Cascadeur, de son vrai nom Alexandre Longo, est l’étoile montante messine de la scène musicale française. Son dernier album, Ghost Surfer, a été récompensé d’une Victoire de la musique en février dernier. Cette année, l’artiste est devenu ambassadeur de Metz Métropole. Pour Webullition, il est revenu sur son parcours.

Votre musique est à la fois électronique, acoustique et lyrique. Comment en êtes-vous venu à composer cet étrange mélange ?
Je pense que c’est le fruit d’un parcours : j’ai débuté avec la musique classique, puis j’ai voulu jouer des trucs que j’écoutais, donc je me suis rapproché d’une sorte de pop. Adolescent, j’ai commencé à jouer avec des copains et je me suis rendu compte que j’étais démuni parce que j’avais appris de façon traditionnelle, j’avais besoin de la partition. J’ai dû ré-apprendre la musique avec le fait de jouer à plusieurs. Ça m’a bouleversé, et peu à peu j’ai traversé d’autres styles musicaux : j’ai fait pas mal de jazz, j’ai écouté de plus en plus de musiques différentes, je suis revenu à des choses comme le trip hop… C’est le résultat d’un itinéraire de sources multiples.

On vous classe dans différentes catégories : pop-rock, électronique, trip hop… Comment définissez-vous le genre de vos morceaux ?
Mauvais genre ! (rires) Ce que j’aime bien, c’est l’idée cinématographique. J’ai l’impression que la musique de film est un espace ouvert : on peut s’attendre à tout. Ce qui m’intéresse, c’est de traverser différents types de langage, de ne pas rester enfermé dans une sorte d’étiquette qu’on pourrait plaquer sur ce que je fais. J’ai cette envie de transiter et de voyager à travers les styles.

On trouve sur votre dernier album du piano, des percussions, des cordes, des chœurs, des sons synthétiques… Quel est votre instrument favori, celui qui vous fait le plus vibrer ?
Le cor me touche beaucoup. C’est un instrument que j’ai utilisé notamment sur le deuxième album. Il y a quelque chose de velouté dans le jeu, je trouve qu’on est assez proche de la voix humaine dans la tessiture. Autrement, j’aime bien les cordes : le piano, forcément, parce que j’y ai été initié. J’aime essayer de trouver des instruments étonnants et pouvoir sortir d’un langage assez codifié en musique avec des instruments « nobles » et d’autres qui sont moins valorisés. Ce que je cherche, c’est mêler un très beau piano à queue avec, pourquoi pas, une dictée magique.

Vous êtes pianiste et chanteur. Une autre corde à ajouter à votre arc musical ?
Des cordes cassées de la guitare… (rires) Au départ, je suis exclusivement pianiste. Après, par la force des choses, j’ai essayé d’apprendre un peu la guitare, notamment sur le dernier album où j’ai composé les morceaux à la guitare… Mais je ne suis pas du tout guitariste. Ça m’intéressait d’être très maladroit, d’avoir un son pourri, ça me permettait de sortir de ce que je peux connaître.

Cascadeur ambassadeur de Metz Métropole

Comment composez-vous la partition de tous les instruments de vos morceaux ?
Comme un enfant, j’ai mes cahiers de musique. Je note dans un langage un peu particulier des notes sur des portées avec des grilles et des lettres. Ensuite, quand je retiens un morceau parmi tous ceux que j’ai essayés, je commence à travailler les arrangements. C’est tout un travail d’habillage autour d’un squelette, qui est construit généralement au piano. Pour le troisième album, je travaille avec des machines que j’utilise pour la première fois : des pads, qui me permettent de sortir de mes acquis et de tenter une autre approche.

