Dans les hôpitaux, centres d’accueil et maisons de retraite on trouve parfois de bien curieux visiteurs. Vêtus de blouses roses flamboyantes, ces bénévoles luttent activement contre la solitude. Leurs armes : sourires et animations. Camille Ricatte, étudiante en psychologie clinique et de la santé fait partie des nouvelles recrues des Blouses Roses. Dans une semaine, elle ira régulièrement dans une maison de retraite pour s’occuper de personnes souffrant d’Alzheimer.

Blouses Roses
Les 70 ans des Blouses Roses à Metz en mai 2014.

Il y a quelques années, Camille rencontrait « ces fameuses petites dames » vêtues de rose à l’hôpital. Son grand frère, décédé en 2005, souffrait de la mucoviscidose. Pour la jeune femme de 22 ans et sa famille, les Blouses Roses ont été un véritable soutien durant cette épreuve. Dans la salle d’attente, elles venaient leur tenir compagnie. Elles apportaient également une aide psychologique aux parents et permettaient, l’espace de quelques heures, « de faire oublier le quotidien de l’hôpital ».

Cette générosité et cette joie, Camille ne l’oubliera pas. A présent, c’est à elle de « tendre la main » et de s’engager en souvenir des personnes qui autrefois lui sont venues en aide. Dans une association où la moyenne d’âge est plutôt élevée, la jeunesse de Camille est une force. Malgré un emploi du temps chargé, elle revêt une demi-journée par semaine sa blouse et donne de son temps aux personnes qui en ont besoin. « L’apprentie Blouse Rose » comme l’équipe l’appelle voit en ce bénévolat une formidable « opportunité ».

Camille admire « le pouvoir des Blouses Roses » qui est de toujours trouver le positif. Au loto, par exemple, quand les personnes âgées arrivent à remplir leur carton, elles les félicitent avec honnêteté. Ce bon état d’esprit, cette soif d’aider et de rencontrer les autres anime la jeune femme.

Camille Ricatte
Camille Ricatte

Camille Ricatte, « apprentie Blouse Rose »

Quand elle commence sa formation découverte chez les Blouses Roses, Camille suit Anna, la responsable des recrutements qui fait des soins aux personnes alitées. « C’était intéressant et ça m’a beaucoup rapprochée de mon parcours en psychologie. Mais je ne voulais pas rester avec Anna pour le reste puisque ce qui m’intéressait vraiment c’était de voir autre chose. » Elle est donc allée en pédiatrie à l’hôpital Mercy. En compagnie des autres bénévoles en partie retraitées, Camille s’épanouit avec les enfants entre 10 et 14 ans avec qui elle retourne volontiers en enfance. « Je me suis dit que c’était super comme association parce que donner de son temps pour faire des jeux de société c’est vraiment bien. »

Elle a ensuite voulu découvrir deux autres maisons de retraite, mais son rôle n’est pas toujours facile à assumer. « Parfois j’avais l’impression que les personnes n’étaient pas vraiment conscientes qu’on était là. C’était un peu difficile.» C’est finalement à la maison de retraite Sainte-Famille à Montigny-les-Metz que la jeune bénévole trouve son bonheur. « C’est un accueil de jour pour les personnes qui souffrent d’Alzheimer. Le but c’est d’accueillir ces gens qui ne peuvent plus rester chez eux seuls, veiller à leur sécurité mais aussi les stimuler cognitivement. » Après un mois et demi de formation, c’est toute fière que Camille nous explique qu’elle a enfin eu sa blouse rose officielle. Pendant son bénévolat elle s’occupe avec trois autres intervenantes d’une quinzaine de personnes.

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« Eviter les dérives »

La formation en psychologie de Camille l’aide à repérer des gestes et attitudes qui peuvent échapper à d’autres Blouses Roses, qui n’ont pas toutes des connaissances médicales. Elle a appris à observer le comportement et la tenue des personnes souffrantes et à remarquer les différents degrés de la maladie. « Je sais que la maladie d’Alzheimer n’est pas la même pour tout le monde », explique t-elle.

Par exemple, elle sait quelle attitude il est préférable d’adopter ou non en face de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. « Il faut être assez vigilant quand on s’occupe de personnes qui ne sont pas alertes comme nous. Il peut être assez facile de dériver, parler d’une personne sans lui adresser directement la parole. Il s’agit de maltraitance, mais tout le monde ne le sait pas. »

Des formations sont aussi proposées par l’association sur différentes maladies, pour mieux les connaître et empêcher les maladresses . « Le but est d’éviter de perturber la personne par des paroles malheureuses », précise Camille.

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« Donner du sourire »

Camille se sent ici « comme dans une famille », même s’il y a des moments difficiles. « Il y a quelque chose qui nous anime toutes, c’est le fait de divertir les résidents. On tend toutes vers l’idée de satisfaire la personne, garder un contact avec elle et la valoriser ». Elle doit passer un bon moment, oublier l’instant d’un après-midi sa maladie.

Etre bénévole pour une association qui « donne du sourire aux gens » est véritablement gratifiant pour Camille. Elle se souvient d’un après-midi au cours de sa période de formation durant lequel elle jouait avec un enfant de 13 ans qui recevait peu de visites. « Ce regard qu’il m’a lancé quand je lui ai dit qu’on ne pouvait pas faire une troisième partie de Monopoly, c’était vraiment touchant. Je ne voulais plus repartir »,assure t-elle.

Donner, c’est tout aussi gratifiant que de recevoir, comme l’explique Camille.

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 Marie-Lorraine Atamaniuk, Nadège El Ghomari et Clémence Simon