Le film, hors compétition au festival de Cannes sort sur nos écrans. Il fait le choix d’un sujet compliqué : l’autisme, du point de vue des associations. Cette fiction tirée d’une histoire vraie est portée par un duo d’acteurs plus vrais que nature (Vincent Cassel et Reda Katheb) et de réalisateurs complices (Eric Toledano & Olivier Nakache). Hors Normes est une comédie dramatique qui fait du bien hors des clichés.

Une comédie sur l’autisme. On a du mal à y croire, ou même à le concevoir. C’est pourtant ce à quoi s’est attaqué le duo de réalisateurs maintenant bien connu : Olivier Nakache et Eric Toledano. Loin du stéréotype et de l’empathie tout sauf naturels qu’on peut retrouver dans les séries comme Good Doctor ou Atypical, le long métrage Hors Normes nous montre l’autisme sous tous les angles.

Coup de projecteur sur un autisme invisible

Vincent Cassel le confie lui-même dans une interview pour Brut, il avait une vision hollywodienne et romancée de l’autisme véhiculée par Rain Man. Et pourtant la réalité est bien souvent moins cinématographique. Ce film, tiré d’une histoire vraie s’attelle à mettre en lumière la vie de ceux que l’on ne voit pas dans l’espace publique : les autistes cantonnés aux CAJM (Centre d’Accueil de Jour Médicalisé), aux IME (Institut Médico Educatifs). Ils sont violents, murés dans un silence, sous camisole physique et médicamenteuse. Pourtant certains ont choisi de dédier leur vie à ce combat : leur offrir de l’humanité, agir hors des protocoles. Ce film leur rend hommage. Les réalisateurs n’ont pas uniquement choisi de faire un film sur l’autisme, mais aussi de faire un film avec des autistes, avec des encadrants, des vrais, et c’est là où réside toute la force de récit, en immersion.

Une comédie dramatique sur la différence

Si vous avez peur de passer un moment lourd, pathos, vous vous trompez. Ce film réalisé par l’équipe d’Intouchables et de Samba sait rester léger et vous faire passer de rire aux larmes, aidé par une magnifique bande son signée GrandBrothers. Si on pensait ressortir de la salle la larme à l’œil, ce n’était certainement pas parce qu’on s’imaginait prendre une telle claque de la part des deux comparses. Il est le film dont on avait besoin. Deux heures sur l’acceptation, la tolérance, l’ouverture d’esprit. Un long métrage qui bouleverse, un long métrage qui donne envie de changer de vie, de se consacrer désormais à l’autre. 

Eric Toledano & Olivier Nakache avec Vincent Cassel sur le tournage

Deux associations indispensables

Hors Normes est touchant, pas plombant. Deux associations se partagent l’affiche :  Le silence des justes et l’Escale, présidées par les acteurs principaux. Bruno, joué à l’écran par un Vincent Cassel juste et naturel, s’occupe de l’association Le silence des justes qui offre un refuge à tous les cas les plus lourds, ceux dont personne ne veut à cause de leur complexité. Malik, brillamment interprété par un Reda Kateb que l’on découvre d’une extrême douceur mais pas seulement, forme des jeunes en difficulté, dont la vie n’a plus rien à offrir. L’Escale leur donne une dernière chance, celle de devenir le référent d’un jeune atteint de troubles autistiques. Ainsi ils partageront leur vie entièrement en les accompagnant dans leurs journées.

Cette collaboration est symbolique et pleine d’espoir. La voix des justes est une association juive, en témoignent les ficelles sous les vestes de Bruno. De l’autre l’Escale accueille des jeunes de tous les horizons et de toutes les confessions. C’est cette mixité, ce mélange des genres qui est touchant et souvent cocasse. En témoigne cette scène durant laquelle un jeune éducateur va chercher Bruno pour une urgence. Ce dernier est en rendez-vous galant, shidour en hébreu, le jeune lui lance alors : «Ah j’avais pas compris votre truc, shidour c’est un rencart pour les juifs c’est ça ? Ah ouais j’avais pas compris que vous étiez en mode rencard genre … »

Une prouesse de vérité

Comment faire une fiction tirée d’une histoire vraie sans tomber dans le documentaire ? Le scénario d’Hors Normes ne tient pas à grand-chose : des inspecteurs de l’IGAS (Inspection générale des affaires sociales) sont envoyés dans l’association de Bruno. Elle risque sa fermeture car elle est hors normes. Durant deux heures on suit donc les péripéties d’un homme sur tous les fronts pour faire tenir la baraque, mis en garde par son comptable, ses associés, et pas très à l’aise avec les agendas partagés.

image tirée du film : Joseph devant son entreprise

Si certains y voient un film documentaire où rien ne se passe, on peut aussi vivre l’expérience comme une immersion. Le film dit vrai, et ne recule pas devant les difficultés. On suit ainsi l’histoire de Joseph, un jeune adulte passionné de machines à laver et qui peine à trouver sa place. Son histoire est très liée avec celle de l’association, et bien Joseph réussit brillamment à jouer son propre rôle. Quelque chose dans le regard qui ne trompe pas, une émotion brute. On imagine la difficulté des nombreuses prises, l’adaptation du plateau : cela fonctionne, rien ne transparaît. A l’écran, se mêlent parfaitement le multiculturalisme, les religions, les origines, les jeunes en difficultés, les jeunes atteints de troubles autistiques sévères.

Une ôde à tous ceux qui vont “trouver une solution”.

« On va trouver une solution », Bruno et Malik ne sont jamais loin de leur téléphone. Ils promettent et se décarcassent, ne comptent pas leurs heures. Ces deux hommes sont engagés, 24h sur 24 dans leur mission. Au début du film on voit Bruno remit en place par son comptable : « il faut que tu arrêtes de dire à tout le monde que tu vas trouver une solution ». Et pourtant voilà sa mission. Avec Malik, ils appellent tous les centres. Car ils n’abandonnent aucun enfant, aucun jeune. Ils sont le rempart là où plus rien n’existe pour aider ceux qui en ont besoin.

Une brève scène de la fin du film nous montre l’envers du décor. Une fois rentrés chez eux, qui les attend ? Quelle vie est possible à côté de ce métier dans l’urgence permanente ? La performance des acteurs est incroyablement juste. Quand le générique d’Hors Normes se déroule, la salle est bouche-bée, transportée. Pour ma part, j’allume mon téléphone, envie de découvrir les hommes derrière les acteurs. Une fois hors de la salle, on a envie de changer le monde, et de belles discussions débutent. Le film compte bien faire changer les choses, il a d’ailleurs été diffusé à l’Assemblée Nationale.

Adèle Jaillet et Ana Gressier