Mois sans tabac, augmentation du prix du paquet de cigarettes, trafic frontalier, les temps sont durs pour les buralistes français. Pourtant, les Messins ne boudent pas cet étroit bureau de tabac situé dans la rue des ponts des morts. Florence Deconchon, buraliste pas comme les autres, y travaille depuis quinze ans.

Au trois rue du pont des morts, le petit bureau de tabac vit au rythme des va-et-vient des clients. Magazines, cigarettes, tickets à gratter, les produits sont nombreux et forment un décor fouillis mais organisé. En fond sonore, les tubes du moment, ceux qui passent à la radio, résonnent dans la petite boutique. Ici, ça rit, ça papote et ça gratte. Il y a quinze ans, Florence et son mari, Christophe, deviennent leur propre patron en ouvrant ce bureau de tabac. Lui s’occupe de l’ouverture et de la fermeture. Elle, elle y travaille de onze heures à dix-huit heures “sans pause”.

La bonne humeur ne s’achète pas

La marque de fabrique de Florence, c’est l’accueil des clients. “J’aime le contact, enfin, pas tous, il y a vraiment des cons des fois”. Mais comme toute commerçante, elle a ses habitués : ses étudiantes, “elle m’appelle maman, elles ont besoin d’une écoute alors je suis la, je les engueule l’hiver quand elles n’ont pas mis leur bonnet”. Sans filtre, la buraliste n’hésite pas à interpeller les gens directement dans la rue. Comme quand elle voit un “bébé caniche” sur le trottoir d’en face, et qu’elle ne peut s’empêcher de tout laisser en plan pour aller discuter avec le propriétaire. Folle des bêtes et folle des gens, la joie de vivre règne entre ses murs de papiers. Le tutoiement est de rigueur mais sous ses airs décontractés, la buraliste n’oublie pas les bases. “Quand on entre, on dit bonjour, sinon, je ne sers pas”.

Se diversifier pour faire un tabac

“Il faut se renouveler, c’est ce que dit le gouvernement” raconte Florence. Alors, pour répondre à ça, la buraliste innove. En plus de la presse et des cigarettes, elle a investi dans une trottinette électrique. “J’ai fait un salon et je suis tombée sur la trottinette, il y a un marché porteur la dessus”. Mais attention, pas question de se lancer dans ce business à plein temps, elle cherche juste un plus, un bon filon, comme ça été le cas avec les cigarettes électroniques. Aujourd’hui, “à cause des prix du tabac qui augmente et l’effet de mode, les gens préfèrent payer une recharge à trois euros quatre-vingt-dix qu’un paquet de clopes à huit euros, voir dix”. La buraliste annonce que si le cannabis devient légal, elle le vendra “pour éviter aux gens d’acheter de la merde sous un manteau”.

Derrière le masque

Sous ses sourires de façades, Florence avoue que financièrement, “ça va”, car elle “arrive à rembourser le prêt de sa maison et partir en vacances. Enfin, elle “est partie trois fois en quinze ans”. La buraliste avoue, la gorge nouée, “que c’est pas facile tous les jours”. Elle a connu des vols et des braquages, “le dernier, arme à feu sur la tête, date de 2008”. Pour lutter, Florence et son mari ont investi dans des caméras de surveillance et dans des appareils de sécurité. Depuis, rien à signaler.