« Toutes les cultures réunies à Metz » ou TCRM Blida, c’est un lieu où se mêlent styles et créativité. Cette coopérative de talents en tous genres accueille des artistes sur des périodes plus ou moins longues. Chaque résident peut disposer d’un espace privilégié pour créer et développer ses projets. Portrait d’un lieu hybride.

C’est un vieux hangar à bus. A côté d’une route départementale. Et c’est une grande bouche, un nez et une oreille qui nous accueillent. « Il se passe des trucs de fou tous les jours à Blida », lâche Grégory Wagenheim, installé sur un vieux fauteuil qui sent la récup’. Derrière lui, le rictus d’un mannequin en perruque blonde platine et veste en jean semble confirmer. Il faut dire que le graphiste partage cet atelier avec du beau monde. En bas, Lucie, créatrice d’effets spéciaux, est en train de fabriquer un masque. Au dessus, dans une sorte de mezzanine, deux autres crayonnent et tapent sur les touches d’ordinateurs. On y trouve un peu de tout. Les étagères sont remplies de matériels, de masques de science fiction ou de croquis. L’atelier est à l’image de ce lieu, nommé TRCM Blida : un carrefour où les idées fourmillement.

TCRM Blida

A l’origine du projet, il y a l’équipe de « Nuit Blanche-Metz » qui, pour sa quatrième édition en 2013, s’est emparée des anciens locaux d’entretien des bus messins. L’aventure a continué quand la ville de Metz a définitivement délocalisé la prise en charge des transports à Woippy, laissant les anciens hangars de TCRM (Transports en communs de la région messine) vides. La ville a décidé de les mettre à disposition pour des artistes locaux. L’équipe de « Nuit Blanche-Metz » a choisi d’utiliser son budget pour créer quelque chose dans la durée. C’est la genèse de TCRM Blida.

Des nuits blanches à la résidence

TCRM BlidaMais le passé du lieu reste omniprésent. Vérification dès le premier atelier. C’était là qu’étaient décidées et tracées les lignes de bus de l’agglomération de Metz. Grégory et ses collègues du collectif de vidéastes Super 5, ont trouvé plusieurs plans lors de la rénovation des lieux. Le graphiste brandit une photographie du groupe de transport messin en riant, vestige de l’ancienne fonction des lieux. Les traits noirs sur fond blanc, qu’on trouve un peu partout dans les locaux, sont aussi restés. Ce sont toutes les lignes du mettis de Metz. L’ancien local pour repeindre les bus abrite désormais un studio photo, occupé par l’association « Bout d’essai ».

En sortant de l’atelier de Grégory, le premier du bâtiment, il est impossible de passer à côté du néon coloré, installé sur la façade. « Il y a une bouche, une oreille et un œil. C’était pour la « Nuit blanche », l’oreille pour le côté musical, l’œil pour les arts visuels et la bouche pour la radio présente ce soir là. C’est resté », indique le graphiste, qui en a conçut la ligne graphique, lors de la quatrième édition de « Nuit Blanche-Metz ».

Passé le néon, nous arrivons dans la grande serre, le plus grand entrepôt de la structure où les numéros des bus sont restés au sol. Dans ce hangar de 2500 mètres carrés, les artistes ont remplacé les bus. Espace de sérigraphie, des illustrateurs de bande dessinée, des créateurs de meubles, des photographes, un créateur de skateboard ou encore un bus retapé qui fait office de musée pour de vieux jeux d’arcades… D’ailleurs, un peu plus loin, David Rouby retape une vieille borne d’arcades. Cet ancien « passe-temps » est devenu son petit business sous le nom de « tryptik ». Oui oui, c’est possible.

TCRM BLida

Un lieu en perpétuelle transformation

L’émerveillement laisse rapidement place au calme du lieu. D’ailleurs, le bâtiment semble bien vide pour un mardi après-midi. « C’est normal, chacun travaille un peu de son côté, dans son bureau. » Espace de co-working, où il est possible de venir rencontrer de nouvelles têtes, ne signifie pas pour autant de travailler ensemble. « C’est mieux que de travailler tout seul chez soi. Il faut faire attention à ne pas se laisser distraire. » Un artiste de sérigraphie a ainsi installé des portes devant son espace dédié, pour ne pas trop être dérangé. Au pire, il y a la pause café-clope à l’extérieur.

TCRM Blida

Pas facile pour autant de faire partie de l’équipe. Pour être résident à TCRM Blida, il faut en faire la demande, sur leur site. Le lieu a tellement de succès qu’il devient difficile d’installer un atelier à long terme : « Il y a des gens qui sont là depuis longtemps et qui y resteront quelques années. La logique du lieu, c’est d’accompagner les artistes au début de projets et puis continuer ailleurs si ça marche », confie Grégory Wagenheim. Comme si ces artistes grimpaient dans un bus à la recherche d’un chemin, d’une voie.

Une magie singulière susceptible d’avoir atteint son terminus : « ce qui était gratuit va devenir payant, avec des loyers modérés », annonce Grégory. Un lieu artistique, oui, mais à quel prix ?