolan sorti en salles depuis deux jours, divise déjà la critique. Pour certains, c’est une révélation cinématographique. Pour d’autres, du grand n’importe quoi. Nous sommes allés vérifier par nous-même.

Pour comprendre “Interstellar”, il faut avoir lu le script. Le monde n’existe plus tel que nous le connaissons. Il n’existe peut être plus tout court, tout ce qu’on en voit dans le film de Christopher Nolan sont les Etats-Unis. La Terre ne produit plus ou presque de nourriture. Elle se recouvre peu à peu de poussière qui étouffe ceux qui la peuplent encore. Des six milliards d’habitants du Monde, il ne semble rester que les Américains. On nous parle vaguement de l’Inde et de ses drones en orbite depuis dix ans mais pas grand chose de plus. Cooper (Matthew McConaughey) est un ancien pilote et ingénieur qui aujourd’hui, fait le même travail que tout le monde : agriculteur. L’important dans ce monde-ci est de se nourrir. L’école n’est plus qu’un lointain souvenir. L’histoire a été réécrite. La technologie n’existe plus. Mais un jour, Cooper est appelé pour piloter le vaisseau de la mission de la dernière chance : la NASA pense avoir trouvé la solution pour sauver l’humanité. Pour cela, il faut se rendre dans une autre galaxie et voir si les autres planètes sont vivables.

Le pitch peut paraître peu original : les humains se sont auto-détruits et maintenant, il leur faut conquérir d’autres mondes. Mais le traitement qu’en fait Nolan est extrêmement compliqué. Le film oscille entre réflexion métaphysique, humanité en perdition, transcendance de l’amour filial, patriotisme et bon vieux film de SF. Et c’est cette oscillation qui alourdit le film et perd peu à peu le spectateur. Il est très difficile d’expliquer les 2h50 qui composent “Interstellar” à quelqu’un qui n’a pas vu le film. Il faudrait alors faire un choix entre toutes ses facettes. Cela serait réducteur et ne rendrait pas justice à la soupe qu’a créé Nolan.

Interstellar, le gloubi-boulga de références

On retrouve dans Interstellar plusieurs références à d’autres films et genres. Le héro, Cooper est un héro à l’ancienne, du genre qu’on ne fait plus. Capable de s’oublier pour le bien des autres, quite à laisser sa famille pour sauver le monde. C’est un héro triste qui tente de vivre dans un monde qu’il ne reconnaît pas, un peu comme un cow-boy de vieux western. Cooper sait tout faire, entre aimer ses enfants plus fort que tout, et s’amarrer à pleine vitesse à une station spatiale en orbite alors que d’autres ont échoué.
Quelques références à Kubrick et à son très célèbre “2001 : l’Odyssée de l’espace” se glissent également notamment dans l’utilisation que fait Nolan de la musique. Comme dans la scène du singe découvrant un outil, “Interstellar” est peuplé de séquences lyriques où la musique prend toute la place…parfois un peu trop. Saluons néanmoins le travail du compositeur Hans Zimmer, qui habite le film et occupe quasiment chaque seconde de chaque image.
D’autres détails plus étonnants sont empruntés cette fois à d’autres films de sciences-fictions. Il y a quelque chose de “Star Wars” de Georges Lucas, dans la relation qu’entretien Cooper avec deux robots-blocs qui font de l’humour et aiment les humains. Un peu comme Han Solo et Chewbacca ou encore Luke Skywalker et CP3O/R2D2. Plus surprenant, le film emprunte à certains moments à “Retour vers le futur” de Robert Zemeckis.

Bref, le film emprunte certaines pattes à d’autres qui ne fonctionnent pas toujours ici. “Interstellar” se veut scientifique. Nolan ne cherche jamais à vulgariser des termes incompréhensibles pour le spectateur lambda du type  “le trou de ver est une sphère parce qu’en deux dimensions, il cherche à faire se rejoindre A et B”. Mais, à la façon des mangas des années 90, il cherche à expliquer les actions par des tirades improbables. Exemple parmi d’autres: “Ce n’est pas un fantôme, c’est la gravité. C’est un code binaire. Ces lignes sont des coordonnées.”

Mais “Interstellar” a quelques points positifs : il est une merveille visuelle. Jeux de lumières et d’ombres. Superbes images de synthèses. Décors plus vrais que nature. L’espace n’a jamais semblé si réel.

Chapeau également au jeu des acteurs. Enfin, surtout celui de Matthew McConaughey qui porte le film dans toute sa durée. Triste, le sourire aux lèvres, le regard illuminé, l’acteur épouse complètement le personnage. Et il a du mérite car il a l’air convaincu lorsqu’il doit réagir, suspendu dans le vide, à cette tirade déjà culte ” Cooper, les êtres du bulk referment le tesserac.” Il y croit quand il lance  “c’est l’amour qu’elle me porte qui fait qu’elle trouvera l’équation qui sauvera l’humanité“. Il est difficile de parler des autres personnages, ils ne sont qu’esquissés.

Bref, “Interstellar” est un film ambitieux, alourdi par ses faiblesses et par la volonté de Christopher Nolan d’en faire un grand film intellectuel. À la sortie de la séance, personne n’a su dire s’il avait vraiment apprécié le voyage dans une autre galaxie.