Ce samedi 23 novembre, c’est devant le centre commercial Saint-Jacques à Metz, que l’antenne messine du mouvement Anonymous for the Voiceless a organisé son deuxième “cube of truth”. Une opération visant à sensibiliser le public à l’antispécisme et la cause animale. Afin de mieux comprendre leurs actions, nous avons passé l’après-midi avec eux.

Jean foncé, sweat à capuche noir et masque de Guy Fawkes. Les militants se préparent pour l’action de l’après-midi. L’air est frais mais cela ne semble pas altérer leur détermination. Ce qui les rassemble ? Leur amour commun pour les animaux. Toutes espèces confondues. C’est le cas de Cassandre : “il y a quatre ans, j’ai eu une vraie prise de conscience. J’ai découvert que l’animal était un être sensible et ça m’a beaucoup affecté de voir à quel point il souffrait de son exploitation”. Elle s’est tournée vers le végétarisme et le militantisme très naturellement et a rejoint l’antenne d’Anonymous for the Voiceless à Metz en septembre 2019. “J’ai fait le choix de m’engager avec AV car je n’ai pas réussi à trouver ce que je voulais ailleurs. C’est une association non culpabilisante. On sensibilise à la cause animale autrement”.

Être vus

L’organisatrice du mouvement de Metz, Clarisse, tient en effet à cet aspect non culpabilisant. Le but est la visibilité. “C’est un cube donc les gens ne peuvent pas passer à-travers. Qu’importe par quel côté ils passent, ils seront obligés de voir, même si ce n’est qu’une ou deux secondes”. Interpeller, susciter une réaction pour ensuite échanger avec les passants sur “ce qu’ils ressentent”. Les bénévoles s’immobilisent dans les cubes pendant des heures pour alerter sur “les violences faites aux animaux, que ce soit dans la consommation, les cirques, les vêtements” et ainsi de suite.

“Aujourd’hui on est que quatre dans le cube, la dernière fois c’était huit” déplore la jeune femme à la tête du mouvement local. Elle reste néanmoins satisfaite de l’impact des deux premières manifestations dans le centre-ville de Metz. “Ce qui compte, c’est la motivation”. L’association messine est présente dans les rues de la ville tous les mois. Le prochain cube sera organisé le 21 décembre.

Le mouvement Anonymous for the Voiceless a été créé en Australie par l’activiste PAUL BASHIR, en 2016. La jeune association est présente dans plusieurs centaines de villes, partout dans le monde. Rien qu’en France, c’est une trentaine d’antennes qui existent à ce jour. L’association milite pour “éduquer le public” à l’exploitation animale. Son lieu d’action : les rues de nos villes.

Sur le site de l’association, une carte qui recense les “chapitres” créés depuis 2016.

Avec la vidéo, une prise de conscience brutale

Derrière le cube, c’est une performance à la fois artistique et engagée qui se dessine. Les militants sont disposés en carré, immobiles, tablette en main et masque d’Anonymous sur leur visage. Chacun montre des vidéos dénonçant les différentes maltraitances au sein des abattoirs et des élevages. À leur côté, se trouvent les “speaker” chargés de dialoguer avec les passants. Ici, il n’est pas question de tractage. Les militants laissent les personnes venir directement près du cube et échangent ensuite avec eux sur les images diffusées et leur ressenti à ce propos. 

Les passants étaient nombreux à déferler dans les rues de Metz. Intrigués par le cube, certains curieux s’approchent de plus près. C’est le cas de ce jeune adolescent, quinze ans, pour qui les images ne sont pas une surprise : “j’ai déjà vu beaucoup de vidéos passer sur Facebook. Bien sûr que ça m’impacte et que ça fait mal au cœur. Mais pour le moment je n’arrive pas à sauter le pas et à devenir végétarien. Cela fait me remettre en question en tout cas, c’est peut-être juste une question de temps”. Lorsqu’on lui demande s’il trouve ce type d’événements extrêmes, il répond avec certitude “non, je ne trouve pas ça extrême du tout. C’est vrai les images sont choquantes, mais l’action ne l’est pas. C’est simplement la vérité.”

Tous concernés

Quelques enfants sont également intrigués par les vidéos. Leurs réactions oscillent entre l’interrogation, la surprise puis bien souvent l’écœurement. Nous avons échangé avec l’un d’eux, âgé de seulement 8 ans. “On tue des animaux pour rien. C’est choquant, ils ne devraient pas faire ça […] j’aimerais un jour devenir moi aussi végétarien”. Ses parents acquiescent les paroles de leur fils. “Bien évidemment, nous sommes aussi sensibilisés à la cause animale […]. C’est juste de la volonté et une habitude à prendre”.

Ouverts sur la réalité des choses, les parents peuvent imaginer un changement de comportement alimentaire. “Si demain mon fils me disait qu’il ne voulait plus manger de viande, je ne lui dirais rien du tout. S’il prend déjà conscience à son âge, c’est à nous de nous poser des questions. Rien n’est impossible quand il y a la volonté”.

Immersion totale dans les abattoirs, un casque sur les yeux

Une passante teste le casque de réalité virtuelle / Crédit photo : Lucía Cenzano

La nouveauté de cette deuxième édition messine du Cube of Truth, c’est la mise en place d’un casque de réalité virtuelle. Les passants peuvent s’arrêter quelques minutes afin de s’immerger à 360° dans la vie d’un animal d’élevage. Deux scénarios sont proposés : l’un plonge le spectateur dans la vie d’une vache laitière, de sa naissance à sa conduite en abattoir. Le deuxième dans un élevage industriel de poulets. Clarisse en est certaine “la réalité virtuelle permet vraiment de se mettre à la place de l’animal et d’avoir une autre perception sur leur condition. Ça vient compléter les vidéos que l’on montre dans le cube”.

Peu de curieux osent franchir le pas. Une jeune femme se laisse tenter par l’expérience. Elle évolue au fur et à mesure dans le scénario. L’horreur de la situation arrive rapidement et l’émotion ne tarde pas à faire son apparition. C’est en larmes et avec les mains tremblantes qu’elle ôte le casque de réalité virtuelle. “On commence le scénario comme si on était un jeune poussin. On grandit dans un élevage, aux côtés de nos autres congénères jusqu’à la fin, où l’on se retrouve accroché par les pieds, sur des crochets, prêt à être envoyé à l’abattoir”. La jeune femme semble très marquée par son expérience. “Se retrouver dans la peau d’un animal c’est assez violent à vivre. C’est là qu’on prend vraiment conscience de l’horreur de la situation. Ça fait déjà quelque temps que je pense à devenir végétarienne. Je n’ai plus du tout envie de participer à cela”.

NEUVEGLISE Ellyne et DOSIO Charlène