Êtes-vous entourés de musiciens récurrents ?
En général, oui : c’est un travail de fidélité et d’amitié. J’ai des amis chers que je connais depuis longtemps, comme Jérôme Didelot du groupe Orwell, et Thierry Bellia qui a monté le projet Variety Lab. Ce sont deux amis très proches à qui je fais souvent écouter mes maquettes. Ils forment une nébuleuse, avec des copains de Metz, de Nancy, de Paris aussi. En tournée, je travaille souvent avec les mêmes équipes et techniciens, c’est comme une bande de copains. Ça me permet de sortir d’un travail solitaire : ici, à Metz, je reste pas mal enfermé. Une fois que les morceaux sont en maquette, j’ouvre un peu, je fais écouter et on échange dessus.

Presque toutes vos chansons sont en anglais. Pourquoi ce choix ?
Avant Cascadeur, j’ai mené d’autres projets : il y en avait en anglais, d’autres en français. J’aime beaucoup écrire en français, mais je voulais en quelque sorte être d’ailleurs, une créature un peu autre, ce qui me paraissait possible par le langage. Peu à peu, on le voit sur le deuxième album avec un morceau que j’ai composé il y a plus de dix ans et que Christophe chante, je vais révéler des choses en français. J’ai l’impression que sur le troisième album, il y aura quelques textes en français. C’est un travail de dissimulation et de dévoilement progressif.

Si vous deviez choisir cinq mots pour décrire la tonalité de votre musique, quels seraient-ils ?
Profond, ça me plaît assez. J’ai des morceaux assez denses : même si parfois il y a peu d’éléments, j’essaie de varier avec des choses orchestrales. Il y a de la mélancolie, de l’aérien… Le premier album, c’était la pieuvre humaine. Ce qui me plaisait, c’était de travailler l’aspect liquide. Ce qui m’amusait, c’était d’être en hauteur mais dans l’eau, donc en profondeur. Il y aussi du mystère, celui des créatures et celui du masque, qui laisse tout imaginer.

Où trouvez-vous l’inspiration ?
C’est un ensemble de choses : des rencontre humaines, ce que tu peux percevoir dans ta vie intime autour de lectures, de chocs émotionnels… Je ne sais pas si c’est dans la musique que je trouve le maximum d’envie. Je lis des articles ou je vois des personnages qui vont me marquer, et je me dis « tiens, j’ai envie d’écrire autour de ça ». Il y a une dame sans abri qui vit ici, ça fait des années que je la vois sur cette place. Elle est anglo-saxonne et a toutes ses affaires parquées sur le toit du théâtre. C’est assez fascinant d’imaginer la vie de cette femme.

Votre chanson « Into The Wild » est un clin d’œil au film de Sean Penn. Dans « Collector », vous faites allusion à L’Attrape-cœurs de J.D. Salinger. Qu’est-ce qui vous inspire dans ces œuvres et dans le cinéma et la littérature en général ?
Beaucoup de choses… Je vais plus chez les libraires que chez les disquaires. J’ai ce truc enfantin d’être un peu à côté de ce qu’on fait. Ça me plaît de me dire que la musique est aussi à côté de la musique. Le cinéma et les bouquins sont une source importante pour réveiller des choses en moi. J’ai fait pas mal de peinture aussi. Cascadeur, c’est un peu ça : l’idée plastique, le rapport à un espace… Je voulais créer une entité qui mêlait données cinématographiques, littéraires, picturales, afin de condenser tout ça, d’élaborer une sorte de grand mix.

Vous parlez souvent de voyage et d’odyssée musicale. Où va Cascadeur ?
En ce moment il ne va pas loin, il a plutôt envie d’être chez lui ! (rires) Quand j’ai pensé le premier album qui était un condensé des dernières années passées, j’évoquais beaucoup cette idée du déracinement. Mais c’était des voyages immobiles que je faisais, depuis chez moi où j’étais enfermé, composant des morceaux sans arrêt. J’ai créé par l’imaginaire des attraits pour le grand voyage. Puis, quand Cascadeur s’est un peu développé, j’ai été amené à bouger plus. Je partais avec une petite bagnole et tout mon matériel, j’étais amené à vivre de plus en plus de voyages. C’était comme une mise en abyme entre les morceaux que j’écrivais et ce que j’étais amené à vivre en les interprétant. Quand je chante « Into The Wild », j’y suis pas à ce moment-là, je suis dans l’hyper-civilisation, et je suis amené à me déplacer et à vivre ce que vit le personnage de la chanson.

Parlons de la volonté de cacher votre visage. Vous avez souvent déclaré chercher à être l’homme invisible, pourquoi ?
J’avais un problème intime, c’était que je ne voulais pas m’exposer. C’était mon casse-tête. J’ai trouvé la solution en replongeant dans l’enfance : les gens m’entendaient jouer du piano par les murs, les tuyaux, et j’allais les rencontrer non pas à découvert, mais masqué. J’étais en chef indien, en Zorro… ça me permettait de rentrer en contact avec les grands, qui me semblaient inatteignables. Quand j’ai commencé Cascadeur, je ne me suis pas dit « je vais mettre un casque, c’est un plan marketing ». Je me suis casqué pour régler un problème que j’avais avec moi-même, en me disant « je vais être trop ému en chantant ces morceaux et je vais craquer, mieux vaut cacher mes émotions apparentes ». C’était une des clés de la mise en place du personnage.

D’où tirez-vous cette sensibilité exacerbée ?
J’ai eu une enfance un peu spéciale. Par mes parents, j’étais sensibilisé aux domaines artistiques, j’avais un espace de musique… J’ai vécu dans des conditions assez chouettes quand on veut faire ce métier, c’est une chance. J’habitais au-dessus d’une école d’art.

Quel métier rêviez-vous de faire à l’époque ?
Mes parents m’ont dit poubelleur, parce que j’aimais bien les camions et manipuler les affaires. Après, comme plein d’enfants, je voulais être vétérinaire, joueur de foot… Je ne me souviens pas avoir pensé devenir artiste. On n’a pas toujours le choix, mais j’ai eu cette chance d’avoir des parents compréhensifs, qui savaient qu’il fallait plus de temps pour certaines pratiques. Je l’ai d’ailleurs vu avec Cascadeur : il fallait être patient, c’était dur psychologiquement de vivre dans la précarité… Ça fout un peu les chocottes. Au moment où je crée Cascadeur, je suis vraiment sur le fil, avec beaucoup d’interrogations et de craintes, et en même temps en sachant qu’il faut que je le fasse.

Vous parlez de Cascadeur à la troisième personne. Est-il un autre que vous ?
Ce qui est bizarre, c’est que j’ai grandi en même temps que lui. Quand on m’interrogeais, la sensation que j’avais, c’était qu’on parlait beaucoup de lui et pas trop de moi. Mais comme j’étais lui, je me perdais un peu. Le premier album était difficile au niveau humain, pour moi qui avais soif de dialogue : il y avait du monde, mais qui s’adressait à Cascadeur. Si je voulais rencontrer les gens, il fallait que je me masque, donc j’étais toujours derrière ma cloison. Quand j’avais le visage découvert, personne ne venait me parler parce que je n’étais pas Cascadeur. Donc j’ai traversé un drôle de truc psychologiquement. Je prends les critiques de plein fouet, mais quand je suis encensé, j’ai l’impression que c’est lui. Je vois Cascadeur sur des affiches, mais je ne me dis jamais « tiens, c’est moi ». On se sent à la fois possédé et dépossédé de soi-même. Et puis c’est gênant : quand on me demande d’aller quelque part, j’y vais en tant que Cascadeur, je suis le seul mec casqué dans une salle. C’est horrible, pour moi qui aime la discrétion, parce qu’on ne voit forcément que moi.

Y a-t-il des contraintes pratiques liées à ce costume lorsque vous êtes sur scène ?
Ce qui est très bizarre quand vous portez un casque, c’est que la visière devient un miroir avec les effets des éclairages. Et donc des fois je vois mon visage de très près. Je ne vois plus le public. Il ne faut pas être claustrophobe.

Vous l’avez trouvée où, votre panoplie ?
J’ai passé vachement de temps sur eBay. C’était des choses basiques, j’allais chez Castorama, j’achetais des trucs de bricoleur. Je demandais à ma grand-mère de me coudre des inscriptions. C’était l’Arte Povera (mouvement italien des années 1960 qui favorisait l’utilisation de matériaux « pauvres », ndlr), mais ça me plaisait cette fragilité : un nom héroïque et un être hyper fragile.

C’est quoi un fantôme surfeur ?
Il y a plein de thématiques qu’on peut regrouper dans l’idée du fantôme surfeur. Au début, l’album devait s’appeler L’Odyssée, mais c’était assez connoté, ça pouvait paraître un peu pédant. Quand j’ai écrit le morceau, j’ai trouvé le titre de l’album. Le premier album c’était la pieuvre humaine, Ghost Surfeur c’était un peu une réponse : le premier album avait trois mots et je savais qu’au deuxième album il y aurait deux mots, et pour le troisième album j’aurai un mot.
C’est une idée fantomatique, de retour du disparu. Le surf c’était pas tant l’activité, mais en même temps un surfeur c’est un cascadeur. Il est seul face à un élément qui est bien plus grand que lui et c’est ce que je ressentais parfois en concert. Pendant la première tournée, je me disais que j’étais face à ma grande vague.

Dans le clip du morceau “Ghost Surfer”, le Cascadeur voyage dans les souvenirs d’un amour d’enfance et dans la construction d’une histoire d’amour. Finalement, votre plus grande cascade n’est-ce pas l’amour ?
(rires) J’aimerais bien oui. C’est vrai que l’amour regroupe beaucoup de choses. C’est peut-être l’estime de soi : au bout d’un moment, tu en viens vraiment à douter car tu te dis « ils ont peut-être raison de pas vouloir m’entendre » et j’avais ce rapport amoureux. De se dire que tu peux passer à côté de gens et il y en a qui peuvent passer à côté de toi. J’ai vécu des choses comme ça qui m’ont marqué.

Dans la version « Road » du clip, on suit le Cascadeur sur la route. Pourquoi cette deuxième version ?
C’était en réalité la première version, mais c’était assez sombre. Il y avait un truc très nocturne et il y a eu une interrogation avec ma maison de disques. J’avais envie d’exposer un peu plus de lumière à un album qui était déjà assez lumineux quand même. On a alors pensé à une version plus second degré avec quelqu’un qui s’amusait avec l’imagerie du cascadeur.

“Octopus” signifie “pieuvre” en anglais. Qu’est-ce que ça veut dire vous concernant ?
C’était par rapport à ce que je faisais sur scène. J’étais tout seul et entouré de plein d’instruments et je prenais des positions improbables pour jouer. Je me suis comparé à un poulpe. Au-delà de ça, c’est également le rapport aux profondeurs. C’est un animal qui, au moment de sa fuite, projette de l’encre et l’idée me plaisait. Est-ce que mon casque ce n’est pas aussi une projection d’encre, finalement ?

Vous rappelez-vous de votre première composition ?
Je devais avoir 13 ou 14 ans. Je crois que j’ai encore le petit carnet. C’était au piano et ça m’a tout de suite plu, cette idée de créer quelque chose. Comme un grand jeu de construction. Et je garde toujours une fidélité à ce que je faisais adolescent.

Racontez-nous votre meilleur souvenir de concert.
Il y en a beaucoup, c’est difficile. Là, je penserais au Bataclan parce que j’y ai joué deux fois en 2010 et en mars dernier. C’était une belle émotion. On est davantage dans un rapport affectif. Mais c’est injuste car j’ai vécu beaucoup de concerts très forts. Je me suis retrouvé en 2010 à faire des premières parties de groupes. Parmi eux, il y avait Midlake, qui était important pour moi. Je m’en rappellerai toute ma vie. Tu m’aurais dit ça six mois avant, je t’aurais répondu « c’est pas possible » ! C’est l’inatteignable que tu vas rencontrer. C’est incroyable de te dire que tu as écouté des disques, vu des films, et que tout à coup, face à toi, tu retrouves la personne qui les a créés.

En tant qu’artiste, quel a été votre ressenti quand vous avez appris qu’il y avait eu une fusillade au Bataclan ?
J’étais avec des amis ce soir-là. On a reçu un message et j’ai vite compris que j’avais un bon copain qui y était. Je n’ai jamais eu de nouvelle de lui, il faisait partie des victimes. Il a travaillé avec moi pour le premier album. C’est un drôle de sentiment. C’est vachement marquant, on y pense énormément. J’étais déjà touché avec Charlie, mais là encore plus car c’est très concret pour moi : ma maison de disques a ses bureaux au Bataclan. L’onde de choc est différente car j’ai joué dans cette salle. Mais c’est beau de voir toute cette solidarité, on se retrouve.

Vous qui avez déclaré ne pas aimer les récompenses, qu’avez-vous ressenti en remportant votre Victoire de la musique ?
Je trouve que ça fait plaisir, car quand je regardais les Victoires de la musique, ça me paraissait très loin. Après, c’est un sentiment très complexe et j’y pense souvent. Non pas à la récompense car c’est un moment fugace et très désagréable parce que tu n’as pas le temps, c’est en cela que je n’aime pas trop les récompenses. On te récompense mais tu n’as pas le temps d’exprimer ce que tu ressens et ce pour quoi on t’a récompensé. Je devais parler vite, mais j’avais beaucoup de noms en tête à remercier et c’était un moment désagréable à vivre. Je me suis senti très amoindri, on m’avait coupé mes tentacules. Je n’ai même pas regardé l’émission. Il y a une forme de malhonnêteté pour moi. Je me suis senti injuste vis-à-vis de mon entourage et vis-à-vis des gens qui ont aimé Cascadeur. C’est forcément très injuste parce que : comment considérer que tel album est meilleur que les autres ?

À quand une collaboration grand écran ?
En fin d’année dernière, après la fin de ma tournée, j’ai fait deux musiques de film. Une qui s’est terminée en juin dernier pour un film de Laurent Tuel, Jean-Philippe, et je viens de terminer un deuxième film qui sortira l’année prochaine. Et en ce moment, je suis en train d’écrire pour le théâtre.

Pourquoi gardez-vous cet attachement pour Metz ?
Le fait d’être resté à Metz est d’abord dû à un attachement humain, et je pense qu’il y a aussi un truc lié à l’enfance puisque j’ai de la famille ici. Et cela enracine mon rappel aux fantômes.

Racontez-nous comment vous êtes devenu ambassadeur de Metz Métropole.
Quand j’ai monté la deuxième tournée, je me suis tourné vers la ville. Il y a eu un partenariat et je trouvais ça chouette. C’est tout de même important d’être indépendant pour moi, mais ça ne m’embête pas de souligner les choses qui me plaisent. Devenir ambassadeur, c’était aussi finalement rendre hommage au fait qu’on m’a soutenu.

Vous avez sorti un album en 2011, un autre en 2014… Vous comptez nous surprendre avant la fin de 2015 ?
Au mieux, le troisième album sortira en septembre 2016 ou bien en début d’année 2017. Il sera moins orchestral que le deuxième et je crois qu’il y a un truc rythmique dedans. Il y a du mouvement et c’est plus minimal au niveau des instruments. La voix sera pas mal mise en avant aussi. Après, il évoluera encore au fil du temps.

Propos recueillis par Diane Frances et Fanny Ménéghin le 19 novembre au café El Theatris à Metz. Crédit photos : Cyril Gourdin